The Hunt for Gollum est un fan-film qui n’a jamais pu générer de profits directs, mais qui est définitivement entré dans l’histoire des meilleures adaptations de l’univers de J.R.R. Tolkien.
Le temps passe vite. Il y a quelques années à peine, beaucoup d'entre nous avaient encore du mal à croire que Warner Bros relancerait la machine Le Seigneur des Anneaux avec un film d'animation japonaise.
Aujourd'hui, deux ans après la sortie de La Guerre des Rohirrim (2024), les studios américains veulent nous faire replonger en Terre de Milieu avec le tout premier film en prise de vues réelles des années 2020.
Mais il y a un détail surprenant : cette histoire de "The Hunt For Gollum" a déjà été racontée à l'écran il y a plus de quinze ans.
Bien que le nouveau projet officiel réalisé par Andy Serkis (qui reprendra également son rôle de Gollum/Sméagol) s'annonce comme une adaptation très fidèle des appendices de Tolkien, cette petite aventure située entre Le Hobbit et la trilogie principale a déjà fait l'objet d'un film en 2009.
À l'époque, un groupe de fans passionnés par le travail de Peter Jackson a décidé d'apporter sa pierre à l'édifice. Ce moyen-métrage, intitulé The Hunt for Gollum, partage non seulement le même titre que le futur blockbuster hollywoodien, mais aussi sa prémisse de base : l'odyssée d'Aragorn pour capturer Gollum avant que celui-ci ne révèle des informations cruciales sur l'Anneau Unique à Sauron.
Aragorn, Gandalf et les prémisses de La Communauté de l'Anneau
Les deux versions s'appuient sur les textes de Tolkien, plus précisément sur les appendices du Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau. Y est brièvement résumé comment Aragorn, épaulé par Gandalf à différents moments, traque Gollum à travers la Terre de Milieu pendant huit ans.
C'est un épisode à peine esquissé dans l'œuvre originale, mais suffisamment évocateur pour enflammer l'imagination des lecteurs. C'est précisément dans cette "zone d'ombre" narrative que le réalisateur Chris Bouchard a choisi de s'immiscer.
Dans l'œuvre originale, Tolkien écrivait simplement :
Gandalf et Aragorn reprennent la recherche de Gollum à intervalles réguliers au cours des huit années suivantes, explorant les vallées de l'Anduin, la Forêt Noire et le Rhovanion jusqu'aux confins de Mordor. À un moment donné durant ces années, Gollum lui-même s'aventura en Mordor et fut capturé.
Pour combler les vides, le fan-film ajoute des détails indispensables à la continuité, répondant à des questions cruciales : la relation entre Gandalf et Aragorn, ce que ce dernier sait de l'Anneau, et l'importance que le pauvre Hobbit aura en l'an 3018 du Troisième Âge, lorsque Gandalf arrive à Hobbitebourg pour l'anniversaire de Bilbon.
(Notons au passage que ces zones d'ombres du Legendarium sont si vastes que Warhorse Studios pourrait en profiter pour situer son futur RPG Le Seigneur des Anneaux en Arnor sans jamais trahir le lore).

Un budget de 3 000 livres et zéro profit
Passionné de cinéma, Chris Bouchard s'était déjà fait la main sur un autre projet amateur d'envergure : Star Wars: Revelations, sorti la même année que La Revanche des Sith. Ce fan-film de 47 minutes (doté d'un budget de 20000 livres) racontait la chute du Temple Jedi et la naissance de la Rébellion sur Coruscant. Son ton très adulte lui avait même valu d'être disqualifié des prix annuels de LucasArts.
Pour The Hunt for Gollum, le budget était encore plus dérisoire : à peine 3 000 livres sterling (environ 3500 euros), mais la passion était immense. Une équipe de bénévoles, composée d'amis et de fans de Tolkien, s'est lancée dans un défi fou : recréer l'esthétique des films de Peter Jackson sans aucun de ses moyens financiers.
Le projet a suscité un tel engouement sur les forums de l'époque que l'université Futureworks de Manchester a proposé son aide gratuitement pour l'enregistrement de la bande-son et le mixage audio.
D'une durée de 38 minutes, le film a été entièrement tourné au Royaume-Uni (au Pays de Galles et dans le sud de l'Angleterre) pour recréer des lieux emblématiques comme Bree ou Fendeval (Rivendell), mettant en scène Aragorn, Gandalf et même Arwen.
L'objectif de Bouchard était clair : faire de ce moyen-métrage un pont parfait avec la trilogie officielle. Les détails vestimentaires, les armes, Aragorn fumant sa pipe au Poney Fringant ou les prothèses en latex faites maison pour les Orques apportent un réalisme bluffant à cette œuvre qui, pour des raisons évidentes de droits d'auteur, n'a jamais pu générer le moindre centime.
Aragorn dans le fan film

Un succès phénoménal et légal
Malgré plus de 10 millions de vues lors de ses débuts en marge du festival Sci-Fi London en 2009, le film n'est pas un produit officiel. Bouchard avait toutefois pris les devants en passant un accord avec Tolkien Enterprises et New Line Cinema : tant que le film restait à but non lucratif et accessible gratuitement pour les fans sur les plateformes de streaming, aucun recours légal ne serait tenté.
Ils soutiennent la manière dont les fans expriment leur enthousiasme
Il est fascinant de voir que le très officiel blockbuster produit par Warner Bros s'apprête à marcher sur les traces exactes de ce projet amateur. La seule différence sera évidemment l'échelle et les millions de dollars injectés.
En attendant la sortie au cinéma du film d'Andy Serkis prévue pour décembre 2027, replonger dans ce fan-film (toujours disponible gratuitement en ligne) est le meilleur moyen de se rappeler ce que l'amour de l'œuvre de Tolkien peut accomplir.
(Et ne comptez pas tromper votre attente avec le RPG évoqué plus haut : bien que les créateurs de Kingdom Come: Deliverance 2 nous demandent d'avoir foi en leur amour pour Tolkien, ce jeu n'est pas attendu avant la fin de la décennie).