Qu’il en a fait du chemin Marathon depuis son alpha l’année dernière ! Souvenez-vous : le nouveau jeu de tir de Bungie, prévu à la base pour septembre 2025, avait finalement décalé sa sortie pour améliorer plusieurs points, dont l’ambiance - histoire de coller au ton sombre de la trilogie originale - et la narration environnementale. On est finalement que quelques mois plus tard et Marathon s’est métamorphosé. Ces derniers jours, j’ai littéralement été absorbé par l’extraction shooter des papas de Destiny et d’Halo (j’ai une trentaine d’heures à mon actif). Qu’est-ce que ça vaut ? Voici mon avis.
Test réalisé sur PS5 et PS5 Pro, sur la base du contenu disponible au lancement de Marathon. Toutes les images de cet article ont été capturées sur PS5 Fat.
Avant de vous dire tout le bien que je pense de Marathon, faut qu’on mette au clair deux-trois trucs. Marathon, c’est un extraction shooter en ligne, comme ARC Raiders. Vous débarquez sur une carte, vous ramassez tout ce qui vous passe sous le nez et si vous arrivez à vous exfiltrer, vous gardez tout. Par contre, si vous mourrez, soupe à la grimace garantie : vous perdez la totalité de votre inventaire. À l’inverse d’ARC Raiders, Marathon ne propose aucun système type “poche sécurisée” pour sauver un objet de l’au-delà. Il y a par contre l’équivalent de l’arsenal gratuit, pour partir au combat avec un build gratis de bas niveau.
Quoi qu’il en soit, vous incarnez l’un des 6 Coureurs qui ont chacun leurs propres compétences, à la manière d’un hero shooter (le Destructeur peut par exemple déployer un bouclier et utiliser un lance-missiles, le Vandale peut faire un double-saut et transformer son bras en canon énergetique, etc). C’est des mercenaires cyber envoyés sur la planète Tau Ceti IV pour récupérer les vestiges d’une colonie humaine, aka le sacro-saint loot. Mais évidemment, vous n'êtes pas seul. Il y a d’autres joueurs : 6 équipes en tout, soit au total 6 à 18 Coureurs (selon que vous jouiez solo, duo ou trio). Sans oublier les fantassins robots de l’UESC, une espèce de gouvernement spatial qui voulait faire de Tau Ceti le nouveau berceau de l’humanité. Spoiler, ça a pas marché.

Rook est un Coureur à part. Il se débloque quand vous atteignez le niveau 3 de la saison et ne peut ni accepter de contrat, ni jouer en équipe (qu’en solo). Il spawn aussi plus tard dans la partie, vers 10-15min, quand tous les autres débarquent à 25min pétante. Son but ? Piller tout ce qui reste. Il a d’ailleurs le droit par défaut à un sac à dos et à un bouclier. Pratique pour choper du loot, à condition de réussir à s’exfiltrer.
Mais qu’on se le dise, si les sbires de l’UESC peuvent vite devenir dangereux (un conseil : visez la tête), la plus grosse menace, ça reste les joueurs. Le titre de Bungie est beaucoup plus PvP que PvE, et c’est pas sur Tau Ceti que vous vous ferez des copains - même en la présence d’un chat de proximité. Bref, Marathon est une proposition assez radicale (de celle qu’on peut aussi bien détester qu’aimer plus que de raison), avec un temps de mise à mort plutôt rapide, et c’est à vous de voir si c’est fait pour vous ou pas.
L’alignement des planètes
Parce que si on adhère à la proposition de Marathon, son goût pour le PvP et sa direction artistique très marquée, ben les planètes s’alignent. De mon côté, j’aime tout dans Marathon. Sa rugosité et sa dimension impitoyable, sa DA acidulée et cubique, son gameplay à la première personne emprunt d’une certaine simplicité et lourdeur, son univers et son approche de la narration, son système de progression, son travail admirable sur le son…
C’est même l’un des jeux les plus immersifs et engageants auxquels j’ai joué récemment. Quand je joue à Marathon, en particulier en solo, je suis non-stop sur mes gardes. Je scrute le moindre bruit - le sound design adore nous mettre le doute -, le moindre mouvement, mais je suis en même temps absorbé par la direction artistique, la narration environnementale (on croit vraiment aux vestiges d’une colonie) et par des aspects purement techniques, comme la gestion de la lumière, de la brume ou des reflets, d’ailleurs superbes sur PS5 et PS5 Pro. Par contre, quand je croise un autre joueur, c’est le festoche d’adrénaline.

