À l’aube de sa sortie officielle prévue pour le 20 janvier prochain, j’ai pu tester Mio : Memories in Orbit, le nouveau Metroidvania poétique des créateurs de Shady Part of Me. Entre exploration spatiale sur l’Arche et mécaniques de plateformes aériennes, ce titre français s’impose comme une alternative rafraîchissante aux ténors du genre en misant sur une atmosphère onirique et une accessibilité bienvenue.
Le paysage du Metroidvania semblait avoir atteint son paroxysme de tension avec l'exigence brute de Silksong, mais c'était sans compter sur la proposition singulière de Douze Dixièmes. Avec Mio : Memories in Orbit, le studio français nous plonge dans les entrailles d’un immense vaisseau spatial à l’abandon, où l’on incarne Mio, un androïde agile dont la mission est de redonner vie à ce monde technologique en décomposition.
Un voyage onirique au cœur de l'Arche : les racines de Mio Memories in Orbit
Développé par les équipes françaises de Douze Dixièmes, déjà remarquées pour la poésie visuelle de Shady Part of Me, Mio : Memories in Orbit s'inscrit dans la lignée des Metroidvania d'exploration pure. Le joueur y incarne Mio, un robot qui s'éveille au sein de l'Arche, une structure spatiale gigantesque autrefois florissante, désormais envahie par une végétation sauvage et des machines détraquées. Loin des donjons sombres et oppressants que l'on croise souvent dans le genre, le titre nous invite à une déambulation mélancolique à travers des biomes variés, où chaque zone raconte silencieusement la chute d'une civilisation technologique avancée.
L'intrigue nous pousse à restaurer les fonctionnalités de ce vaisseau-monde tout en perçant les mystères de notre propre création. La progression repose sur l'acquisition de capacités classiques du genre avec un contenu global qui peine à se renouveler sur la durée. S'il est possible de "pimper" son héros grâce à divers modificateurs, le résultat n'est jamais vraiment transcendant et manque d'impact réel sur la manière d'appréhender le jeu. Je mettrais ma main à couper qu'on ne verrait que peu de différences en jouant sans ces améliorations.

Moins d'action, plus de contemplation
Si j'avais été marqué par l'oppression constante et la densité de Hollow Knight Silksong, mon expérience sur ce test de Mio : Memories in Orbit m'a offert un miroir inversé intéressant. Ici, on est d'abord happé par la forme plus que par le fond : la direction artistique, aux tons pastels et aux tracés fins, crée une bulle de sérénité là où d'autres cherchent les larmes et la tension. On n'est jamais réellement sous pression. C'est une sensation remarquable pour un genre qui a tendance à s'enfermer dans la sueur du die&retry. Les grands espaces colorés, magnifiés par une bande-originale discrète et relaxante, engagent à prendre son temps, à savourer chaque panorama plutôt que de foncer tête baissée vers le prochain point de sauvegarde.

L'une des grandes réussites visuelles réside dans l'utilisation de la 3D, subtilement intégrée pour donner de la profondeur aux décors et dissimuler habilement de nombreux chemins secrets derrière des éléments de premier plan. Cette verticalité, couplée au gigantisme des environnements, renforce constamment cette impression d'être minuscule face à l'immensité de l'Arche. C'est précisément ce gigantisme qui appuie le côté "je prends mon temps" de l'aventure : on a l'impression d'avoir des milliers de kilomètres à parcourir, ce qui transforme l'exploration en une épopée contemplative où chaque nouvel horizon semble plus lointain que le précédent.
Il y a tout un monde dans ce tiroir !

Cependant, ce point fort se transforme en une légère faiblesse au fur et à mesure que l'on progresse vers le dénouement. Même si la carte est initialement très bien construite, avec des raccourcis intelligents et une topographie lisible, on finit par en faire le tour assez rapidement. Passé l'émerveillement des premières heures, on retrouve des environnements qui ont tendance à se répéter en boucle, diluant quelque peu l'originalité des décors rencontrés au départ. La magie a donc vite fait de s'estomper sur le dernier tiers de l'aventure, avec un sentiment de découverte qui s'essouffle.

Des combats en apesanteur
L'aspect combat et exploration de Mio : Memories in Orbit se distingue par une légèreté bienvenue dans le contrôle du personnage, offrant une maniabilité presque éthérée. Mio est un héros aérien dont le gameplay s'oriente davantage vers la plateforme pure que vers le duel de précision millimétrée. Une mécanique clé change l'approche de l'exploration et des affrontements : le saut se réinitialise à chaque fois que l'on touche un ennemi ou un objet interactif, ce qui permet de rester en l'air presque indéfiniment. J'ai pris un plaisir immense à retrouver des séquences de plateformes pures et dures, qui manquaient cruellement à Silksong à mon sens, et c'est précisément dans ces moments que le jeu nous délivre sa dose nécessaire de challenge.

En ce qui concerne les affrontements contre les boss, s'ils s'avèrent moins mémorables visuellement que les icônes de la Team Cherry, ils n'en demeurent pas moins exigeants et particulièrement bien rythmés. Chaque gardien dispose de trois ou quatre attaques punitives qu'il convient de décrypter patiemment pour triompher, sans jamais engendrer de frustration inutile. Pour les joueurs moins habitués à ce type de réflexes, le titre propose des options d'accessibilité permettant de moduler l'expérience pour se faciliter la tâche. Cette bienveillance dans le game design permet de se concentrer sur le plaisir du mouvement sans jamais se heurter à un mur de difficulté infranchissable.

Une histoire poignante et joliment racontée
Contrairement à beaucoup de productions actuelles qui misent sur la narration environnementale cryptique, Mio : Memories in Orbit parvient à instaurer un contexte clair sans jamais noyer l'utilisateur sous des lignes de dialogues superflues, préférant laisser la contemplation faire le gros du travail.
À chaque nouveau pouvoir acquis, une petite histoire défile en fond.

L'histoire de Mio : Memories in Orbit ne se livre pas d'un bloc, mais se distille avec une élégance certaine au fil des découvertes. Bien que l'on dispose de peu de détails explicites au début de l'épopée, les éléments narratifs sont disséminés de façon stratégique à chaque palier important de l'intrigue, encourageant ainsi la fouille méticuleuse. Le jeu aborde de manière assez étonnant le thème de l'obsolescence programmée, en donnant aux machines le pouvoirs de dire ce qu'elles auraient à dire si elle pouvaient communiquer comme nous. De quoi, parfois, avoir la larme à l'œil.
- Pour moi si : j'aime les jeux à ambiance, à la DA spéciale, finissables rapidement (moins de 15h pour voir les crédits, mais il y a d'autres choses cachés !) avec une pointe de challenge,
- Pas pour moi si : j'aime personnaliser mon héros à gogo ; cherche une difficulté élevée
Conclusion
Points forts
- Une direction artistique qui marche à tous les niveaux
- L'histoire, joliment racontée
- L'utilisation de la 3D pour les chemins cachés
Points faibles
- L'absence d'impact des modificateurs
- Un contenu classique et peu varié
Note de la rédaction
En définitive, Mio : Memories in Orbit est une proposition rafraîchissante qui prouve qu'il existe encore une place pour la douceur dans un genre souvent saturé par la violence. Si le titre s'essouffle un peu sur sa fin à cause d'un manque de contenu, il compense par sa légèreté et sa direction artistique . C'est une alternative solaire à la rudesse de Silksong, offrant une parenthèse enchantée à tous les amoureux de plateformes qui préfèrent la poésie à la frénésie. Dans le fond, comme dans la forme.