L’univers western de Red Dead Redemption 2 était le terrain idéal pour Rockstar afin de pousser le réalisme à son paroxysme. Son petit frère GTA 6 qui sortira en novembre du même studio devra sans doute s’en inspirer, sans oublier ce qui fait l’ADN de la saga GTA : fluidité, vitesse, et chaos.
Red Dead Redemption II, sorti en 2018, présente un des mondes ouverts les plus impressionnants de ces dernières années. On suit les aventures d’Arthur Morgan, hors la loi impitoyable et sa vie mouvementée au sein du Far-West des années 1800. Troisième sur le podium des jeux les plus vendus de tous les temps, il a été acclamé par la critique en raison de son réalisme très poussé et ses possibiltés de scénario, grâce aux huit années de travail de son studio Rockstar Games. Malgré ce succès, ce n'est pas pour autant devrait copier/coller sa proposition pour Grand Theft Auto VI.
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Red Dead Redemption 2, au rythme lent du Far Ouest
Dans Red Dead Redemption 2, tout est fait pour ralentir le joueur et l’ancer dans le décor traversé. Arthur Morgan ne se déplace pas comme un héros de jeu vidéo classique. Il peut marcher avec fatigue, les armes causent du poids supplémentaire, et son cheval n’est pas un simple moyen de transport comme dans beaucoup d’autres jeux vidéo.
Dans les actions anodines comme la chasse, la pêche, les pillages, la lenteur est imposée par le jeu pour toujours davantage de réalisme. C’est pour ça que RDR2 fonctionne aussi bien. La trame se déroule au Far West des années 1890. Un pays âpre, où se rejoignent les miséreux, les Hors-La-Loi, simples citoyens et toutes les tensions que cela implique lorsque ces individus se croisent. Dans un décor pareil, la lenteur est une manière de raconter le monde qui reste, qui essaye de survivre, avec tout le temps et la préparation que cela implique.
Arthur Morgan et un marchand (RDR2.) Tous ses objets transportés sont sur lui.

Quant à la série GTA, elle repose davantage sur une dynamique différente. Des villes crédibles, avec des personnages forts, un rythme effréné en gardant le souci du détail. L’ADN de GTA serait déficient si on ne pouvait pas créer une situation catastrophique en quelques secondes ! Cela doit nécessairement aller plus vite et plus intensément que RDR2. Toutefois, Rockstar doit garder un équilibre dans le réalisme car ce sont souvent des situations absurdes qui créent les meilleurs souvenirs de jeu.
Le système d'armes et d'équipement en est le parfait exemple. Dans Red Dead Redemption 2, Arthur ne transporte pas un arsenal complet en permanence, ce qui est cohérent (personne ne peut transporter six couteaux et quatre fusls à sa ceinture !) Une grande partie de l’équipement est donc liée au cheval. En descendant de sa monture, on choisit l’équipement, l’arsenal… de quoi se préparer à la situation vers laquelle on chevauchait. Ce qui passe pour une contrainte devient un vrai rituel de préparation.
La sélection d'armes depuis le cheval dans Red Dead Redemption 2

On peut trouver ce mode de jeu assez restrictif, mais il s’intègre bien à la philosophie du jeu, car le réalisme ne bride pas le joueur, mais renforce la cohérence de l’univers ! Ainsi, on ne se sent pas insatisfait. De même, le cheval ne se cantonne pas à être un moyen de transport comme un autre. C’est un compagnon de route, un lien avec le monde qui nous entoure; c’est qu’on n’abandonne pas un canasson comme une voiture volée !
Bien que l’hyper-réalisme ait quelques facettes un peu laborieuses, il a bel et bien fonctionné pour RDD2 et c’est ce qui le rend brillant. Mais tout comme ce qui se passe à Vegas reste à Vegas, ce qui se passe dans le Far West du XIXe siècle ne fonctionne pas dans la Californie de 2026.
Être réaliste sans tuer le chaos : le défi de GTA 6
Ce changement d’approche serait très facile à appliquer sur la mécanique de sélection d'armes par exemple. Dans Grand Theft Auto V le dernier opus de 2013, il était possible de transporter sur soi (donc dans les poches) jusqu’à huit armes, sélectionnables grâce à une roue. Pratique pour semer le chaos en quelques secondes sans être soupçonné… mais pas très réaliste. Il méritait donc d’être simplifié.
Rockstar Universe, un site spécialisé sur la franchise GTA a affirmé que le studio Rockstar travaillerait justement sur une simplification du système. Selon lui, le joueur n’aurait qu’un nombre limité d’armes possible. L’équipement supplémentaire pourrait être stocké dans la voiture du joueur (accordant au transport une importance grandissante), avec le même principe que le cheval dans RDR2.
Les protagonistes de GTA VI, Jason et Lucia

L’idée n’est pas mauvaise en soi : utiliser le véhicule comme base mobile permettrait de rendre les braquages plus tactiques. Réfléchir davantage à ses armes, rester discret même avec un fusil d’assaut visible… Sur le papier, cette mécanique renforcerait l’immersion en donnant davantage de poids aux affrontements. Toutefois, cela n’a pas été officiellement confirmé, et il reste aussi une nuance à garder en tête : GTA et RDR2 ne fonctionnent pas pareil !
Dans GTA, il est monnaie courante de voler des voitures, flinguer (parfois) son conducteur, d’être un fou du volant et d’abandonner sa caisse en flammes au beau milieu de la voie. C’est normal, et cela fait tout le sel du jeu. Alors que dans RDR2… disons que choisir ses armes devant la banque ou le train qu’on s’apprête à attaquer crée une ambiance particulière. Et cela inscrit le joueur comme un véritable criminel dont on se souviendra à son prochain passage dans la bourgeade.
On peut encore creuser dans les possibilités de réalisme dans le futur GTA 6. La visibilité des armes que l’on transporte et la manière dont les PNJ y réagissent. Si Jason ou Lucia (le couple de personnages jouables du jeu) se promenaient dans la ville armés de fusils, cela pourrait déclencher des réactions : passants fuyants, appels aux autorités et intervention plus ou moins rapide…
Le bémol survient lorsque le réalisme devient une corvée. Une trop longue animation pour n’importe quelle action, même la plus anodine. Gérer son inventaire, ses vêtements, l’endurance, ses armes. En somme, une mécanique trop lourde, où chaque idée spontanée est impossible. Tout prévoir.
Globalement, GTA 6 ne doit donc pas être moins réaliste que les autres jeux Rockstar, mais doit l’être à sa manière. Dans RDR2, le réalisme réside dans la préparation, la gravité des situations. Dans GTA, il doit s’articuler autour de l’improvisation et du chaos. En somme, il faut rendre GTA 6 plus dense, vivant et réaliste, à la hauteur de la saga.