Quand Asha Sharma disait “entendre” les joueurs qui réclamaient le retour des exclusivités XBOX, personne n’y croyait vraiment. Comment Microsoft, société de software, portant quasiment tous ses jeux first-party – de Forza Horizon à Halo – sur PS5, pourrait chercher à (re)devenir plus agressif dans sa politique d’édition sur consoles ? C’est pourtant le cas. Le XBOX Games Showcase a envoyé un signal fort avec les exclusivités de Gears of War E-Day et Clockwork Revolution. Asha Sharma (boss de XBOX) et Matthew Ball (directeur de la stratégie XBOX) doivent maintenant réussir l’impossible avant le lancement de la PS6.
Les Xbox Series X/S avaient tout pour réussir… ou presque
Quand les Xbox Series X/S sortent en novembre 2020, les planètes semblent alignées pour que Microsoft récupère des parts de marché dans le monde des consoles. Le groupe a racheté six studios en 2018 (Compulsion Games, Playground Games, Ninja Theory, Undead Labs, Obsidian, inXile), fondé The Initiative, acquis Double Fine en 2019 et a annoncé en 2020 son intention de mettre le grappin sur Bethesda. L’ogre vert a faim !
À cette époque, le Game Pass est vu comme un moteur de revenus pour Microsoft et sa croissance se constate tous les ans : 10 millions d’abonnés en avril 2020, puis 18 millions d’abonnés en janvier 2021. Côté hardware, la Xbox Series X est plus puissante que la PS5, bien que cette légère différence ne se constate pas forcément sur les jeux du lancement. Cependant, les softs d’envergure 100 % exclusifs continuent de se faire attendre : les joueurs ont besoin de gros arguments pour quitter l’écosystème PlayStation et rejoindre celui de XBOX.

Après un lancement malgré tout réussi, Microsoft est toujours en pleine fièvre acheteuse : en janvier 2022, le groupe américain se lance dans le rachat d’Activision Blizzard King, l’éditeur derrière Call of Duty ou encore World of Warcraft. De quoi, sur le papier, faire trembler la concurrence ! Bien que Sony ait tout fait pour empêcher ce rachat s’élevant à 70 milliards de dollars, et que certains analystes aient prédit une chute des ventes de PlayStation, la réalité a montré que le géant japonais était solide sur ses appuis.
À l’opposé, c’est la firme américaine qui a montré des signes d’épuisement avec des chiffres du Game Pass qui ne progressent plus et des consoles XBOX qui ne parviennent pas à gagner de parts de marché. On reproche toujours à la firme de Redmond un manque d’exclusivités marquantes, et surtout, le Play Anywhere et le Game Pass donnent de la force à l’écosystème XBOX plus qu’aux consoles XBOX. Microsoft a progressivement donné l'impression que posséder une XBOX n'était plus indispensable.

Génération sacrifiée
Si en 2023, la sortie de Starfield en exclusivité a bien provoqué un boost des ventes (de XBOX, d’abonnement Game Pass), il n’a pas été suffisant. Je pense que c’est l’événement déclencheur de la stratégie multiplateforme de Phil Spencer, quand bien même elle aurait débuté un peu plus tôt (As Dusk Falls, Ori). “Il n'existe aucun monde où Starfield serait si bon que les gens vendraient leur PS5 pour passer à la XBOX”, prophétisait Spencer peu avant la sortie du titre. Il ajoutait, chez Kinda Funny, qu’il n’avait tout simplement pas de solution pour battre Sony ou Nintendo.
C’est à partir de là que l’ancien boss du Gaming chez Microsoft a ouvert les vannes au multiplateforme, afin de s’assurer que la marque “existe encore dans les 20 prochaines années”, disait-il lors d’une vidéo devenue tristement célèbre. Grounded, Pentiment, Hi-Fi Rush et Sea of Thieves sortent sur PS5, mais bientôt, ce sont tous les gros jeux de la firme qui arrivent chez le concurrent.

Certaines annonces égratignent particulièrement les fans, comme le portage d’Indiana Jones sur PS5 annoncé comme clou du spectacle de l’Opening Night Live 2024, ou encore l’arrivée de Halo Campaign Evolved sur la machine de Sony, avec le community director de la franchise qui porte un t-shirt PlayStation.
Depuis l’officialisation de ce virage multiplateforme, les revenus liés au hardware chutent. Non seulement Microsoft n’a plus beaucoup d’arguments pour vendre des XBOX, mais en plus, il n’arrive pas à en produire suffisamment. Résultat ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : -29 % sur le trimestre fiscal clos en décembre 2024, -22 % sur le trimestre clos en juin 2025, -32% durant la période des fêtes 2025… la marque au “X” vert voit rouge.

