Encensé par la critique mais cloué au pilori par une partie de la communauté sur X, le nouveau titre de Beethoven & Dinosaur, Mixtape, ravive un vieux débat sans fond : un jeu sans “vrai” challenge est-il encore un jeu ? La réponse nous semble évidente, mais on la donne quand même.
Il s’est passé quelque chose de très étrange ce week-end. Je venais de terminer Mixtape sur mon PC, recluse à l'intérieur de mon appartement alors que le soleil brillait dehors. Des étoiles plein les yeux et l’esprit encore embué par cette expérience enchanteresse, j’entame une démarche tristement banale : scroller sur les réseaux sociaux pour prendre la température.
Au départ, l'enthousiasme est total. La presse lâche des notes maximales, et le public semble lui aussi conquis par cette odyssée adolescente. Et puis, la tempête éclate. Le climat s'alourdit. Sur X, certains montent au créneau : on reproche à Mixtape un gameplay "trop minimaliste", affirmant haut et fort qu'il ne s'agirait pas d'un "vrai jeu". Les spécificités pourtant connues du jeu narratif viendraient-elles d’exploser au grand jour, alimentant une querelle sans queue ni tête ? Les motivations sont bien sûr ailleurs, mais l'ampleur du sujet mérite sa réponse.

L'éternel procès du jeu narratif
Par définition, le jeu implique une forme d’engagement ludique. Mais doit-il forcément rimer avec effort ? Personnellement, je ne m’amuse pas particulièrement sur les titres punitifs de FromSoftware (Dark Souls, Elden Ring). J'y souffre plus que je n'y prends de plaisir technique. Pourtant, personne ne viendrait contester leur statut d'œuvres vidéoludiques majeures. Alors pourquoi Mixtape, sous prétexte qu'il délaisse le challenge au profit de l'émotion pure, ne mériterait-il pas le sien ? L'interaction est pourtant bien réelle, et elle sert une immersion époustouflante.
Si l'on veut utiliser des termes techniques, Mixtape atteint même une harmonie ludonarrative absolue : cet état de grâce très rare où les mécaniques de jeu et le récit s'alignent pour ne former qu'un seul bloc.

Pourquoi Mixtape est bien un jeu, un vrai
L'essence même du titre, c'est sa bande-son. Les développeurs de Beethoven & Dinosaur ont littéralement sculpté le level design et le rythme de l'interactivité autour de morceaux iconiques. On traverse des souvenirs au son de DEVO, des Smashing Pumpkins, de Joy Division ou d'Iggy Pop. L'intégration de la musique est tellement vitale à la progression que le studio a pris un risque commercial immense : celui de refuser d'inclure un "mode streamer" (qui couperait les musiques sous copyright). Pour eux, amputer Mixtape de ces morceaux reviendrait à lui arracher son âme. Un choix radical qui prouve que l'œuvre prime sur le marketing.
Il serait grand temps de cesser de juger la valeur d'une œuvre interactive uniquement à l'aune de la difficulté de ses boss, de l'exigence de ses combos ou de la profondeur de ses arbres de compétences. L'industrie a mûri. Et elle est désormais assez vaste pour accueillir des expériences émotionnelles, courtes et portées par une direction artistique hallucinante. Ceux qui hurlent sur les réseaux sociaux que Mixtape "n'est pas un jeu vidéo" se privent volontairement de l'une des œuvres les plus passionnées, sincères et touchantes de 2026. Tant pis pour eux, nous, on rembobine la cassette.