En septembre dernier, on faisait la rencontre de Pokémon Pokopia. Plus qu’un titre sorti du chapeau de The Pokémon Company, ce projet ne date pas d’hier et fait suite à l’accueil remarqué de Dragon Quest Builders 2. Convaincu par le talent des équipes qui ont secondé Square Enix, à savoir Omega Force (Koei Tecmo), The Pokémon Company rêve d’un Minecraft-like aux airs de gigantesque Pension Pokémon. Pokémon Pokopia s’impose comme le jeu qui pourrait permettre au constructeur japonais d’écouler la Nintendo Switch 2 comme des petits pains. Séduits lors de notre première prise en main, le sommes-nous toujours aujourd’hui ? À mon sens, on ne pouvait pas produire meilleur jeu vidéo Pokémon pour la Nintendo Switch 2.
Il y a quelques jours, Pokémon, licence emblématique du studio japonais Game Freak, fêtait ses 30 ans. En l’espace de trois décennies, la série a repoussé ses frontières pour se transformer en un véritable géant de la pop culture et en une entité vidéoludique tentaculaire.
Oui, l’époque où Pokémon se résumait à des versions colorées est révolue. Aujourd’hui, ce sont ses expériences dérivées qui occupent le devant de la scène vidéoludique. Il y a le jeu de cartes mobile Pokémon Pocket, le spin-off Légendes Pokémon : Z-A qui tente d’extraire la saga de son carcan ludique et, bien évidemment, Pokémon Pokopia.
Révélé aux yeux du monde il y a bientôt six mois, le 12 septembre 2025, Pokémon Pokopia a instantanément eu des airs d’évidence. Parmi les jeux vidéo les plus populaires, Minecraft caracole en tête, soutenu par de grands noms tels que Terraria ou Animal Crossing : New Horizons.

Vous me voyez venir : je n’ai pas cité ces trois titres par hasard. Ils sont à la fois de dignes représentants de la simulation de vie et du bac à sable, une stature que Pokémon Pokopia entend également incarner à l’occasion de sa sortie prochaine, le 5 mars 2026.
Le mois dernier, nous avons justement eu le privilège d’y poser les mains, et le constat de cette preview était clair : Pokémon Pokopia a les reins solides pour convaincre les passionnés d’Animal Crossing… et convertir les plus imperméables à cette formule cosy pourtant redoutable.
Alors oui, c’est très convaincant pendant deux heures, mais est-ce que ça tient totalement la route ? Nous n’allons pas dévoiler nos conclusions sans les étayer, mais si vous voulez entamer la lecture sereinement, voici ce que je peux déjà vous dire : Pokémon Pokopia… est exceptionnel !

Pokémon Pokopia : une formule aussi redoutable qu’Animal Crossing : New Horizons, si ce n’est plus !
Parmi les 1025 espèces de Pokémon — ou plutôt 1028 avec la révélation des trois starters de la dixième génération, Pokémon Vents / Vagues —, il n’aurait pas été difficile de trouver une star. Et celle de Pokémon Pokopia s’imposait presque d’elle-même. Quel meilleur choix que Metamorph, la créature capable d’imiter toutes les autres, et même… les humains ? Je ne vous refais pas le pitch, mais il faut rappeler à quel point le principe de base est clair, malin et terriblement addictif.
Après trois décennies à s’accrocher au mantra « Attrapez-les tous », Pokémon Pokopia prône davantage le « Ramenez-les tous ». Une manière ingénieuse de rester fidèle à son concept fondateur tout en renouvelant l’expérience. Plus on réunit de conditions pour faire revenir les Pokémon — en suivant les conseils de l’Habitadex —, plus on décuple nos chances de profiter de toutes les possibilités de gameplay. D’emblée, la mécanique aspire et récompense sans cesse.

À partir de là, on est sur des rails qui nous guident vers de longues sessions de jeu. Personnellement, je fais partie de celles et ceux qui comprennent parfaitement l’efficacité de la formule d’Animal Crossing, mais qui ont du mal à y trouver leur compte par manque d’objectifs. Pareil pour Minecraft et les autres grandes expériences de type bac à sable.
À vrai dire, il n’y a que le récent Fantasy Life qui avait réussi à trouver le cocktail idéal, mais il n’est désormais plus seul. Reproduire les habitats des Pokémon, collecter leurs traces pour me fixer sans cesse de nouveaux objectifs, découvrir moi-même des foyers inédits en aménageant cet immense terrain de jeu… Voilà ce qui dictait mes premières sessions et me donnait envie d’y revenir.
Avec cette idée, Pokémon Pokopia trace une ligne directrice… dont il aime nous détourner. Il y a constamment mille choses à faire — bon, j’exagère peut-être un peu — et cela enrichit l’expérience. En jouant à Pokémon Pokopia, on sait ce que l’on vient chercher, et tout est là. Il y a un vivier intarissable d’objectifs à compléter, des tonnes d’éléments à récupérer ou à fabriquer et une pléthore de requêtes à honorer, de la plus essentielle à la plus personnelle.

