Savamment mis en avant au cours des dernières conférences Nintendo et PlayStation, le nouvel épisode de Resident Evil pouvait donner l’impression d’avoir tout montré, comme cela arrive parfois dans le monde du jeu vidéo. Maintenant que nous avons terminé Requiem, nous pouvons le clamer haut et fort : Capcom nous a bien eus. Il y a plus de surprises dans cet épisode que de piques sur l’épiderme d’un Iron Maiden !
nous avons terminé Resident Evil Requiem en 12 heures en difficulté Standard. Toutes les captures d’écran de ce test viennent de la version Xbox Series X. Cet article ne contient aucun spoiler.
De quoi parle Resident Evil Requiem ?
Alors que son enquête sur une série de morts mystérieuses piétine, Grace Ashcroft foule le sol d’un hôtel abandonné où un cadavre vient d’être retrouvé. La jeune analyste du FBI ne connaît que trop bien ce lieu délabré, puisque c’est là que sa mère, Alyssa Ashcroft, a été assassinée huit ans plus tôt. Oui, c’est un peu abject de la part de son boss de l’envoyer ici, mais que voulez-vous, il fallait bien trouver un moyen de confronter l’héroïne à son passé pour que le joueur prenne en main son destin.
L'hôtel Wrenwood n'a rien à envier à l'hôtel Lakeview de Silent Hill 2.

Un corps retrouvé dans les tréfonds d’une ville, des investigations qui n'avancent pas, une agente du FBI meurtrie… Au premier abord, l’intrigue de Resident Evil Requiem ressemble plus à celle d’un “New York section criminelle” qu’à celle d’un “The Walking Dead”. Rassurez-vous, il ne suffit que de quelques minutes pour qu’un infecté fasse virer l’enquête de routine en quête vitale. Accompagnée de Leon S. Kennedy, Grace Ashcroft va affronter des démons aux multiples apparences liés de près ou de loin à la catastrophe de Raccoon City survenue il y a 28 ans.
Conjonctivite !

Du Village à Racoon City, toutes les routes mènent à Resident Evil 9
En abordant l’un des événements fondateurs de toute la saga, à savoir la destruction de Racoon City en 1998 par le gouvernement américain, Capcom continue sa série en s’appuyant sur des piliers historiques. Il y a Leon, bien sûr, mais pas que. Puisque nous ne voulons pas vous gâcher le plaisir de la découverte, nous vous dirons que cet épisode est bien plus lié à la première trilogie qu’il n’y paraît. À bien des égards, Requiem est plus un nouveau départ pour la saga qu’une éventuelle conclusion, quand bien même il serait avant tout adressé aux fans de longue date.
Un zombie mort n’est pas un zombie inoffensif. À l’image des Crimson Heads du remake de Resident Evil, les Blister Heads sont des évolutions des monstres battus, plus rapides et résistants que les morts-vivants de base. Chaque cadavre peut revenir à la vie, sauf si l’opposant a été tué avec un injecteur hémolytique.
Leon se retrouve de nouveau confronté à des infestés en pleine ville.

À l’instar d’autres opus, ce neuvième volet “canon” mélange moments horrifiques et scènes d’action hollywoodiennes, pour le meilleur et pour le rire. Sans atteindre l’extravagance de Resident Evil 5 et Resident Evil 6, Requiem flirte avec la série Z, que ce soit dans ce qu’il raconte ou via les répliques des divers protagonistes. Le scénario est tellement tiré par les cheveux que Léa Kral rêverait sûrement du même traitement ! L’écriture au service du divertissement : à de rares exceptions près, c’est ce qu’a toujours été Resident Evil, nous n’allons donc pas jouer les cerbères effarouchés. Si vous ne cherchez pas la vraisemblance à tout prix, vous trouverez l’aventure palpitante.
Il n’y a pas de Biohazard, il n’y a que le rendez-vous de Grace Ashcroft avec Leon S. Kennedy
Comme nous l’avions remarqué dans notre aperçu, le titre de Capcom propose deux gameplays différents dans un seul jeu. Grace Ashcroft a des séquences horrifiques proches de celles de RE7 et Village. Elle doit fuir les ennemis les plus imposants, gérer un inventaire restreint et survivre avec des mouvements de combat limités. Leon, lui, est une machine à tuer qui peut parer, donner des coups de pied, déclencher des actions contextuelles destructrices, transporter plein d’objets et utiliser des armes lourdes. Les fans de RE4 seront aux anges !
Grace doit éviter les gros problèmes...

