Salué par la critique et multi-récompensé, le jeu indépendant Blue Prince dissimule derrière son excellence un développement titanesque. Son créateur, Tonda Ros, se confie sur huit années d’un labeur frénétique à 80 heures par semaine.
Sorti au printemps 2025 sous l'égide de l'éditeur Raw Fury, Blue Prince s'est rapidement imposé comme l'une des œuvres indépendantes les plus marquantes de l'année dernière. Salué par la critique et doublement couronné aux D.I.C.E. Awards, le jeu d'exploration et de puzzles aux mécaniques labyrinthiques cache cependant une genèse d'une intensité folle. Son créateur, Tonda Ros, fondateur du studio Dogubomb, a littéralement sacrifié près d'une décennie de sa vie pour donner corps aux mystères du manoir de Mt. Holly. Un périple titanesque qu'il s'est juré de ne jamais reproduire...
Le fardeau d'un chef-d'œuvre : 80 heures par semaine pendant 8 ans
L'histoire de Blue Prince est celle d'un dévouement frôlant l'obsession. Ancien directeur de la photographie issu du monde du cinéma à Los Angeles, Tonda Ros s'est lancé dans la création vidéoludique en pensant initialement que le développement ne s'étirerait pas au-delà d'une année. Pris dans les rouages d'une ambition dévorante, le processus a finalement duré huit longues années. Durant cette période, Ros s'est imposé un rythme de travail effréné, enchaînant des semaines de 80 heures, sans relâche.

« Le principal défi de ce projet a été de survivre à la durée du voyage », confie-t-il, décrivant un chemin trompeur où la ligne d'arrivée semblait indéfiniment reculer. Isolé et travaillant de l'aube jusqu'à l'épuisement, le développeur a tout donné pour peaufiner chaque secret menant à la fameuse chambre 46. Si ce sacrifice a incontestablement payé (le jeu ayant atteint un impressionnant score de 92 sur Metacritic), le coût humain fut vertigineux.

Une ambition physique insoutenable pour l'avenir
Aujourd'hui, l'heure est au soulagement, mais aussi à la lucidité. Tonda Ros prépare actuellement une ultime mise à jour majeure pour Blue Prince, destinée à peaufiner les détails et ajouter quelques cinématiques manquantes afin d'achever définitivement sa vision. Et pour la suite ? Le créateur est catégorique : la culture du crunch permanent est derrière lui. « Blue Prince sera probablement le jeu le plus ambitieux que je ferai jamais, car je ne pense pas pouvoir physiquement refaire ça », avoue-t-il. Il affirme que sa prochaine création prendra peut-être tout autant de temps, mais sera forgée dans des conditions viables. Fort heureusement, cette épreuve ne l'a pas dégoûté du médium, bien au contraire. Tombé amoureux du développement de jeux vidéo, Tonda Ros continuera d'imaginer de nouveaux mondes, mais à son propre rythme.