Plus on rassemble d’espèces, plus nos possibilités s’élargissent : davantage de ressources, d’objets complexes à fabriquer, et ainsi de suite. En l’état, je ne vois pas comment on peut s’ennuyer. Pour le coup, on ne peut pas dire que ce spin-off manque de contenu. Il se surpasse sans cesse en empilant les mécaniques et les couches de gameplay. On peut cuisiner pour les Pokémon et pour soi — ce qui décuple nos capacités —, consulter les défis recensés dans le PC, jouer en ligne avec trois amis ou compléter la vaste collection d’objets.
Avec Dragon Quest Builders 2, les équipes d’Omega Force (Koei Tecmo) avaient réussi une belle prouesse, mais Pokémon Pokopia confirme que, même si la licence s’attaque tardivement au genre, elle en maîtrise tous les ressorts et les met à contribution pour libérer l’entièreté de son potentiel créatif.
Pokémon Pokopia est d’une richesse folle : il a réussi l’exploit de me faire aimer le principe de Minecraft
L’une des autres facettes intéressantes de Pokémon Pokopia, c’est la manière dont il parvient à créer une expérience d’une grande richesse, autant par ce qu’il propose que par ce qu’il nous laisse faire. On l’a dit : la formule rappelle Animal Crossing : New Horizons, avec des tâches dans tous les sens, des requêtes impromptues et des signaux qui captent sans cesse notre attention.

Ce que je retiens, c’est que son cadre et sa structure ne sont qu’un prétexte pour nous mettre le pied à l’étrier. Oui, on doit s’acquitter de certaines directives, mais c’est pour mieux s’en émanciper ensuite et découvrir l’ampleur de sa liberté créative.
Évidemment, je ne vais pas vous mentir : l’imagination et l’esprit créatif sont des atouts majeurs dans ce type d’expérience. Mais est-ce que Pokémon Pokopia nous donne les moyens de dépasser la paralysie de son concept ? Pour ma part, il n’a pas toujours été évident de me projeter dans certains biomes, mais…
Là où Animal Crossing se montre (très) légèrement vertical, Pokémon Pokopia se rapproche davantage de Minecraft, et cela peut impressionner lorsqu’on manque d’habitude ou de capacité de projection. Pourtant, petit à petit, on se prend au jeu, car la structure nous accompagne et renforce notre confiance. Surtout, elle nous fait confiance.

On a donc le sentiment constant de progresser, jusqu’au moment où la maîtrise des mécaniques stimule réellement la créativité. Oui, il est logique d’avoir des attentes concernant le fil rouge scénaristique, les activités ou les objectifs à compléter, et Pokémon Pokopia y répond avec beaucoup d’aplomb. Mais l’atout majeur de ce genre reste d’encourager le joueur à s’investir et à s’exprimer visuellement en façonnant les décors.
Sur ce point, peu de reproches à formuler, même si un détail m’a chiffonné. Les équipes d’Omega Force (Koei Tecmo) ont choisi de scinder l’aventure en plusieurs biomes et de recourir au backtracking, c’est-à-dire revenir dans une zone déjà visitée pour exploiter de nouvelles techniques.

Dans les faits, cela casse légèrement l’unité globale, même si le choix semble avant tout technique. Chaque nouvelle zone demeure néanmoins bien pensée, avec suffisamment de différences pour atténuer la frustration de repartir de zéro, et permet d’alléger la charge. On se souvient, même si ça concernait la première Switch, des ralentissements sur les îles d’Animal Crossing : New Horizons à cause du trop-plein d’objets…
D'un autre côté, cela m’a aussi rappelé les passages obligatoires des anciens jeux Pokémon, lorsqu’on quittait une ville pour en rejoindre une autre. Créativement, Pokémon Pokopia se montre donc riche et évolutif, rendant chaque partie unique. Structurellement, j’en attendais peut-être davantage, même si l’ensemble reste cohérent.
Pokémon Pokopia déborde d’amour pour la saga de Game Freak : impossible de résister à son charme
Outre l’efficacité et la richesse de la formule proposée par Pokémon Pokopia, il y a autre chose qui saute aux yeux, et c’est la fidélité remarquable dont le jeu fait preuve à l’égard de la saga imaginée par Game Freak. Dans les faits, ça passe par tout un tas de détails plus ou moins importants, parfois discrets, parfois beaucoup plus évidents. L’un des grands objectifs du jeu, c’est de reconstruire l’habitat de certains Pokémon pour les réintroduire dans la nature, une idée qui s’inscrit parfaitement dans l’ADN de la série.

