Le PEGI va bientôt revoir ses règles ! Les nouvelles mesures pourraient avoir des conséquences très importantes sur la classification des jeux, et donc sur le marché du jeu vidéo.
Le Pan European Game Information (abrégé PEGI) est un système d’évaluation des jeux vidéo bien connu des joueurs. En France, il est intégré au cadre légal et s’applique à toutes les productions, qu'elles soient vendues en version physique ou numérique. Mis en place en 2003, ce dispositif va connaître l’une des évolutions les plus importantes de son histoire : il prendra désormais en compte les achats intégrés, les loot boxes, les quêtes quotidiennes et les options de communication.
Sacré coup dur pour les loot boxes
Jusqu’à présent, le PEGI évaluait surtout les jeux en fonction de leur contenu. Par exemple, la présence de violence modérée entraîne généralement une classification PEGI 12. Si le titre montre l'usage de produits stupéfiants, il est alors classé PEGI 16. De nombreux éditeurs et développeurs s’appuient sur ces critères pour anticiper la classification qui sera attribuée à leur production, et ainsi déterminer le public qu’ils pourront viser ou non. Désormais, au-delà du contenu, le PEGI prendra aussi en compte les “risques interactifs”, comme l’a expliqué le directeur Dirk Bosmans au micro d'Eurogamer.

Le premier de ces risques concerne les achats intégrés au jeu. Lorsqu’un titre propose un système d’achat limité dans le temps ou en quantité, comme un battle pass, il sera automatiquement classé PEGI 12. La logique est simple : les récompenses, disponibles seulement pendant une période donnée, peuvent créer une pression sur les joueurs afin de les inciter à revenir jouer. Plus encore, si ces achats sont liés à des NFTs, comme cela peut exister dans certains jeux mobiles, la classification passe directement à PEGI 18.
Le deuxième changement, sans doute le plus significatif, concerne les loot boxes. Tout jeu proposant cette fonctionnalité sera automatiquement classé PEGI 16. Comme le souligne Bosmans : “les systèmes classiques de pack de cartes, les systèmes de gacha, mais aussi les clés permettant de débloquer des objets aléatoires : nous essayons de combler toutes les failles”. Dans certains cas, la classification pourra même atteindre PEGI 18 si le jeu intègre des mécanismes de “casino social”. L’objectif affiché est de pousser les développeurs à mettre en place des contrôles qui bloquent par défaut l’accès aux loot boxes. Si c’est le cas, Bosmans n’exclut pas que ces titres soient reclassés PEGI 12.

Les systèmes “sur rendez-vous” et la communication aussi dans le viseur
Le troisième critère désormais pris en compte concerne la mécanique de “jeu sur rendez-vous”. Cela inclut principalement les quêtes quotidiennes, qui exercent une pression sur les joueurs pour qu’ils reviennent régulièrement. Les productions intégrant ce type de système seront classées PEGI 7. La classification pourra même atteindre PEGI 12 si le titre pénalise les joueurs qui ne reviennent pas, par exemple en ralentissant leur progression.
Le quatrième et dernier critère concerne la communauté en ligne et les interactions entre joueurs. Si un jeu offre des fonctionnalités de communication totalement libres, sans options de blocage ni de signalement, il sera classé PEGI 18. En réalité, comme le reconnaît Bosmans, la majorité des titres disposent de moyens pour restreindre ces communications : “Nous ne nous attendons pas à voir beaucoup de jeux de ce genre. (...) C'est plutôt une ligne rouge à ne pas franchir. Nous devons faire clairement comprendre aux entreprises qu'il s'agit là d'une pratique interdite.”

Tous ces changements seront appliqués à partir de juin 2026. Bosmans les décrit comme “le changement le plus significatif de l’histoire” de la classification PEGI. Il est difficile de ne pas être d’accord : l’impact sur le marché pourrait être considérable. Par exemple, EA Sports FC 26, actuellement classé PEGI 3, est célèbre pour son mode Ultimate Team, où les joueurs ouvrent des packs de cartes virtuelles dans un système de loot boxes. Ce mode génère d’importants revenus pour EA, mais avec la nouvelle classification, le jeu passerait à PEGI 16, excluant ainsi virtuellement tous les consommateurs qui ont entre 3 et 15 ans.