Relancer un titre culte sorti il y a deux décennies peut s’apparenter à un véritable parcours du combattant. Un joueur en a récemment fait l’amère expérience avant de réaliser que cette rudesse cachait en réalité une philosophie de game design brillante, bien loin des standards ultra-assistés de notre époque.
On a tous connu cette sensation douce-amère en relançant une vieillerie qui a bercé notre enfance ou notre adolescence. Les souvenirs sont intacts, la nostalgie tourne à plein régime, mais une fois la manette en main, la désillusion frappe parfois très fort. Les mécaniques ont vieilli, la maniabilité semble dater de la préhistoire et l'interface nous agresse la rétine.
Sur le Reddit r/Gaming, l'utilisateur r/itswickedbby a publié un post avec pour titre : "Unpopular opinion : Je regrette le temps où les jeux nous permettaient de nous perdre un peu". Si les premières heures l'ont rendu complètement fou, sa colère a fini par laisser place à une véritable fascination pour une approche du jeu vidéo qui semble s'être perdue en route.
La douche froide des premières heures
Il faut bien avouer que replonger dans les années 2000 demande une certaine abnégation quand on est habitué au confort moderne. Notre joueur explique avoir d'abord ressenti une profonde frustration face à l'absence totale des aides auxquelles nous sommes aujourd'hui biberonnés. Pas de sauvegarde automatique tous les trois mètres, aucune boussole magique pour indiquer la direction exacte du prochain objectif, et encore moins de voyage rapide illimité pour s'épargner de longues marches pénibles à travers la carte.
Le choc frontal a été brutal. Le contraste avec les productions actuelles a été d'une telle violence qu'il a sérieusement envisagé de désinstaller le jeu après seulement quelques échecs cuisants. L'austérité des menus et la lourdeur des déplacements lui semblaient insurmontables, le renvoyant sans cesse à la rigidité d'une époque qu'il pensait révolue. Pourtant, poussé par une pointe de curiosité et d'entêtement, il a décidé de s'accrocher et de ravaler sa fierté.
L'immersion par l'exigence
C'est au bout de quelques sessions laborieuses que le déclic a finalement eu lieu. En étant forcé de lire attentivement les dialogues et d'observer son environnement pour se repérer, l'internaute s'est rendu compte qu'il ne subissait plus l'univers, mais qu'il y participait activement. L'absence d'indicateurs visuels omniprésents l'obligeait à utiliser sa propre boussole interne et à mémoriser la topographie des lieux.
Certains d'entre vous n'ont jamais eu à errer pendant 45 minutes parce que le jeu vous disait « allez au nord » et ne vous donnait aucune carte, et ça se voit.
Je viens de rejouer à Morrowind pour la première fois depuis des années, et j'avais oublié à quel point le jeu ne vous donnait pas d'indications. Il n'y a pas de marqueurs de quête, pas de flèches - juste des vibrations et de vagues indications données par un PNJ peu convaincant. J'ai d'abord été furieux... mais aussi ? Ça m'a touché différemment. Cela m'a poussé à faire attention, d'une manière que la plupart des jeux modernes ne produisent plus.
Maintenant, tout se résume à "Va ici. Suivez les traces de pas lumineuses. Regardez la scène. Appuyez sur X pour gagner."
Quelqu'un d'autre regrette de se perdre et de tomber accidentellement sur quelque chose d'extraordinaire ? Ou est-ce que je suis juste nostalgique et que je me fais des illusions ?
La perception du défi a totalement changé. La rudesse initiale, autrefois perçue comme un mur infranchissable, s'est transformée en un puissant moteur d'immersion qui récompense la patience et la curiosité. Chaque petite victoire, qu'il s'agisse de trouver un personnage caché au fond d'une forêt ou de vaincre un ennemi coriace après avoir soigneusement préparé son équipement, lui procurait un sentiment d'accomplissement bien supérieur à ce qu'il ressentait habituellement. Le titre ne le prenait pas par la main, il le respectait en tant que joueur capable de réfléchir par lui-même.
Une claque adressée à l'industrie moderne
Cette expérience l'a poussé à remettre en question la direction prise par une grande majorité des blockbusters d'aujourd'hui. Les AAA modernes ont souvent tendance à sur-assister l'utilisateur par peur de le perdre ou de le frustrer, transformant parfois d'immenses mondes ouverts en de simples listes de tâches à cocher. On suit aveuglément un point GPS scintillant sur une mini-carte, sans même prêter attention aux décors grandioses qui nous entourent.
La sur-assistance a un prix. En voulant tout fluidifier à l'extrême, l'industrie a fini par aseptiser l'aventure et tuer le frisson de la véritable exploration. Le constat de ce joueur résonne comme un cri du cœur partagé par de nombreux vétérans du pad : la fluidité et l'accessibilité sont d'excellentes choses, mais elles ne devraient jamais se faire au détriment de l'intelligence et de l'engagement. Il est parfois bon de se perdre pour mieux savourer le chemin parcouru.