Après avoir régné sur les mondes guerriers du MMO coréen, Hyungjun Kim a troqué les épées pour le quotidien. Derrière l’ambition technique d’inZOI, le nouveau prétendant au trône des Sims, se cache une histoire plus personnelle.
Pendant plus de deux décennies, Hyungjun Kim a été l'architecte de cathédrales numériques. Maître d'œuvre de MMORPG coréens massifs et belliqueux comme Aion ou Elyon, le développeur a fini par heurter le mur de la lassitude. Après 24 ans à orchestrer des conquêtes virtuelles, l'épuisement créatif a laissé place à une aspiration nouvelle : la quête de l’apaisement. De ce désir de rupture, est né inZOI. Mais le jeu découle également d'une autre envie : celle de voir son fils devenir un peu moins nul.
La genèse : Une lettre d'amour
La véritable genèse d'inZOI réside dans le salon de son créateur. M. Kim partageait de précieux moments avec son fils en jouant au célèbre jeu Les Sims. Un jour, ce dernier lui a demandé pourquoi il n'existait pas davantage de jeux de ce type, qu'ils pourraient chérir et explorer ensemble sur le long terme. Cette simple question a agi comme un déclic.
Mais une autre motivation, plus singulière et profondément humaine, a poussé le réalisateur à franchir le pas. Inquiet pour l'avenir de son fils qui souhaitait devenir développeur mais qui, selon les propres mots très francs de son père, « ne semblait avoir aucun talent », Kjun a imaginé inZOI comme un outil d'apprentissage. Il espérait qu'en s'immergeant dans un simulateur de vie complexe, son fils pourrait comprendre par lui-même les rouages du développement de jeux vidéo. La méthode a porté ses fruits. Le jeune homme s'est paraît-il métamorphosé en un moddeur passionné, enrichissant l'univers d'inZOI de ses propres créations.

L'humilité d'un vétéran
Même les parents doivent parfois se remettre en question. Si l'expertise de Kim dans les mondes ouverts massifs a permis de donner à inZOI sa fluidité architecturale, la transition vers la simulation de vie a été un violent rappel à la réalité. Avec près de 30 ans d'expérience, il avoue sans détour que ses ambitions initiales frôlaient l'imprudence.
« Si je pouvais remonter le temps, j'hésiterais probablement avant de me lancer dans une telle aventure », confie-t-il.
Kim comprend désormais, presque avec empathie, pourquoi Les Sims 4 a dû sacrifier le monde ouvert au profit des écrans de chargement : maintenir une simulation de vie systémique sans couture est un Everest technique que peu de studios peuvent gravir sans s'essouffler. Plutôt que de masquer les imperfections de son ambitieux projet, le studio a fait le pari de la transparence totale via l'accès anticipé. Kim assume cette stratégie, considérant ses joueurs comme des co-développeurs indispensables.
« Je me sens toujours un peu désolé pour eux », admet-il, conscient que le public essuie les plâtres d'un jeu constamment tiraillé entre le fantasme de la maison de poupée et la rigueur d'une simulation exigeante. Sous l'égide de Krafton, Kim ne se demande plus seulement comment dominer le marché, mais quelle trace il laissera derrière lui : « Dois-je vraiment gagner beaucoup d'argent ? » s'interroge-t-il.