Après avoir traversé un développement chaotique et déjoué tous les pronostics, cette nouvelle licence s’est imposée comme l’une des plus belles surprises de l’année. Son succès critique et commercial ouvre désormais la porte à un avenir plus ambitieux, mais faut-il vraiment céder à la tentation d’une suite ? Pour ma part, même si je lui ai attribué la note de 18/20 lors de mon test, je trouve que l’idée d’en faire une suite est mauvaise.
Pragmata, le hit de Capcom qui a surpris tout le monde, moi y compris !
En avril dernier, Capcom poursuivait sa folle lancée du début d’année — Resident Evil Requiem et Monster Hunter Stories 3 : Twisted Reflection ont largement contribué à ce succès — avec non pas le retour d’une franchise connue, mais une toute nouvelle licence : Pragmata. Avec ce titre, Capcom a démontré qu’il avait bien fait de ne pas tout laisser tomber. Parce que oui, Pragmata revient de loin.
Annoncé initialement en 2020, le titre de Capcom a subi plusieurs reports, dont un particulièrement inquiétant puisqu’il portait la mention « indéfiniment ». Le réalisateur du jeu, Cho Yonghee, est d’ailleurs tout à fait transparent à ce sujet, expliquant qu’il y a eu « tellement d’essais et d’erreurs, tellement d’allers-retours » afin d’équilibrer parfaitement l’expérience.

De plus en plus, Capcom choisit de mettre en avant le travail d’équipe plutôt que de placer un grand nom du jeu vidéo sous le feu des projecteurs. Résultat des courses, Pragmata a peut-être été conçu dans la douleur, mais il a récolté les fruits de ces années compliquées puisqu’il a obtenu un score Metacritic de 86/100 (et la note de 18/20 dans nos colonnes).
Au-delà de l’emballement de la presse et des joueurs, la réussite de Pragmata s’est également concrétisée par des ventes particulièrement solides. En l’espace de deux jours, l’aventure de Hugh et Diana a atteint le million d’exemplaires vendus. Deux semaines plus tard, Pragmata est même parvenu à doubler ce chiffre, atteignant ainsi les deux millions de ventes.

Face à un tel engouement, Capcom et ses équipes allaient bien évidemment débattre d’un sujet important : celui de développer une suite et, donc, de transformer Pragmata en franchise. Dans l’un des communiqués accompagnant l’analyse de ses résultats financiers, l’éditeur a déclaré qu’il allait « considérer la possibilité de le développer en une série », tandis que le réalisateur abonde dans ce sens en confiant qu’il « aimerait bien sûr voir une suite ».
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Une suite à Pragmata ? Je peux comprendre Capcom, mais ça me paraît être une mauvaise idée
Malgré ce succès et cette volonté des équipes d’en faire une franchise forte, je ne partage pas nécessairement l’enthousiasme de Capcom à l’égard de cette idée. De leur côté, c’est parfaitement compréhensible puisqu’une telle entreprise cherche à rentabiliser ses projets et, surtout, à générer davantage de revenus que ce qu’elle a investi.

Qui plus est, à une époque où il est parfois complexe d’imposer une création inédite auprès du public, la popularité qui s’est construite autour du jeu — et qui risque encore de croître dans les mois à venir — permet d’envisager l’avenir avec davantage de sérénité, tout en ajoutant une nouvelle valeur sûre à son catalogue.
Pourtant, je ne cesse de me dire que ce n’est pas une bonne idée. La raison principale, c’est qu’il n’est pas forcément nécessaire de transformer chaque jeu vidéo à succès en franchise sous prétexte qu’il s’est bien vendu et qu’il représente une manne financière intéressante.
De nombreuses autres créations vidéoludiques n’ont jamais eu droit à une suite, et c’est très bien ainsi. D’ailleurs, l’histoire de Pragmata se suffit à elle-même et, sans trop en dévoiler, je vois mal comment Capcom pourrait concevoir une suite sans y apporter de profonds bouleversements.

S’il faut comprendre que les éditeurs ont parfois besoin de renforcer leur catalogue avec des noms forts, il faut aussi accepter que cette obsession de la suite, de l’après et du prolongement permanent empêche parfois les joueurs d’apprécier pleinement une œuvre pour ce qu’elle est. Elle pousse également les développeurs à se projeter très rapidement sur de nouveaux concepts plutôt qu’à savourer l’accomplissement du projet qu’ils viennent de terminer.
Certes, celles et ceux qui ont joué à Pragmata se sont attachés à ses personnages, mais cela implique aussi d’avoir davantage de choses à raconter à leur sujet. Et il faut le reconnaître, le scénario de Pragmata n’est pas le plus travaillé du monde, même si la relation entre les deux protagonistes peut faire mouche.
Pour ma part, j’ai envie de croire que la boucle est bouclée, que Pragmata restera cette expérience singulière, complète et intacte, plutôt qu’une œuvre à laquelle on chercherait absolument à donner une descendance.