Seize ans après sa première diffusion à la télévision américaine, l’épisode 201 de South Park continue de faire parler de lui. Alors que la série repousse sans cesse les limites de la satire, cet épisode reste, lui, comme un fantôme numérique sur nos plateformes.
En avril 2010, South Park célèbre son 200e épisode. L’intrigue est explosive : toutes les célébrités parodiées par le passé portent plainte contre la ville et veulent rencontrer le prophète Mahomet. L’enjeu est colossal pour la chaîne Comedy Central, qui va devoir montrer une figure non-représentable de l'Islam. Ce qui devait être une ode au génie créatif devint alors un bras de fer médiatique qui a laissé un vide audiovisuel pour tous les fans même 16 ans plus tard.
Une diffusion qui amène aux menaces de mort et bips de censure
A la sortie de l’épisode 200, le groupe Revolution Muslim avait prévenu les créateurs de South Park : "vous allez finir comme Theo van Gogh", le cinéaste assassiné pour ses critiques de l’Islam. Pris de panique, Comedy Central intervient directement sur le montage du prochain épisode. Au moment de sa diffusion, le résultat est surréaliste : chaque mention du nom du prophète est couvert par un bip sonore strident et son personnage est intégralement masqué par un large rectangle noir “CENSURÉ”.

La censure ne s’arrête pas là. Le discours de Kyle, l’un des personnages principaux qui résume la morale de l’histoire, est intégralement bippé pendant deux minutes. Les diffuseurs officiels comme Game One ou les plateformes de SVOD décident alors de retirer l’épisode de leurs catalogues. En France, l’épisode devient un mythe, forçant le pays à se procurer l’épisode via des sites pirates. En plus d’avoir connu la censure, l’épisode 201 de South Park est devenu le symbole d’une limite franchie que l’industrie audiovisuelle n’ose plus aborder.
Un épisode qui témoigne du poids des algorithmes et de la peur des diffuseurs
La raison pour laquelle l’épisode n’est plus diffusé légalement est d’abord de l’ordre du juridique. Le groupe Paramount Global détenant les droits de diffusion de South Park, ces derniers leur ont donné la première version de l’épisode 201, qu’ils ont alors censurés. Comme les créateurs de la série ont refusé de sortir une version altérée de l’épisode, les deux partis sont restés sur un entre-deux administratif, et ce encore aujourd'hui. Les plateformes de streaming choisissent alors la politique du “zéro risque” afin d’éviter tout bad buzz ou risque sécuritaire.

En France comme dans de nombreux pays, la question de la représentation religieuse est extrêmement sensible. Même si l’épisode se revendique davantage comme une critique de la peur plutôt que de la religion, représenter le prophète Mamohet est proscrit par la religon musulmane. Il ne doit donc pas apparaître sous quelques formes que ce soit. L’épisode 201 n’est malgré tout pas le seul épisode de la série “banni” des plateformes puisque quatre autres épisodes de South Park ont connu le même sort. Point commun entre ces derniers : ils représentaient tous e prophète Mahomet.