L’ambiance paranoïaque de Fallout 4 autour de l’Institut est un élément central du titre. Cette tonalité particulière du jeu trouve son origine dans l’histoire bien réelle de Boston et les souvenirs d’enfance d’un développeur.
Fallout 4 est de loin la meilleure vente de la licence, avec plus de 25 millions d’exemplaires écoulés depuis sa sortie en 2015. L’un des aspects les plus marquants du jeu et qui a contribué à ce succès est l’atmosphère de méfiance et de paranoïa qui imprègne les ruines de Boston. Cependant, cette ambiance n’était pas présente dès le début du développement, selon le concepteur principal Emil Pagliarulo.
Voir Fallout 4 chez Amazon ---
“Il manquait quelque chose au jeu”
Emil Pagliarulo a grandi dans le sud de Boston. Comme toute une génération d’habitants de la zone, il a vécu dans la peur du gang de Winter Hill, organisation criminelle active jusqu'à la fin des années 1990. Dans un interview accordée à RockPaperShotgun, il revient sur la figure de Whitey Bulger, le chef du gang :
Il était en quelque sorte le croque-mitaine (...) C’était le méchant. On ne savait pas où il se trouvait ni même à quoi il ressemblait, mais on savait qu’il était là. J’avais à peine 10 ans et je connaissais son nom.

Des décennies plus tard, alors que Bethesda Game Studios est en plein développement de Fallout 4, Pagliarulo a utilisé tous ses souvenirs d’enfance pour créer l'ambiance du Boston post-apocalyptique. Il explique :
Il manquait quelque chose au jeu, en ce qui concerne l'un des thèmes généraux (...) Je me souviens avoir discuté avec Todd Howard du fait qu'il devrait y avoir ce sentiment général de paranoïa chez les gens, qui ne savent pas à qui faire confiance.
Fallout 4 : une thérapie pour Pagliarulo ?
Ce choix a largement contribué à façonner l’ambiance de Fallout 4 et à définir l’une des factions centrales du jeu : l’Institut. Cette organisation de scientifiques maléfiques, sorte de double inquiétant du MIT, entretient un climat de peur dans tout le Commonwealth. Tout le monde connaît son nom, mais personne n’a pu prouver qu’elle existait réellement. À chaque tentative d’organisation des habitants, l’Institut frappe dans l’ombre et remplace les contestataires par des synthétiques, des robots si réalistes qu’ils imitent parfaitement les humains. Impossible alors de savoir qui est encore humain et qui ne l’est plus, alimentant une paranoïa permanente. Le joueur en a un aperçu dès son arrivée à Diamond City, où un homme pointe une arme sur son propre frère, convaincu qu’il a été remplacé par l’Institut.
Whitey Bulger à droite - Eddie Winter à gauche

Les souvenirs d’enfance de Pagliarulo ne se manifestent pas seulement à travers l’Institut. La mafia occupe également une place dans l’univers du jeu, et le joueur croise à plusieurs reprises ses représentants dans une atmosphère "très film noir, très policier, dans un esprit très Bostonien", selon les propres mots du développeur. L’exemple le plus marquant est sans doute la goule Eddie Winter, qui renvoie assez clairement au criminel Whitey Bulger. Dans Fallout 4, ce personnage dirigeait le crime organisé de Boston d’avant-guerre. Il présnte aussi une certaine ressemblance physique avec Bulger, mis à part, évidemment, la nécrose de la peau. En proposant au joueur une quête visant à éliminer Winter, Fallout 4 donne l’impression que Pagliarulo règle symboliquement ses comptes avec les peurs de son enfance.