Je pensais la page tournée, l’addiction guérie et les mauvaises herbes victorieuses. Mais avec l’arrivée de la Nintendo Switch 2 accompagnée d’une mise à jour 3.0, Animal Crossing: New Horizons tente un retour de flamme inattendu…
Le walk of shame sur Animal Crossing New Horizons
Comme un mari absent qui avait juré de revenir après une course rapide, j'ai déserté Animal Crossing : New Horizons, pensant ne plus jamais y remettre les pieds. Quatre ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que mon île paradisiaque, jadis joyau de l'archipel, sombre dans la désuétude. C’est une déambulation coupable qui m'a menée jusqu'au bureau des résidents, me frayant un chemin à travers des allées désormais dévorées par les mauvaises herbes, sous le regard médusé des habitants. « J’ai cru que tu nous avais oubliés… », « J’ai failli ne pas te reconnaître ! », « Revenir comme si de rien n’était, hein ? »… Si le verbe est une arme, celui des résidents d'Animal Crossing est affûté comme une lame de rasoir qui vous transperce de culpabilité. Ici, la vie a continué sans moi. L'ardoise, elle, n'a rien oublié : quelque 200 000 clochettes de créances laissées en suspens, vestiges d'une époque où mon attention s'est étiolée. Car oui, après la consécration du premier concert de Kéké Laglisse et l'effervescence des débuts, la lassitude a fini par l'emporter, comme pour beaucoup de couples dévorés par la passion. Au fond, pour raviver la flamme, il ne fallait peut-être qu'un fantasme : celui d'un hôtel de luxe surplombant le ponton, sublimé par la promesse technologique d'une Nintendo Switch 2. Alors, je suis revenue, tel un ex infidèle pris dans un tourbillon de nostalgie. « Mais non chérie, je ne t'ai pas oublié à cause de la fin du confinement, voyons… ».
Quand ton chauffeur Uber décide de philosopher sur la vie à 2h du mat'

Y a que la beauté qui compte sur Switch 2
Animal Crossing: New Horizons était déjà tout à fait charmant sur la première Switch. Avais-je vraiment besoin de cette nouvelle version payante ? Laissez-moi brancher ma vieille console déchargée depuis des mois, transférer mon île vers la nouvelle machine, et chercher la réponse à cette question. Setup optimisé. Cinq coussins en soutien. Mode portable activé. Et une observation, déjà : le temps de chargement de mon île est plus rapide, mais il reste lent. Voyons le reste. Première escale : le musée. Je pénètre ses couloirs sombres et bleutés. Déjà, quelque chose se produit. Jamais l'observation de ma misérable collection de fossiles ne m’a parue aussi captivante que sur cette édition Switch 2. Les ombres sont plus profondes, les traits plus fins, la 4K, bien visible. C’est toujours en 30fps, mais ça n’a jamais été un défaut à mes yeux. Je crois que je retombe amoureuse. Certains trouveront le changement trop subtil. Mais le gain visuel, couplé à la générosité de la nouvelle dalle, propulse quand même le confort de jeu dans une autre dimension.

Après avoir erré, hagarde, dans les couloirs du musée, il était grand temps de découvrir ce que cette nouvelle mouture avait d’autre dans le ventre. En vérité, il ne s’y cache pas grand-chose d'incroyablement consistant. Nintendo espère peaufiner ses systèmes avec un « Mode Souris » tirant parti des nouveaux Joy-Cons. La promesse ? Pointer l'écran pour dessiner des motifs ou réorganiser ses meubles avec la précision toute théorique d'un PC. Concrètement, c’est une nouvelle manière d’opérer que je trouve plus pénible qu'à l'accoutumée.
Bon alors, j’en avais besoin de cette version Switch 2 ? Résultat de l’enquête : Non. Mais quand même bien trop excitée par ce léger upgrade visuel, j’ai été prise de l’étrange obsession de repaver l’intégralité de mon île en friche pendant bien deux heures, en consultant de temps à autre ma série Netflix lancée en simultané. Alors, rien que pour ce moment de quiétude absolue, ça valait bien le coup. On va la revivre, cette belle histoire, Animal Crossing.
Mise à jour 3.0 : L’hôtel Amiral, lieu de retrouvailles endiablées
Le couple est réuni, mais les premiers doutes s'immiscent déjà. Certes, cette version est plus séduisante que jamais, moulée dans son joli écrin noir mat. Mais, c'est bien la nature de son nouveau contenu gratuit qui déterminera la viabilité de cette relation sur le long terme…L’édition Switch 2 débarque en tandem avec la mise à jour 3.0, introduisant le fameux Resort Hotel. L'établissement est tenu par la famille d'Amiral, visiblement pleine aux as, tandis que ce pauvre bougre s’épuise nuit et jour à vous transporter d’île en île sur sa barque miteuse. Concrètement, votre mission en tant que bonne à tout faire de l’île (pendant que vos résidents sirotent des cocktails sur la plage de 8h à 20h, ne l'oublions pas) sera de décorer jusqu’à huit chambres selon des thèmes imposés, comme la classique « Chambre Bord de Mer ». En d’autres termes, c’est une version très légèrement remaniée du DLC payant Happy Home Paradise (là, vous répondez aux exigences de clients pour créer leur maison de vacances de rêves), mais intégrée directement à votre île. Les connaisseurs auraient sans doute préféré une activité plus inédite, mais la boucle de gameplay reste plaisante. D’autant que satisfaire la clientèle rapporte des « Tickets d'Hôtel », une nouvelle devise permettant d'acquérir des souvenirs plutôt mignons ou des objets rétro Nintendo. Petite touche sympathique, quoique parfaitement dispensable : vous pouvez habiller des mannequins dans le hall, laissant vos visiteurs en ligne emprunter ces tenues pour des séances photos improvisées.
Oui, bon, j'ai jamais dit que j'étais doué en déco...

