Une action en justice d’ampleur vise Sony autour des prix des jeux proposés sur le PlayStation Store. Impliquant plusieurs millions de joueurs, elle remet en question le modèle de distribution numérique de la firme.
La branche gaming de Sony fait actuellement face à une procédure judiciaire engagée devant les juridictions britanniques. Cette action collective, dont le montant des demandes dépasse les 2 milliards d’euros, soutient que la “position monopolistique” du fabricant de la PlayStation aurait entraîné une hausse artificielle des prix des jeux en format numérique. Ce sont plus de 12 millions de joueurs qui pourraient, en cas d’issue favorable, bénéficier des retombées de ce procès.
Une position dominante qui permettrait à Sony de dicter les prix
La plainte, déposée par la militante des droits des consommateurs Alex Neill au nom d’environ 12,2 millions de joueurs PS5, accuse le géant japonais “d’exploiter les consommateurs britanniques” depuis près de dix ans en appliquant des tarifs jugés excessifs sur les jeux dématérialisés du PlayStation Store. Selon la plaignante, Sony bénéficierait d’un quasi-monopole sur la distribution de titres numériques, lui donnant la capacité d’imposer ses prix et de prélever une commission de 30% auprès des éditeurs, contre 12 à 20% pour des plateformes PC comme Epic Games Store.
Robert Palmer, l’avocat des plaignants, indique que les utilisateurs de PlayStation sont soumis à des conditions de licence particulièrement restrictives, limitant de fait toute concurrence avec d’autres distributeurs de contenus numériques. La plainte soutient également que Sony a largement tiré profit de l’évolution des habitudes de consommation, de plus en plus de joueurs privilégiant l’achat de jeux dématérialisés plutôt que des versions physiques.

De son côté, Sony affirme avoir “investi des années et des milliards” dans une plateforme qui profitent aux consommateurs, dans un marché où ses concurrents Nintendo et Microsoft adoptent des modèles similaires. Selon l’entreprise, cette action en justice reviendrait à considérer que des tiers devraient bénéficier gratuitement de ses investissements. Par ailleurs, ses avocats estiment que la marge réalisée n’est pas excessive au regard des coûts supportés par la société. Enfin, 'le géant japonais a indiqué que l’ouverture à des plateformes de téléchargement tierces pourrait entraîner des risques en matière de sécurité et de confidentialité
Plus de 12 millions de personnes concernées
La procédure remonte à 2022, mais le procès ne se tient que maintenant et devrait s’étendre sur plusieurs semaines. En cas de décision favorable, toute personne au Royaume-Uni ayant acheté un jeu numérique sur le PlayStation Store au cours des dix dernières années pourrait être automatiquement éligible à une indemnisation. L’équipe juridique des plaignants estime que chacun des 12,2 millions d’utilisateurs concernés pourrait percevoir en moyenne 185€.

Cette affaire est loin d’être isolée. Apple avait déjà été condamnée par le tribunal de la concurrence de Londres pour des commissions jugées trop élevées sur son App Store, celles-ci étant rendues possibles du fait de sa position dominante. Steam fait également l’objet d’une procédure similaire au Royaume-Uni, avec une exposition potentielle à une amende de 900 millions de dollars. De son côté, l’Union européenne a infligé en avril 2025 une amende de 500 millions d’euros Apple. Ainsi, si l’affaire autour de Sony venait à aboutir favorablement outre-Manche, l’ouverture de procédures similaires en France ou au niveau européen n’est pas à exclure.