Supermassive Games : Entre déceptions répétées et plaisir coupable des expériences narratives

Titre original : Plus le temps passe, plus ce studio sort de mauvais jeux, mais je suis contente qu'ils existent

Des acteurs hollywoodiens coincés dans l’espace, une intrigue cousue de fil blanc et des dialogues qui sonnent faux : Directive 8020 promet du pur Supermassive Games.

Les années passent et rien ne me convainc moins que les visages livides des personnages de Supermassive Games. Pour leur nouvelle itération, les Britanniques s’attaquent à du vu et revu : des explorateurs de l’espace piégés dans un vaisseau spatial mortifère. Le pitch de Directive 8020, aux airs assumés de The Thing, ne devrait pas vous dépayser : dans un futur où la Terre est mourante et l'humanité à court de temps, une mission de la dernière chance est lancée. Le vaisseau colonial Cassiopeia est envoyé vers la planète Tau Ceti f, située à 12 années-lumière, qui représente le seul espoir de nouveau foyer pour l'homme.

La Menace : Lors de la mission, l'équipage réalise qu'il n'est pas seul. Ils sont traqués par un organisme extraterrestre capable d'imiter sa proie. Est-ce qu’on est surpris par l’originalité de l'œuvre ? Absolument pas. Est-ce que Supermassive a raison de remettre une pièce dans une machine remplie de ce bon vieux Coca-Cola qui fonctionne à tous les coups ? Oui, bien sûr. Est-ce que j’aimerais bien goûter un peu de cette boisson passion-mangue que je ne trouve que sur Amazon en pack de 12 ? Oui. Est-ce que je suis en train de me perdre dans les analogies ? Peut-être.

Plus le temps passe, plus ce studio sort de mauvais jeux, mais je suis contente qu'ils existent

Plus le temps passe, moins je comprends

Quel que soit le traitement que réserve Supermassive Games à une thématique surexploitée, j’espère toujours y retrouver les mêmes ingrédients : des sourires figés qui laissent apparaître deux rangées d’impeccables chicots semblables à des facettes de Dubaï, des dialogues qui sonnent affreusement faux et une délicieuse atmosphère de série B. Les premiers retours sur Directive 8020 pointent déjà du doigt des ajouts de gameplay qui tiennent plus de la corvée que de l'innovation. Le studio tente d'intégrer de l'infiltration en temps réel pour "renforcer la peur", mais l'exécution semble laborieuse : une caméra bancale et lente, une IA ennemie aux fraises qui ne vous voit pas accroupi juste devant elle, et un rythme général qualifié de lourd. On est loin de la tension cinématographique promise. Pire encore, le studio semble avoir pris la fâcheuse habitude de saboter ses propres intrigues avec des twists scénaristiques qui désamorcent toute l'horreur. On se souvient amèrement de Little Hope ou Man of Medan...

Plus le temps passe, plus ce studio sort de mauvais jeux, mais je suis contente qu'ils existent

...mais je suis contente qu'ils existent

Bien sûr, il y a du bon chez Supermassive Games. À commencer par Until Dawn, slasher classique et efficace, dont l’effet papillon et la myriade de jumpscares ont su garder facilement les joueurs en haleine jusqu’au bout. Dans la même veine, The Quarry constitue aussi un très bon divertissement aux allures de film de vacances qui tourne mal. Et puis il y a The Dark Pictures Anthology, pour laquelle le studio s'est engagé à sortir pas moins de huit jeux, explorant méthodiquement 39 sous-genres d'horreur identifiés. Au fond, Supermassive occupe une place unique. Ils sont les seuls à produire ce genre d'expérience narrative à gros budget, jouable en mode "Soirée Ciné" entre amis, bières et pizzas à l'appui. Mais il faut impérativement y jouer à plusieurs, pour savourer dignement le cringe qui dégouline de cette anthologie.