L’E3 2010 restera gravé dans les mémoires, mais pas pour les raisons espérées par Konami. Entre malaise palpable, bugs techniques et catcheurs en roue libre, retour sur le naufrage le plus culte de l’histoire du jeu vidéo.
Il y a des moments dans l’histoire de l’industrie qui dépassent le cadre du simple divertissement pour entrer dans la légende du malaise. En 2010, alors que l’E3 est à son apogée, l'éditeur japonais Konami décide d'organiser une conférence de presse qui, sur le papier, devait présenter ses futurs hits. Pourtant, dès les premières secondes, le spectateur comprend que rien ne va se passer comme prévu. Entre un PC qui plante au démarrage de la séquence et une mise en scène digne d'une kermesse de fin d'année, l'événement s'est transformé en une véritable heure de calvaire pour les journalistes présents dans la salle, mais en un trésor inestimable pour la culture Internet.
Un spectacle entre Lucha Libre et malaise chorégraphié
L'improvisation semble avoir été le maître-mot d'une mise en scène totalement déconnectée de la réalité du salon. On a ainsi pu voir des catcheurs de Lucha Libre se frapper littéralement les pectoraux sur scène, sans que personne ne comprenne vraiment le lien avec les jeux présentés. Le surréalisme a atteint son paroxysme lorsqu'un cours de danse improvisé a réuni deux intervenants visiblement en souffrance, peinant à réciter un texte qu'ils ne semblaient pas maîtriser.
Le cadrage et la réalisation de l'événement n'ont rien arrangé au sentiment d'étrangeté globale. L'un des moments les plus marquants reste ce plan de caméra malheureux où un intervenant semble fixer avec une passion dévorante, et presque sans ciller, l'arrière du crâne de son collègue de bureau. Ce manque total de naturel, couplé à des tours de magie bas de gamme, a transformé ce qui devait être une vitrine technologique en un sketch géant dont l'industrie se souvient encore quinze ans plus tard.
Tak Fujii et le million de raisons d'en rire
Au milieu de ce chaos, une figure a réussi à tirer son épingle du jeu pour devenir une icône absolue des réseaux sociaux : Tak Fujii. Le producteur est monté sur scène pour présenter son projet avec un enthousiasme si débordant qu'il a fini par forcer l'admiration. Sa fierté de pouvoir afficher One Million Troops (un million d'unités) à l'écran l'a poussé à répéter cette phrase en boucle, jusqu'à arracher des applaudissements à une audience médusée.
L'impact de cette séquence est tel que Tak Fujii utilise encore aujourd'hui cette image comme photo de profil, assumant pleinement son statut de mème vivant. Mais pour Konami, la leçon a été rude. L'année suivante, l'éditeur a radicalement changé de stratégie en abandonnant le direct au profit d'une vidéo pré-enregistrée et montée. Si le ton est resté barré, le risque de voir un intervenant fixer le crâne d'un autre pendant de longues secondes a été définitivement éliminé.