Pour l’heure, Marathon propose 3 maps (Périmètre, Marécage trouble, Avant-Poste) qui ont chacune leur vibe, leur notion du level design et leurs événements dédiés. Et après 30h de jeu, j’ai toujours autant de plaisir à y aller, peu importe la carte. Les terrains de jeu de Bungie sont vastes, assez complexes voire labyrinthiques, et il faut du temps pour les appréhender. Surtout que changer de Coureur vous permet d’aller plus facilement à certains endroits : je pense notamment au double-saut du Vandale, au grappin du Voleur ou à la compétence d’invisibilité de l’Assassin, très pratique pour passer sous le nez de l’UESC.
L’un dans l’autre, entre les différents objectifs, les Coureurs, les points de spawn, d’exfiltration (qui apparaissent et disparaissent au cours de la partie), les événements de carte, les autres joueurs, le PvE et la dimension “loterie” du loot (on peut trouver des noyaux / implants et s’en équiper dans la foulée, leurs bonus nous amènent parfois à changer de stratégie), je me suis jamais ennuyé dans Marathon. Rien qu’en écrivant ces lignes, j’ai envie d’y rejouer. Ah et, cerise sur le gâteau, les sensations de tir et le design des armes sont excellents.
Au service de 6 factions
Surtout que le cœur de Marathon est accompagné d’une méta-progression qui marche très bien. Ici, au-delà de votre appétence personnelle pour le loot et les armes légendaires, tout tourne autour de 6 factions. Il y a de tout : CyberAcme cherche à comprendre ce qui s’est passé sur Tau Ceti, Mida se dresse face à l’UESC et les corporations dans leur ensemble, Arachne est fasciné par la religion et la notion de mort dans un monde où les Coureurs sont réimprimés en permanence.
Chacune de ces factions, via un Agent, vous donne des contrats (des missions à mener à bien sur Tau Ceti) et repose sur un système de rang et d’arbre de compétences dédié. Plus vous ferez des trucs qui les intéressent, plus ce rang sera élevé, et plus les entrées du skilltree seront disponibles - à condition de les activer avec les bonnes ressources. Notez d'ailleurs que votre progression est entièrement réinitialisée tous les trois mois, entre chaque saison.

On va pas rentrer dans les détails mais retenez que Marathon c’est 6 arbres de compétences et 6 niveaux de rang différents - au-delà de votre propre niveau d’expérience - et que le titre se montre rapidement généreux en matière de récompenses. Go go agrandir le coffre ! Deux trucs cools sur la méta-progression : on gagne de l’XP et du rang même quand on meurt (il faut évidemment réussir à faire quelques trucs pendant la partie), et on débloque de nouveaux objets à acheter / troquer dans l’armurerie. Il y a quelque chose de très “récompensant” à voir cette boutique s’agrandir.
Contra : Opération sur Tau Ceti
Les contrats de Marathon, en particulier les contrats prioritaires (les missions principales) sont plutôt bien fichus. Ils dépassent jamais 3 étapes, il faut pas toujours s’exfiltrer pour les valider, ils sont variés et se renouvellent pas mal. Il y a quand même des trucs rébarbatifs - du genre casser une quinzaine de vitres - mais dans l’ensemble, c’est une bonne surprise. On a seulement crisé sur une quête où il fallait ouvrir un conteneur avec un explosif. Une grenade pile sur le flanc qui ne fait pas le job (notre dernière grenade, évidemment) bon, on a déjà vécu des choses plus agréables.
Deux autres petits reproches : le marqueur d’objectif, qui apparaît seulement dans un rayon de 10m, c’est trop juste. On peut rapidement passer à côté sans s’en rendre compte (les contrats indiquent généralement une zone de la carte, et c’est souvent des ensembles de bâtiments sur plusieurs étages). Bungie a déjà annoncé que ce rayon passera prochainement de 10 à 20m, donc on va pas s’étendre sur le sujet.
Autre chose : on peut pas accepter 2 contrats en même temps, qu’ils soient prioritaires ou annexes. Ça a son avantage, ça nous évite de nous éparpiller, mais c’est quand même contraignant pour pas grand chose, surtout quand d’autres missions demandent de tuer d’autres joueurs ou de ramasser des items précis (ce qui pourrait très bien se faire en parallèle d’un contrat plus scénarisé). Ça nous amène aussi à être frustré par les spawns. Pas agréable d’apparaître plusieurs fois à l’autre bout de la carte par rapport à notre objectif.