Mais le véritable atout de ce lieu, c’est son effervescence. Votre île n’a jamais été aussi vivante, brassant un flux continu de touristes. C’est là que le bât blesse : ce défilé de casting cinq étoiles vient vous narguer brièvement, juste le temps de vous rappeler la médiocrité de votre propre voisinage. Voir passer les plus mignons de la licence sous votre nez pour finalement rentrer chez soi et se coltiner Arnold (viré à ce jour, et sans regrets) ou Marvin... Quelle injustice. Ne vous attachez pas. Ne vous attachez pas. Cette foule met aussi en lumière, par effet de contraste, les lacunes sociales du jeu, dont cette impossibilité de tisser des liens durables et évolutifs avec des personnages qui préfèrent entretenir des conversations stériles. Tiens, ça peut vous rappeler un ex...
C'est Animal Crossing ou une intro de film d'horreur ?



Le God Mode : la cerise sur le gâteau
C’est ensuite en vous glissant sous la couette qu’une nouvelle fonctionnalité émerge. Dans votre rêve, Serena, un tapir aux cheveux bruns, vous accueille dans son institut. Ne paniquez pas. Non, vous n'êtes pas dans un épisode perdu de Twin Peaks. C’est un simple sas vers les Rêver'îles (mode payant avec le online), des îles accessibles en rêvassant, qui font office de véritable mode créatif. Ici, c'est le God Mode. Vous avez un accès illimité à votre catalogue de meubles, vous faites pousser la flore instantanément, contrôlez la météo et l'heure, et surtout, vous terraformez sans contrainte. Vous pouvez gérer jusqu'à trois Rêver'îles de tailles différentes. Cerise sur le gâteau : ce mode est collaboratif, et c'est ainsi qu'il trouve réellement son intérêt et devient une bonne idée. Vous pouvez inviter jusqu’à douze amis pour construire et décorer un joli chaos en temps réel. Couplé au confort du nouveau chat vocal, l'expérience est franchement réjouissante.
Exemple de phrase à utiliser en date

Ce que l’on retient également de cette mise à jour, c'est le retour des collaborations. Les villageois et objets Zelda et Splatoon s'invitent via Amiibo. Une collaboration LEGO ajoute des meubles thématiques. Et pour les abonnés Nintendo Switch Online, des mini-jeux rétro sont jouables directement sur les consoles virtuelles in-game (une superbe idée). Comptez aussi sur une poignée d’amélioration de qualité de vie : Il est enfin possible de fabriquer des objets en masse. Moyennant finances, vous pourrez étendre le stockage de la maison à 7 000, puis 9 000 objets. De quoi entasser encore plus de trucs inutiles que je ne sortirai jamais. Et enfin Resetti, dans sa grande mansuétude, propose un service pour « reset » des zones entières de l'île. C'est radical, efficace, mais j’aurais aimé qu’il en profite pour désherber au passage. De quoi nous laisser pantois face aux arriérations ergonomiques stagnantes du titre. Par pitié, permettez-moi d'abord de disposer mes meubles en diagonale si je le souhaite, et on verra ensuite pour le reste, non ? Une fois la magie des retrouvailles dissipée, il ne faut pas bien longtemps avant de redécouvrir les vilains défauts de l’autre…
Conclusion
Points forts
- Plus beau que jamais en 4K
- Multijoueur débridé avec 12 joueurs et le chat vidéo intégré pour des sessions fun
- L'Hôtel Resort et les Rêver'îles de la 3.0 pour raviver la flamme
- Une île plus peuplée que jamais avec la 3.0
- Une boucle de gameplay toujours capable de vous happer pendant des heures
- Toujours le cosy game ultime
- Les mini-jeux rétro jouables
Points faibles
- Les mêmes soucis d'ergonomie qui restent
- Le mode Souris, la fausse bonne idée
- Une dimension sociale qui reste en retrait
Note de la rédaction
Retrouver Animal Crossing sur Switch 2, c’est raviver une flamme que l'on croyait vacillante. L'archipel n'a jamais été aussi resplendissant, sublimé par une 4K qui rend chaque recoin irrésistible, en dépit d'une ergonomie qui s'obstine dans ses vieilles habitudes. Mais qu'importe : entre l’effervescence de l’Hôtel Amiral et la liberté totale du mode Rêver'îles qui tombent à pic, cette mouture offre le souffle de nouveauté nécessaire pour briser la routine. On est simplement heureux d'avoir trouvé une si belle raison de revenir. Si cette version n'est pas indispensable, une fois essayée, il devient difficile de revenir en arrière...