Il est impossible de parler de retrogaming sans évoquer une pépite française qui a bouleversé l’industrie de fond en comble : Another World. Adulé par des légendes comme Hideo Kojima et Fumito Ueda, ce chef-d’œuvre d’Eric Chahi fascine encore aujourd’hui par sa conception hors norme et son atmosphère unique. Aujourd’hui, on a décidé de vous en parler afin que ce jeu ne tombe pas dans l’oubli.
À l'aube des années 90, la norme était surtout aux jeux d'arcade frénétiques et aux scénarios relégués au second plan. C'est dans ce contexte bien précis qu'un développeur de talent a décidé de renverser la table. Avec une vision purement cinématographique et un sens de la mise en scène totalement inédit pour l'époque, il a prouvé qu'une aventure en deux dimensions pouvait offrir une immersion totale. Trente-cinq ans plus tard, son titre mythique n'a pas pris une ride et continue d'influencer les plus grands créateurs de jeux vidéo.
Un développement titanesque porté par un seul homme
C'est l'histoire d'un projet un peu fou et profondément solitaire. À une époque où une seule personne pouvait encore espérer développer un titre de A à Z, Eric Chahi a repoussé toutes les limites de l'exercice. De l'écriture de la toute dernière ligne de code jusqu'à la conception méticuleuse de l'illustration de la jaquette, le créatif a littéralement tout fait lui-même. Ce travail acharné a permis de donner vie à une aventure mystérieuse et sans la moindre concession qui marqua au fer rouge la réputation du studio Delphine Software. Les droits de la licence lui appartiennent d'ailleurs toujours, un fait rarissime qu'il doit au rachat pur et simple de la marque lors de la fermeture du studio en 2004.
La campagne marketing nord-américaine de l'époque s'amusait d'ailleurs de cette gestation laborieuse avec un slogan resté célèbre, exhumé par les archives de la presse spécialisée :
Il a fallu six jours pour créer la Terre... Another World a demandé deux ans de travail.

Une narration révolutionnaire qui se passe de mots
L'immersion vous happe dès les toutes premières secondes de jeu. Nous y incarnons Lester Knight, un jeune physicien brillant qui, après avoir rejoint son laboratoire en plein milieu de la nuit, lance une expérience risquée sur un accélérateur de particules. Une violente tempête s'abat sur le complexe et provoque une explosion foudroyante, propulsant notre héros dans une dimension parallèle extrêmement hostile. Afin de briser le quatrième mur et d'accentuer la dimension cinématographique, le jeu fait le choix radical de supprimer toute interface visible à l'écran, ce qui vous prive de vos repères habituels.
La véritable prouesse réside toutefois dans la communication entre les personnages. Le héros ne prononce pas la moindre syllabe durant tout son périple, mais parvient à tisser des liens puissants avec un compagnon alien par le simple biais d'interactions non verbales. Ce rythme haletant mélange habilement des phases de plateforme, de réflexion et de tir, créant un cocktail d'une efficacité redoutable qui ne laisse aucun répit au joueur.

Un héritage intact et toujours accessible
L'empreinte laissée par cette œuvre est proprement colossale. Des créatifs de grand renom tels que Goichi Suda, Shu Takumi ou encore Hideo Kojima placent très régulièrement ce titre dans leur panthéon personnel. Son influence se fait lourdement sentir dans des productions majeures bien plus récentes, le créateur Fumito Ueda ayant lui-même avoué s'en être fortement inspiré pour concevoir les mécaniques de son mythique ICO.
Si vous souhaitez découvrir ou redécouvrir ce pilier fondateur du jeu d'aventure aujourd'hui, la démarche est d'une simplicité enfantine. L'édition du 20ème anniversaire, soigneusement supervisée par le créateur originel, permet de profiter de l'expérience dans les meilleures conditions possibles.