Des couloirs sombres de Silent Hill aux réseaux sociaux, les monstres ne se contentent plus de nous faire trembler : ils nous séduisent.
Vous les avez vus défiler sur vos fils d’actualité si vous consommez les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram : des edits sensuels de créatures cauchemardesques, des fan-arts équivoques de tueurs sanguinaires... De Silent Hill à Resident Evil, la frontière entre l’effroi et le désir est parfois plus fine qu'on ne le croit.
La tératophilie : Quand le monstre devient un peu hot
Entre le colosse au casque pyramidal de Silent Hill, la stature vertigineuse de Lady Dimitrescu ou les créatures décharnées de Nosferatu, il y a de quoi faire des cauchemars... ou des rêves très agités. Sur les réseaux sociaux, les montages un peu hot de monstres pullulent. Ce phénomène porte un nom : la tératophilie, soit l’attirance pour les créatures monstrueuses.
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by u/HoverButt in tumblr
Pourquoi ces monstres ont ces physiques quand même un peu attirants ? Pour comprendre les racines de ce phrénomène, direction le Japon des années 1920 avec le mouvement Ero-Guro (la contraction d’Érotique et Grotesque). Ce courant culturel transgressif a été conçu pour mélanger la terreur absolue, l'anomalie et le désir charnel. C’était une manière de s’opposer à une société devenue trop stricte.
Prenons l'exemple de Pyramid Head. Le Grotesque : Son énorme casque triangulaire tranchant hurle le danger de mort. L'Érotique : En dessous, il possède un corps hyper-masculin, mis en scène dans des postures de domination constante. Son absence de visage fonctionne comme une toile blanche. Votre cerveau ne peut s'empêcher d'y projeter ses propres tabous, ses frustrations et ses fantasmes de pouvoir. Après tout, Silent Hill 2 est un jeu qui évoque énormément la frustration du héros à travers différentes représentations.
Domestiquer la peur sur une île de rêve
L'industrie du jeu vidéo a bien compris que ce phénomène était une mine d'or. Les créateurs de Dead by Daylight ont par exemple sauté le pas avec Hooked on You, un véritable simulateur de drague où votre but est de séduire les pires tueurs du jeu sur une île tropicale. Flirter virtuellement avec le danger est, au fond, une façon de reprendre le pouvoir sur nos propres peurs dans un environnement sécurisé.
Les chercheurs avertissent néanmoins sur ce que l'on appelle "l'effet de transfusion" : quand les sentiments nés dans l'espace de jeu débordent dans la réalité. Il semblerait que notre expérience intime avec ces personnages peut finir par modifier nos propres critères de sélection amoureux dans la vraie vie.
- Burgess, J., & Jones, C. (2020). “I Harbour Strong Feelings for Tali Despite Her Being a Fictional Character”: Investigating Videogame Players' Emotional Attachments to Non-Player Characters. Game Studies, 20(1).