Au milieu des années 70, Steven Spielberg, jeune réalisateur, est sur le point d’entamer une collaboration qui changera à tout jamais la face du cinéma. Pourtant très attaché aux compositions orchestrales, ce sont finalement deux notes, jouées sur un piano, qui s’imposent. Sur le coup, Steven Spielberg a cru à une plaisanterie tant il ne croit pas en cette approche… qui sera finalement couronnée d’un Oscar !
Spielberg voulait un orchestre, mais John Williams lui a proposé deux notes : elles sont devenues iconiques
En 1975, Steven Spielberg n’est encore qu’un jeune réalisateur — à l’époque, il n’a que trois longs-métrages (Firelight, Duel et Sugarland Express) à son actif — lorsqu’il prend le temps d’écouter pour la première fois ce qui deviendra l’un des thèmes musicaux les plus reconnaissables du cinéma. Deux notes seulement, jouées au piano par John Williams, allaient transformer un simple thriller aquatique en phénomène mondial, à savoir Les Dents de la Mer, et aussi en chasse aux sorciers, ou plutôt aux requins… Aujourd’hui, Steven Spielberg se souvient encore avec amusement de cette écoute : « Je pensais qu’il plaisantait », confia-t-il dans le documentaire Music by John Williams, disponible sur Disney+. À l’époque, le réalisateur imagine une composition symphonique traditionnelle, proche des grandes orchestrations hollywoodiennes. De ce fait, lorsque John Williams propose un ostinato de deux notes – Mi et Fa – répétées avec des variations d’intensité, le réalisateur se retrouve quelque peu décontenancé…

Au départ, Steven Spielberg juge que cette idée minimaliste est trop simple, presque risible. « Mon Dieu, nous n’aurons pas d’orchestre, il n’y aura qu’un piano sur lequel John jouera quelques notes graves », se rappelle-t-il. Toutefois, John Williams n’en démord pas et insiste : il demande à son ami d’écouter attentivement. Ce motif élémentaire, explique-t-il, incarne l’inexorable approche du requin, invisible et menaçante. Après de nombreux échanges, Steven Spielberg finit par se laisser convaincre et, quelques semaines plus tard, en se basant sur les premières images montées, la musique se révèle d’une efficacité redoutable. Le thème devient le cœur battant du film, symbole d’une peur qui grandit avant même que la créature n’apparaisse à l’écran. Au bout du compte, l’académie d’Hollywood ne s’y trompe pas : John Williams reçoit pour cette bande originale son deuxième Oscar, trois ans après celui obtenu pour Un violon sur le toit.
Steven Spielberg et John Williams, une collaboration légendaire qui va déboucher sur un trentième film en commun !
Depuis cette rencontre fondatrice sur Sugarland Express (1974), Steven Spielberg et John Williams n’ont cessé de collaborer. Le compositeur a signé la musique de 29 de ses films, donnant naissance à des thèmes devenus indissociables de l’histoire du cinéma : E.T., Indiana Jones, Jurassic Park ou encore La Liste de Schindler. Leur relation professionnelle, marquée par une profonde confiance artistique, se poursuit encore aujourd’hui. En octobre dernier, on a appris que le duo mythique sera encore en tête d’affiche puisque John Williams a accepté de rempiler pour un trentième film en s’occupant de la bande-originale du film Disclosure, un long-métrage revenant aux grands amours de Steven Spielberg, à savoir les ovnis !

Du haut de ses 93 printemps, John Williams — qui, dans une récente interview au Guardian, a confié qu’il n’a « jamais beaucoup aimé la musique de film » — n’est pas prêt d’abandonner son compère de longue date, preuve d’un lien créatif rare et durable entre les deux hommes. Comme on le mentionnait un peu plus haut, le documentaire Music by John Williams, réalisé par Laurent Bouzereau et disponible sur Disney+, revient justement sur cette complicité. Spécialiste des coulisses du cinéma américain, Bouzereau retrace leur parcours commun et dévoile les origines de ces morceaux devenus universels. Cinquante ans après la première écoute de ce thème « génialement simple », les deux hommes continuent d’écrire ensemble une page essentielle de la musique de film.