L’alternance infiltration/action – finalement habituelle dans les RE – aurait pu donner une expérience globale bancale. Ce n’est pas le cas ici. Cet équilibre réussi est dû au fait que Capcom adapte plusieurs rouages en fonction du héros joué. L’analyste du FBI utilise une mécanique bien à elle pour crafter (en récupérant du sang), s’affaire à des jeux de logique pour débloquer des recettes, upgrade ses capacités en dépensant des pièces antiques et utilise les coffres pour soulager son inventaire. L’ex-policier, lui, améliore son matériel en dépensant des crédits glanés sur ses adversaires morts et ne s’embête ni avec les casse-têtes, ni avec les coffres. Les deux gameplay se complètent avec brio et couvrent tout ce qu’un fan de Resident Evil peut réclamer.
Alors que Leon, lui, les affronte !

Le Resident Evil qui les rassemble tous
Dans sa structure, cet épisode est plus linéaire et abandonne l’idée de hub central vue dans RE7 et RE Village. Il y a bien un passage un peu plus ouvert vers la moitié du jeu qui nous donne l’opportunité de réussir des objectifs dans l’ordre que nous souhaitons, mais Requiem impose une ligne droite bien rythmée. Pour schématiser, nous dirons que le jeu est découpé en deux parties : une première avec Grace entrecoupée d’un peu de Leon, et une deuxième avec Leon entrecoupée d’un peu de Grace. Les cliffhangers sont de la partie : il est courant de passer d’un héros à l’autre après un événement choquant, ce qui rend l’aventure intéressante à suivre malgré le scénario tarabiscoté.
En plus de nombreuses options, Capcom laisse le choix de jouer l’aventure à la 1ère ou à la 3ème personne. Le jeu propose même une option pour différencier Grace de Leon, ce qui permet de faire toute la partie avec Grace en vue subjective et toute la partie de Leon en caméra épaule (ou vice-versa). Bien sûr, on aurait aimé avoir la possibilité de jouer en VR sur PC et PS5, mais cet épisode semble particulièrement pensé pour le mode à la 3ème personne.
Le duo doit s'entraider pour s'en sortir.

À la fois horrifique et bourré d’action, linéaire et un peu ouvert, jouable à la 1ère et à la 3ème personne, tourné vers le futur et se concentrant sur les événements passés, Resident Evil n’essaie-t-il pas de plaire à tout le monde au forceps ? En fait, à la manière dont les chemins de Grace et Leon convergent, le soft de Capcom rassemble tous les fans de sa saga, qu’ils préfèrent les remakes (du 2, du 3, du 4) ou les derniers épisodes “canon” (RE 7, Village). Ça fonctionne diablement bien, sans que l'on aie (trop) l'impression d'être devant un gros patchwork.
Le ping-pong narratif entre Grace et Leon évite le sempiternel moment cathartique téléphoné de fin de partie tout en apportant beaucoup de variété. En une séquence, on peut passer d’un Alien Isolation ultra tendu à un Uncharted décomplexé. C’est donc ça, le grand écart artistique ! Que ce soit dans les types de monstres à combattre, dans les armes à équiper ou dans les situations de jeu, Requiem est d'une belle générosité.
Quand Grace porte cette petite fille, elle ne peut plus tirer sur les monstres.

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Une beauté à réveiller les morts
Comme vous le constaterez en regardant nos captures ou en visionnant des vidéos, Resident Evil Requiem est graphiquement hallucinant. Les textures sont détaillées, les décors fourmillent de détails, les animations sont impeccables et le tout tourne en 60 images par seconde (sur Xbox Series X, plateforme du test). Les zombies se démembrent sous les coups de shotgun et les morceaux de chair partent avec précision.
Les graphismes de Resident Evil Requiem vont faire tomber votre mâchoire.

Le titre de Capcom est aisément le plus sanglant de toute la série et les effets spéciaux sont proprement incroyables, à l’image des éclaboussures qui dégoulinent sur les éléments du décor. Tout est fait pour que l’horreur dépeinte soit vue comme une œuvre d'art teintée de rouge et de gris. Le RE Engine fait vraiment des merveilles !
Capcom est un bon élève. L’éditeur japonais nous propose le jeu en VF, en VO, ou en VO sous-titré français. La VF est de très bonne facture. Vous voyez, les autres ? C’est ça que nous voulons.
Les ambiances sont variées et vraiment mortelles.