Ball sur la table
Le piège de la stratégie du duo Spencer-Bond se referme sur eux, et c’est ce qui arrive quand on mise sur un avenir qui ne se concrétise pas. Il était difficile de savoir, même pour Microsoft, si porter tous les jeux first-party sur d'autres machines provoquerait bien l'effet escompté. Visiblement, les choix opérés n’étaient pas les bons. En 2024, Phil Spencer avait pourtant déclaré que si les sorties de jeux XBOX sur les machines concurrentes engendraient des actions portant préjudice à l’agrandissement de sa marque, alors il reviendrait sur le soutien envers ces plateformes.
Phil Spencer et Sarah Bond sont donc remerciés, et Asha Sharma devient la nouvelle patronne de XBOX le 20 février 2026. Elle garde Matt Booty à ses côtés et engage Matthew Ball en tant que directeur de la stratégie. Le monsieur est un analyste reconnu du secteur, dont nous avons souvent parlé dans nos articles.

Dans une récente interview organisée par The Game Business, Matthew Ball explicite les intentions d’Asha Sharma et de XBOX. Les exclusivités ? Oui, on peut s’attendre à leur retour même s’il n’y en a que deux annoncées. “Tout le monde dans l’industrie comprend que les exclusivités sont importantes pour la croissance et l’image de marque”, explique-t-il. Sans rire ? D’autres annonces seront faites prochainement. Sortir du monde des consoles ? “Non”, tout simplement parce que le marché “est durable”, qu’il représente “entre 40 et 45 milliards de dollars”, et que Microsoft croit en ses chances de “gagner des parts de marché”.
Asha m’a demandé ‘est-ce que c’est réparable’ ? Elle ne parlait pas du business, mais de XBOX. ‘Est-ce que c’est réparable ?’, elle a commencé par ça. Moi, je suis un optimiste stratégique. Il serait incroyablement défaitiste d’imaginer un scénario où l’on ne pourrait pas faire mieux”. (...) J’ai eu des conversations avec Satya Nadella (...) pour valider notre stratégie. Tout cela a renforcé ma confiance. Matthew Ball, directeur de la stratégie XBOX, chez The Game Business

XBOX Helix vs PS6 : FIGHT !
Que penser de ce nouveau virage à 180° de XBOX ? Tout simplement que Microsoft a compris, grâce aux chiffres enregistrés depuis 2024, qu’être à la fois un constructeur et un éditeur sortant tous ses jeux chez son concurrent direct ne fonctionnait pas. Cela se constate avec la marge de seulement 3 %, comme l’a révélé Asha Sharma, chiffre en baisse par rapport à l’année précédente. Microsoft veut donc redonner des couleurs à ses XBOX pour que les comptes aillent mieux, et cela va se faire en redonnant aux joueurs l’envie d’acheter des consoles XBOX.
Microsoft retrouve du poil de la bête et s’autorise des sorties plus agressives. Bloomberg certifie que Asha Sharma a retiré au dernier moment le trailer de Halo Campaign Evolved normalement prévu au State of Play, ce qui aurait mis Sony en colère. Aux fans PS5 qui insultent inXile à cause de l'exclusivité Xbox de Clockwork Revolution, le studio leur envoie un bras d’honneur. Le vent de la “guerre des consoles” entre PlayStation et XBOX semble revenir alors que les deux constructeurs évoquent de temps à autre leurs futures machines next-gen.

Bien sûr, toutes les décisions que XBOX prend maintenant porteront leurs fruits, si tout va bien, au moment de la sortie de la Helix. À ce titre, Matthew Ball laisse entendre que la future console de Microsoft est en train d’être “repensée” pour qu’elle soit “abordable et flexible”. En parallèle Asha Sharma a communiqué sa feuille de route pour les 100 prochains jours, pour ce qu’elle nomme le “reset” de XBOX. Le programme : trouver un moyen de regagner l’attention des joueurs, assainir les comptes, trouver une alternative à la crise des composants (pour le hardware), revoir les priorités d'investissement (pour les jeux) et être plus "agile" dans l'exécution. Mission impossible, vous avez dit ?

Depuis l’arrivée d’Asha Sharma, XBOX bouge et semble miser – de nouveau – sur les consoles, quand bien même Sony aurait une avance vertigineuse. Première étape : regagner des parts de marché. Microsoft possède un nombre important de studios et de licences. Que pourrait-il bien se passer si le géant américain décidait à l’avenir de rendre Doom, Diablo, Fallout et bien sûr The Elder Scrolls VI exclusifs à l’écosystème XBOX ? En plus de titres tels que OD, Blade, et la grande majorité des titres venant des studios XBOX ? Il y a un an, les actionnaires de Sony se demandaient si le fait que Microsoft se retire petit à petit du hardware était vraiment une bonne chose pour PlayStation. Qu’ils se rassurent, ils devraient encore entendre parler de la marque américaine pendant une paire d’années.