En ce début d’année 2026, un nouveau venu détrône Hades 2 au sommet des charts Steam. Si ce succès affole les compteurs, la comparaison s’arrête aux chiffres bruts. Entre le chaos stratégique au tour par tour et l’action divine de Supergiant Games, tout oppose ces deux titans de la scène indépendante. Analyse d’un faux duel qu’il faut cesser de nourrir tant les propositions sont aux antipodes.
Le meilleur jeu de ce début d'année contre l'un des meilleurs de 2025
Sans aucun débat possible, Mewgenics est le jeu de ce début d’année 2026. Le magnum opus de Edmund McMillen, accompagné par Tyler Glaïel, est salué par la presse comme le public. Sans refaire le test (que j’ai pris plaisir à écrire), c’est surtout par la profondeur de son système de jeu et les histoires qu’il raconte que le jeu brille. Étiqueté comme appartenant au genre du roguelite (même si la méta-progression est tout de même marginale par rapport à d’autres), Mewgenics a vite été comparé à l’un des ténors du genre : Hades 2. Un faux pas qu’il ne faut pas commettre !
Il ne faut pas être devin pour voir que Mewgenics et Hades / Hades 2 n’ont rien à voir. A fortiori quand on est le développeur de l’un des deux jeux. Pourtant, c’est Tyler Glaiel lui-même qui a lancé la bombe ! Et cela dit, on peut le comprendre.
Il a passé six ans à développer ce projet avec McMillen : un temps long, avec l’angoisse légitime de devoir s’affirmer après un Binding of Isaac qui a tout emporté sur son passage. Dans les jours qui suivent le lancement de Mewgenics le 10 février, il témoigne son enthousiasme :
!!! https://t.co/AtcX3w6geg pic.twitter.com/GwTgYLo8aQ
— Tyler Glaiel (@TylerGlaiel) February 15, 2026
En nombre de joueurs simultanés sur Steam, Mewgenics a battu (les chiffres sont similaires encore aujourd’hui) Hades 2. Mais il faut rendre à César ce qui est César et recontextualiser ces chiffres-là.
Un modèle économique différent
Dans un premier temps, le plus évident : les deux jeux n’ont pas le même modèle économique. Mewgenics a emprunté la voie traditionnelle. Une sortie à une date donnée, avec un prix fixé, et même une ristourne de 10% pour le lancement. Fin de l’histoire.
L’embargo de la presse et des créateurs est tombé 4 jours avant la sortie : on avait la main dessus depuis un mois, le temps d’y jouer mais aussi de poser des questions aux deux développeurs.
Cette période de 4 jours a permis aux joueurs anticipés de publier non seulement leur test mais aussi tout le contenu en lien avec le jeu. Des interviews des développeurs, des séquences de gameplay particulières, de l’analyse du game design etc.
De quoi faire monter la hyper suffisamment avant le jour J, expliquant en partie le nombre colossal de joueurs en simultané lors du premier week-end de sortie.
Hades 2 approcha sa sortie de façon différente. Déjà par son modèle économique. Étant en accès anticipé en mai 2024, il est difficile de se convaincre de la réalité des chiffres observés sur Hades 2. Les plus pressés ont dû essorer le contenu de l’accès anticipé pour peut-être le reprendre plus tard, mais pas forcément à la sortie en septembre 2025.
De l’autre, on peut trouver les frileux se refusant d’acheter des jeux en AA et attendant la sortie. De quoi ne jamais vraiment avoir la totalité des joueurs réunis au même moment, même le jour J. D’autant que Hades 2 est également sorti sur Switch et Switch 2.
Deux roguelites que tout oppose
Dans un dernier temps, il est difficile bien sûr de les comparer pour ce qu’ils sont. L’un se déroule au tour par tour, repousse une base de joueurs pour sa DA pipi caca avec des chats dont les miaulements sont doublés par des humains. L’autre est un jeu d’action nerveux, à l’aura divine et au charme incontestable.
Si presque tout les oppose, ils sont réunis sous la même catégorie du roguelite / roguelike. Quelque que d’absurde tant les deux propositions s’inscrivent de façon différente dans ce registre.
Hades a réussi à se faire une place de choix dans le monde du jeu vidéo aujourd’hui grâce à l’intelligence de ses développeurs chez Supergiant Games. Ils se sont appropriés un genre de plus en plus tendance pour raconter une histoire (leur gros point fort au vu de leur portfolio) : oui vous allez mourir, mais vous allez quand même avancer puisque les dialogues ne seront jamais les mêmes.
Quelque chose que l’on retrouve dans le deux, à un degré moins efficace puisque la surprise n’est plus là. D’autant que, au global, le scénario reste moins fort et moins prenant que l’original.

Dans un autre registre, Hades et Hades 2 sont avant tout d’excellents jeux d’action avec des notions de roguelite. J’en ai déjà parlé à moultes reprises, mais leur variété de gameplay n’est pas assez forte pour en faire leur vitrine.
Quelque chose que fait à 100% Mewgenics, avec des parties toujours différentes dans lesquelles il est impossible de twister l’aventure pour ne pas perdre.

Au-delà de la bataille de données, ces deux titres incarnent les deux visages opposés d'une même pièce. Là où Hades 2 peaufine une formule d'action divine et narrative désormais bien identifiée, Mewgenics s'impose comme un laboratoire de chaos génétique, aussi repoussant pour certains qu'addictif pour d'autres. L'un se joue avec les réflexes et le cœur, l'autre avec les méninges et les tripes. Et c'est précisément pour cette complémentarité qu'il faut les chérir, séparément.