En échange de ça, ces derniers offrent leur service pour poursuivre la réédification du monde. Au-delà des capacités conférées à Métamorph, ce sont surtout les techniques propres à chaque Pokémon (Charpenti s’occupe de la construction, Onix de l’aplanissement, etc.) qui montrent que le principe du jeu a été pensé avec une véritable cohérence d’ensemble. Rien ne paraît plaqué ou arbitraire : chaque compétence trouve sa justification dans la logique même de l’univers.
Plus on prête attention à ce type de détail, plus on se rend compte que ce Pokémon Pokopia n’est pas qu’un bac à sable flemmard auquel on a collé l’esthétique des créatures de poche de Game Freak. Ce n’est pas un simple habillage. Autre exemple, la manière dont on doit veiller à respecter l’écosystème des Pokémon pour qu’ils puissent être pleinement à leur aise. Leur bien-être ne relève pas du gadget, il conditionne réellement leur présence et leur implication dans l’aventure.

Oui, Pokémon Pokopia est d’une grande générosité en matière de fan-service et de références aux jeux et au lore de la saga, mais il démontre qu’il est allé plus loin que ça dans sa démarche, qu’il ne s’est pas contenté d’empiler les clins d’œil (documents, cosmétiques, etc.), et c’est très certainement ce qui devrait plaire aux fans de la licence. En tout cas, si ce soin risque d’en faire fondre plus d’un, c’est loin d’être le seul effort en la matière.
Dans sa démarche de mettre au point l’un des jeux cosy par excellence — si ce n’est le plus cosy — au sein de la saga Pokémon, les équipes font preuve d’un certain talent au moment de multiplier les situations et autres moments qui insufflent de la vie dans ce monde en pleine résurrection. Il suffit de se poser en hauteur et d’admirer nos habitants pour s’en rendre compte. Le monde semble continuer d’exister, même sans nous. Ils interagissent entre eux et avec ce qu’on leur donne, prennent l’initiative de venir nous voir, d’échanger, de jouer avec nous ou de nous récompenser.

Qui plus est, la localisation française a réalisé un travail incroyable pour, à la fois, alimenter ce côté « guimauve », ponctuer le tout de notes d’humour et nous impliquer émotionnellement dans ce récit plus profond qu’il n’y paraît. Les dialogues sonnent justes, naturels, drôles, presque tendres, tandis que les répliques de certains Pokémon sont en accord avec le caractère qu’on leur connaît. Alors, oui, la direction artistique de ce titre est ce qu’elle est et divise déjà, mais je ne la trouve à aucun moment rebutante comme certains voudraient nous le faire croire.
Pourtant, d’un point de vue artistique, Pokémon Pokopia n’est pas irréprochable. À mon sens, l’aventure manque de thèmes musicaux marquants et les compositions originales s’avèrent trop en retrait par rapport à la place accordée aux mélodies d’antan. Elles peinent à s’imposer durablement en mémoire. C’est dommage, car, compte tenu de la fluidité de l’expérience — il y a peu de reproches techniques à faire, hormis les chargements —, il ne manquait que cela pour qu’on soit totalement bercé par la bienveillance de ce titre.
Conclusion
Points forts
- Metamorph et son potentiel de gameplay
- Un grand respect de l’univers Pokémon
- Une formule aussi riche qu’un Animal Crossing
- Un bac à sable qui rassure les moins créatifs
- Un Minecraft-like qui n’oublie pas sa narration
- Une verticalité bien exploitée des décors
- Une ribambelle d’activités qui occupent des heures
- Un aspect cosy qui fait chaud au coeur
- Une expérience mignonne et fluide (dans les deux modes)
- Un mode à 4 joueurs pour créer ensemble
Points faibles
- Le manque de connexion entre les biomes
- Des musiques originales en retrait
- Un jeu édité par Nintendo en Game Key Card pour 6,2 Go ? Bon…
Note de la rédaction
The Pokémon Company arrive peut-être après le pic de popularité des simulations de vie à la Animal Crossing et des Minecraft-like, mais ça ne l’empêche pas d’accoucher d’une expérience cosy quasi-irréprochable, portée par le savoir-faire d’Omega Force (Koei Tecmo). Ingénieux, riche, touchant, drôle, addictif et, surtout, respectueux de la saga, Pokopia est le jeu vidéo Pokemon qu’il fallait à la Nintendo Switch 2, et elle ne pouvait rêver meilleure production.