Parodier James Bond semblait être une idée en or. Mais en 1967, ce film a prouvé qu’on pouvait rater 007 en beauté.
Sur le papier, réaliser un bon film James Bond ne semble pas être une mission impossible. La recette est éprouvée et comporte des ingrédients indispensables : un protagoniste élégant, des femmes fatales, des voitures rapides remplies de gadgets, des méchants excentriques et des décors exotiques. Pourtant, en 1967, une tentative de parodie de la franchise a dérogé à ces règles avec des résultats désastreux : le premier Casino Royale.
Une production chaotique et incohérente
Dès le départ, le film a souffert de décisions artistiques inexplicables et d'une production tumultueuse. L'intrigue reposait sur un concept confus visant à nommer tous les agents du MI6 « James Bond 007 » afin de tromper l'ennemi, une idée qui a surtout fini par perdre le public. Le tournage a été marqué par des tensions, notamment parce que l'acteur principal, Peter Sellers, souhaitait interpréter son rôle sérieusement alors que le film se voulait une comédie. Bien que la production ait réussi à attirer des stars comme Orson Welles, David Niven et Ursula Andress, et que la musique de Burt Bacharach ait été saluée (notamment avec une nomination aux Oscars pour The Look of Love), le film n'est qu'un assemblage de différents segments cousus ensemble sans véritable cohérence.
« C’est tellement mauvais »
La réputation catastrophique de ce long-métrage est confirmée par ceux qui ont repris le flambeau. Martin Campbell, le réalisateur qui a dirigé Daniel Craig dans le Casino Royale moderne de 2006, n'a pas mâché ses mots concernant la version de 1967. Il a souligné l'absurdité du projet, qui impliquait « cinq James Bond différents et cinq réalisateurs différents ». Le verdict de Campbell est sans appel : pour lui, le film est « presque irregardable » et il avoue n'avoir pas pu le terminer tant « c'est mauvais ». Malgré ces critiques acerbes, l'œuvre a connu un succès financier relatif à sa sortie, profitant de la Bondmania ambiante quelques mois avant l'arrivée de On ne vit que deux fois avec Sean Connery. Ironiquement, si ce film est boudé par les puristes, il reste célèbre pour avoir fourni la quasi-totalité de l'inspiration visuelle et thématique de la saga parodique Austin Powers.