La bande-son de Requiem, quant à elle, demeure discrète. Vous n’entendrez pas de longs thèmes orchestraux : la musique s’adapte à ce qui se passe à l’écran. Elle s’énerve quand c’est la pagaille et se calme pour que l’on sursaute mieux à la prochaine attaque. Le sound design est en tout cas d’excellente facture. Si vous êtes équipé d’un ensemble 5.1, vos enceintes d’effets arrière vont vous immerger comme jamais.
Il y a un petit côté PT ici, ou c'est moi ?

La place de Requiem est dans un musée (de Racoon City) !
Resident Evil 7 basait sa peur sur les différents modèles de méchants issus de films d’horreur (Michael Myers, Pamela Voorhees, Jigsaw, etc.). Resident Evil Village, nous confrontait aux monstres les plus dangereux de la fantasy (loups-garous, dragons, vampires, etc.). Requiem, de son côté, fait dans le best-of historique. Référencé et auto-référencé, il se sert de sa seringue indestructible pour puiser dans le sang de tout ce qui a marché précédemment. C’est en quelque sorte un retour aux sources… d’inspiration.
Une impression de déjà-vu...

Cela nous emmène vers ce qui peut être vu comme une qualité ou un défaut en fonction des attentes. Sans dévoiler quoi que ce soit, nous dirons que Requiem mise beaucoup sur le fan service. Entre hurlements de peur et de joie, les fans les plus fidèles se délecteront des clins d'œil – gros comme celui posé sur l’épaule de Birkin – qui leur sont adressés. Que ce soit par l’intermédiaire de notes de musique discrètes ou d’éléments beaucoup plus tangibles, le jeu devient au fil des heures une sorte de revisite “best-of” de la saga, un musée à ciel ouvert. Oui, de temps en temps, c’est un peu trop forcé, mais ça reste jouissif.
Réussir des objectifs octroie des points à dépenser dans des bonus tels que des concept arts ou encore des modèles 3D. De quoi encourager la rejouabilité !
Glauque, vous avez dit ?

Bien qu’il s’appuie sur des systèmes solides (craft, bouteilles à lancer, lumières à éteindre/allumer pour attirer/repousser un ennemi, etc.), Requiem a une griffe dans le passé. Il est atteint du même phénomène que d’autres opus avant lui : une action simple – ouvrir un portail – devient compliquée – trouver trois éléments perdus aux quatre coins d’une map – histoire de rallonger la durée de vie. Certes, cela crée mécaniquement des situations stressantes, mais cela maintient ce Resident Evil dans une zone de confort que l’on aurait aimé voir disparaître comme la douleur après une bonne dose d'herbe verte.
Ce screen conclut le test, mais pas le jeu, ne vous inquiétez pas !

Conclusion
Points forts
- 2 jeux en un avec des mécaniques variées : c’est à la fois flippant et défoulant !
- Graphiquement et techniquement époustouflant
- Excellent rythme pour une aventure ni trop longue ni trop courte (12h environ)
- De belles surprises pour les fans de longue date
- Plein d’options, de choses à débloquer, et possibilité d’activer la VF ou la VO
Points faibles
- Le scénario part dans tous les sens et demande de gros efforts de suspension d’incrédulité
- Reste dans sa zone de confort pour les objectifs et lieux visités
- L’aspect fan service parfois trop forcé
Note de la rédaction
Avec Requiem, la grand-messe est dite : Capcom unit tous les fans de sa saga dans une communion sanglante, qu’ils aiment l’horreur à la première personne ou l’action en caméra épaule. Misant sur le fan service, ce Resident Evil ressuscite les morts autant que les souvenirs, mais pouvait-il en être autrement avec un Leon confronté à ses éternels démons ? Certes, Requiem fait du “9” avec du vieux, mais il réussit haut la main son pari de livrer deux jeux en un, quitte à ce que le scénario soit une fois de plus un gros prétexte à toutes les extravagances. Beau, généreux, bien rythmé, complet et pensé pour satisfaire les fans de longue date, Resident Evil Requiem se dévore comme un best-of bien gras avec supplément ketchup.