Les amateurs de mangas et d’animation japonaise ne le savent que trop bien. Une adaptation en prises de vues réelles (ou live action) est rarement gage de qualité, bien qu’il puisse parfois se produire de petits miracles. Ce fut le cas en 1995 avec un film d’action réalisé par le cinéaste français derrière Silent Hill et Retour à Silent Hill. J’en suis un fan de la première heure.
Crying Freeman, un film de Christophe Gans
Crying Freeman est l’adaptation en prises de vues réelles du manga culte éponyme, publié à la fin des années 1980. Le film s’inscrit parmi les premières adaptations ambitieuses occidentales cherchant à porter un manga japonais au style très marqué et à la violence assumée. Mark Dacascos incarne le personnage principal, apportant une présence physique marquée par les arts martiaux, tandis que Julie Condra joue Emu. La mise en scène est signée Christophe Gans, futur réalisateur des films Silent Hill et Retour à Silent Hill, dont on retrouve ici le goût pour les univers graphiques, les atmosphères sombres et la fidélité visuelle au matériau d'origine.
À sa sortie en 1995, Crying Freeman reçoit un accueil mitigé et se plante au box office à cause d'une distribution en salles relativement confidentielle. Si certains saluent son ambition esthétique, d'autres lui reprochent d'édulcorer et de s'éloigner de la complexité et de la violence de l’œuvre originale. Fan du manga que je relis régulièrement, je suis en total désaccord avec les retours faits sur le film à la fin des années 90. Crying Freeman est une merveille d'adaptation qui a obtenu le statut d'œuvre cinématographique culte avec le temps.
L'histoire du film Crying Freeman
Crying Freeman de Christophe Gans raconte l’histoire de Yo Hinomura, un artiste japonais devenu tueur à gages malgré lui après avoir été conditionné par une organisation criminelle chinoise, les 108 Dragons. Surnommé le "Crying Freeman" en raison des larmes qu'il verse après chaque assassinat, il entame une relation amoureuse avec Emu O’Hara, une jeune femme témoin de ses crimes, au cœur d’un récit mêlant romance tragique et action.

Une petite merveille d'adaptation "made in France"
Né en 1986, je n’ai bien évidemment pas vu Crying Freeman à sa sortie au cinéma en avril 1996 en France. Je n’avais que 10 ans et face à la violence graphique assumée du film, il aurait été malvenu de me coller devant. J’ai toutefois découvert ce dernier à l'adolescence, autour de mes 15 ans, et je suis tombé éperdument amoureux de l'esthétique du film, de son histoire entre romance et fatalisme et bien entendu de ses scènes d’action portées par un Mark Dacascos en pleine possession de ses moyens. Je me rappelle encore de son Butterfly Kick, son coup de pied signature.
J’ai découvert le manga plusieurs années plus tard et je dois bien reconnaître que le film réalisé par Christophe Gans est moins porté sur le sang et le sexe que le matérieau d’origine, mais je ne pense pas qu’il soit opportun de réduire l’oeuvre de Kazuo Koike and Ryoichi Ikegami à de l’hémoglobine et de la sueur. Au contraire, les mésaventures de Yo Hinomura et Emu Hino sont parcourues par la fatalité, l'amour et une noirceur que je retrouve dans l’adaptation cinématographique signée Gans.

Crying Freeman de 1995 se distingue par sa mise en scène stylisée et audacieuse. Le cinéaste français assume une esthétique marquée par une violence chorégraphiée, des ralentis appuyés et des poses iconiques qui font échos au manga. L'influence de la bande dessinée japonaise sur le travail de Christophe Gans est une évidence. Yo Hinomura joué par un Mark Dacascos implacable est une autre force du film. Mutique, mortel et pourtant vulnérable, il incarne à lui seul toute la complexité d’une œuvre jouant sur deux tableaux, la brutalité extrême et le romantisme tragique.
Au-delà de ses séquences d’action lisibles, créatives et chorégraphiées avec soin, Crying Freeman fait étale d’une ambition folle, surtout pour un projet français, et se veut respectueux du manga dans l’esprit. Tourné en langue anglaise avec un casting international, il fait figure de précurseur, anticipant la vague d'adaptations à venir, et ouvre la voie à un cinéma de genre sensuel, brutal et dramatique. Crying Freeman, c’est avant tout une singularité visuelle, une audace artistique et un statut d'œuvre culte, bien qu'imparfaite.

Où voir le film Crying en France ?
En France, Crying Freeman de 1995 n’est pas proposé sur l'une des principales plateformes de streaming par abonnement. En revanche, le film de Christophe Gans avec Mark Dacascos est disponible en location ou à l'achat en ligne via plusieurs services de vidéo à la demande (VoD) : Apple TV, Canal VOD, UniversCiné, Cinemas à la Demande, Amazon Video, généralement autour de 2,99 à 3,99 euros pour la location et 9,99 euros pour l’achat numérique en HD et SD.