8e jeu le plus vendu de tous les temps avec environ 60 millions de copies écoulées, The Witcher 3 : Wild Hunt a marqué toute une génération de joueurs appréciant les action-RPG en monde ouvert. Pourtant, l’une des premières quêtes majeures continue de hanter Paweł Sasko, principal concepteur des quêtes du jeu.
The Witcher 3 Wild Hunt : un vrai marqueur des années 2010
The Witcher premier du nom avait rencontré le succès auprès des amateurs du genre, mais le grand public n'avait pas encore découvert les aventures du sorceleur. Le second opus a fait apparaître une forme de popularité, mais c'est véritablement le troisième jeu qui a fait de The Witcher une licence mondiale. Les livres ont été traduits dans de nouvelles langues, un projet de série a été lancé et l'auteur des romans d'origine, Andrzej Sapkowski, a même écrit un nouveau volume. Du côté de CD Projekt, deux extensions et des portages ont été développés et, après la fin du développement principal de Cyberpunk 2077, les équipes se sont mises au travail sur The Witcher IV.
Si le gameplay de The Witcher 3 : Wild Hunt n'a pas transcendé les foules en se montrant relativement limité, le titre est porté par une écriture magistrale, cohérente avec l'univers, les régions du jeu, les environnements et le ton. L'immense majorité des quêtes a bénéficié d'un grand soin en termes d'écriture et The Witcher 3 est connu pour proposer d'impressionnantes quêtes secondaires. Parmi les premières quêtes au long cours du jeu se trouve celle du Baron Sanglant, seigneur autoproclamé d'une région ravagée par la guerre. Ce dernier a un temps hébergé Ciri, poussant Geralt à se rendre auprès de lui. Brutal, alcoolique et mû par une volonté de légitimité, il a visiblement maltraité sa fille et son épouse. Il en résulte notamment un fœtus transformé en monstre dont il faut s'occuper avant qu'il ne se mette à dévorer tout le monde.


Donner le ton et amener le récit vers quelque-chose de rare et d'adulte
Sur X, Pawel Sasko est revenu sur cette quête située en début d'aventure, évoquant sa conception, ses craintes et ses inspirations.
« Le Baron Sanglant » fut l'une des premières quêtes que j'ai conçues pour The Witcher 3. Pour moi, elle était censée donner le ton et le style du jeu que nous étions en train de créer, et elle est devenue ma référence thématique. Je tiens à remercier les formidables auteurs Marcin Blacha et Karolina Stachyra qui ont collaboré avec moi. Cette intrigue m'inquiète depuis très longtemps. J'ai l'impression de négliger certains éléments de ton. Heureusement, nous avions Kajtek Kapuściński, qui a réalisé des scènes incroyables pour cette quête, et Artur Bielnica, notre animateur chevronné.
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En 2012, il n'existait pas beaucoup de jeux pour adultes abordant des sujets sensibles comme la violence domestique, l'alcoolisme et les fausses couches. Le conte populaire slave sur le poroniec (le botchling) était la touche de dark fantasy qui venait s'ajouter à ce récit mature, donnant à l'ensemble un air de The Witcher. L'une des principales ambitions de cette quête était de considérer notre médium, le jeu vidéo, comme un art mature et affirmé, capable de se suffire à lui-même et d'aborder des thèmes inattendus dans le jeu.
La quête du Baron Sanglant donne en effet le ton du jeu qui, malgré ses couleurs et l'humour dont peut faire preuve Geralt de Riv, est orienté vers la dark fantasy. Né en Pologne, le personnage s'inspire des contes et légendes locales tout en faisant ressortir des thèmes évoquant le bloc soviétique et les difficultés rencontrées jusqu'à l'effondrement de l'URSS, puis après. Rappelons également que CD Projekt est né par l'intermédiaire de la vente de jeux gravés sur les marchés. L'entreprise s'est ensuite orientée vers la localisation de jeux cultes, en commençant par le Baldur's Gate de BioWare. Est ensuite venu le temps de la création, avec un premier jeu, The Witcher. La suite, avec ses bons et ses mauvais aspects, on la connaît.