Il est lore, monseignor
En marge des récompenses, chaque contrat prioritaire est l’occasion pour notre Agent de nous taper la discute (avec de vrais doublages), ce qui nous en apprend plus sur ses motivations et l’univers de Marathon. Le titre propose également un Codex généreux, avec 357 entrées (c’est Crimson Desert ou quoi) qui contient son lot de skins et de “cases à cocher” pour les complétionnistes, mais surtout des journaux détaillées - dont des fichiers audio - souvent vraiment intéressants.
Et je pensais pas dire ça de Marathon, mais j’aime son codex. J’aime qu’il me surprenne avec des conversations sur l’anomalie du Marécage trouble, ou qu’il me dise que les colons de Tau Ceti ont reçu un burger à boire en cadeau de bienvenue. C’est juste frustrant que des infos pareilles soient noyées dans un menu aussi mal pensé (j’espère que ce sera corrigé à l’avenir). C’est d’ailleurs ma seule réserve sur l’interface utilisateur. Les menus - sur l’écran d’accueil ou dans le feu de l’action - sont certes un peu rudes à prendre en main, mais à la manette, c’est plutôt ergonomique au global.
Boutique de LUX
Par contre - attention hot take -, j’aime moins les micro-transactions de Marathon. Comme d’autres shooters avec le même positionnement tarifaire (ARC Raiders, Helldivers 2), le titre de Bungie vous propose d’échanger de l’argent réel contre des cosmétiques. Il y a plus précisément deux monnaies : la Soie, qu’on gagne en jouant normalement, et le LUX, dont le nom est évocateur en français. Il y a aussi un battle pass avec une édition premium et des objets exclusifs à la clé.
Les joueurs ont déjà relevé la “filouterie” mis en place par Bungie au lancement de Marathon, avec des skins affichés à 1120 LUX alors que le pack à 9,99€ n’en contenait que 1100 (encourageant les joueurs à acheter directement 2250 LUX contre le double du prix). Le lendemain de la sortie du jeu, le studio avait déjà réagi, proposant désormais 1120 LUX pour 9,99€.

Je vais pas juger de la qualité des skins de Marathon (ils sont ce qu’ils sont, et si vous voulez vous offrir un cosmétique qui vous fait envie, ça regarde que vous). Tout ce que je peux dire, c’est que la dimension premium du jeu n’est jamais invasive - on peut très bien ne jamais passer par ces menus - qu’il n’y a aucune trace de pay-to-win. Le battle pass contient des schémas d’armes, mais ils sont bien dans la formule gratuite et peuvent uniquement être obtenus avec de la Soie (qu’on ne peut pas acheter avec de l’argent réel).
Quelques autres mini-défauts pour la route : le matchmaking peut être assez long (sans doute parce que le titre s’échine à faire débuter tous les joueurs au début du timer de 25min) ; l’IA des ennemis est parfois imprévisible dans le mauvais sens du terme, avec des comportements pas toujours très cohérents et une omniscience qui peut être assez frustrante ; la trajectoire des tiques - des insectes qui vous foncent dessus - est à revoir ; on a noté des petits soucis de collision où notre personnage “redondit” sur un rebord au lieu de l’escalader, ainsi que quelques affichages tardifs (notamment sur de petits objets du décor) que ce soit sur PS5 ou PS5 Pro.
Conclusion
Points forts
- Univers visuel et sonore absolument fascinant
- Très bonne technique graphique au service de l’ambiance
- Un frisson de chaque instant, surtout en solo
- Dimension hero shooter pertinente (bonnes compétences, bonnes synergies)
- Un très bon design de cartes
- Les sensations de shoot
- Une progression efficace
Points faibles
- L’IA des menaces PvE est à affiner
- L’ergonomie du Codex
- Une proposition quitte ou double
Note de la rédaction
Marathon est une proposition radicale (soit on aime, soit on déteste) et si vous n’avez rien contre son PvP intransigeant et sa direction artistique, alors je ne saurais que trop vous le conseiller. La direction artistique, l’ambiance, l’exigence du titre ont agi sur moi comme un vortex. J’ai été absorbé sur la planète Tau Ceti IV, à faire preuve d’une attention démesurée contre les autres Coureurs, à être fasciné par l’univers déployé par Bungie. Les papas d’Halo et Destiny ont mis leur science du FPS au service d’un excellent extraction shooter.