L'Influence de la Première Guerre mondiale sur la Création du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien

Titre original : Le Seigneur des Anneaux : vous ne le savez peut-être pas, mais le chef d'œuvre de J.R.R. Tolkien est né dans la mort et la boue

Le Seigneur des Anneaux est une œuvre fantastique devenue culte, mais ses racines sont bien réelles. Pour comprendre au mieux les écrits de J.R.R Tolkien, il faut s’intéresser à l’un des plus grands traumatismes du siècle dernier.

Le Seigneur des Anneaux est une œuvre littéraire majeure, et comme toute création artistique, elle a été influencée par les expériences personnelles de son auteur. Pour les lecteurs d’aujourd’hui, il peut être difficile de retracer l'origine de ces inspirations. Même lors de la publication de la trilogie en 1954-1955, beaucoup de lecteurs ont cru y voir une allégorie de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, pour comprendre comment J.R.R. Tolkien a construit son univers, il faut surtout se tourner vers la “Der des Ders”, conflit qui a profondément marqué sa vie et son imagination.


Une naissance “sous les tirs d’obus”

Né en 1892, Tolkien a 22 ans lorsque éclate la Première Guerre mondiale en 1914. Il ne s’engage pas immédiatement, préférant terminer ses études et obtenir son diplôme, avant de rejoindre l’armée en 1915. En juin 1916, il est envoyé comme officier sur le front de l’Ouest, peu de temps après son mariage. Conscient des horreurs qui l’attendent et incertain de revenir un jour, il écrira : “Me séparer de ma femme, c’était comme mourir”, comme le rapporte la biographique Tolkien and the Great War par John Garth.

Tolkien dans son uniforme de soldat

Le Seigneur des Anneaux : vous ne le savez peut-être pas, mais le chef d'œuvre de J.R.R. Tolkien est né dans la mort et la boue

Il va être engagé dans l’une des batailles les plus sanglantes du conflit : la Bataille de la Somme. Un peu moins connue en France car menée en parallèle de Verdun, elle n’en est pas moins d’une violence extrême. Dès le premier jour, près de 20 000 soldats britanniques sont tués, ce qui en fait encore aujourd’hui la journée la plus meurtrière de l’histoire militaire du Royaume-Uni. L’écrivain évoquera avoir vu “des officiers subalternes tomber les uns après les autres, une douzaine par minute”. C’est dans ce contexte d’horreur que Tolkien commence à écrire ce qui deviendra bien plus tard le Seigneur des Anneaux, à la lueur des bougies dans des tentes en forme de cloche, voire dans des abris souterrains sous les tirs d'obus”.


Une influence sur tous les aspects du Seigneur des Anneaux

Loin de chercher à fuir ses souvenirs à travers l’écriture, Tolkien choisit au contraire d’intégrer son expérience de la guerre dans toute son œuvre. Le lien le plus direct se trouve dans les paysages du Mordor et de ses alentours, en particulier le Marais des Morts. Ce vaste marécage, né d’anciennes batailles, se compose de sols détrempés et boueux, ponctués de flaques stagnantes où reposent les corps des guerriers tombés au combat. Dans une lettre, Tolkien reconnaît lui-même que ce lieu “s’inspirent en partie du nord de la France après la Bataille de la Somme”.

Le Marais des morts

Le Seigneur des Anneaux : vous ne le savez peut-être pas, mais le chef d'œuvre de J.R.R. Tolkien est né dans la mort et la boue

Même les descriptions de bataille, pourtant situées dans un univers médiéval fantastique, évoquent parfois les tactiques utilisées durant la Première Guerre mondiale. Lors de la bataille de Minas Tirith, Tolkien décrit des orques qui “creusent, creusent des lignes de tranchées profondes formant un immense cercle”, tandis que d’autres utilisent “de gigantesques machines destinées à lancer des projectiles”. Il est également facile de faire le lien entre les oliphants, terrifiants pachydermes employés par les forces du mal, et les premiers chars apparus lors de la Bataille de la Somme, des monstres d’acier ayant épouvanté les soldats qui découvraient cette nouvelle arme.

Les Hobbits, héros inattendus du Seigneur des Anneaux, peuvent aussi être vus comme une incarnation des soldats anglais ayant combattu durant la guerre. En particulier, Sam Gamegie, qui occupe un rôle proche des aides de camp que Tolkien a côtoyé, est “le reflet du soldat anglais, de ces simples fantassins que l’écrivain a connu pendant la guerre de 1914. L’héroïsme de Frodon, Sam, Merry et Pippin provient directement de la capacité de résilience face au mal et à la mort que l’auteur a pu observer chez ses compagnons sur le front.

Le Seigneur des Anneaux : vous ne le savez peut-être pas, mais le chef d'œuvre de J.R.R. Tolkien est né dans la mort et la boue

Le carnage de la guerre semble avoir profondément révélé à J. R. R. Tolkien une réalité essentielle de la condition humaine : la soif de pouvoir. C’est elle qui anime Sauron, danger constant pour la Terre du Milieu jusqu’à sa défaite finale. L’écrivain l’affirme lui-même : “mon histoire n’est pas une allégorie de l’énergie atomique, mais du pouvoir (exercé à des fins de domination)”. Ayant constaté les ravages engendrés par cette volonté de domination durant la guerre, Le Seigneur des Anneaux peut clairement être lu comme un avertissement sur la nature humaine. Une mise en garde dont la portée reste malheureusement encore d’actualité.