Alors que les éditeurs français et japonais durcissent le ton et multiplient les actions en justice pour bloquer les sites de piratage de mangas, l’auteur renommé Boichi prend le contre-pied absolu de l’industrie en tendant la main aux adeptes du scantrad.
La guerre des scans
Au cours des dernières années, la tension est montée d'un cran dans l'Hexagone (et partout ailleurs) entre les géants de l'édition et les plateformes de lecture illégales. Face à un marché du manga papier qui accuse une baisse de ses ventes selon le Syndicat national de l’édition (SNE), les acteurs du secteur ont décidé de sévir en frappant plusieurs sites. L’année dernière, le tribunal judiciaire de Paris a ainsi ordonné aux principaux fournisseurs d'accès internet français de bloquer plusieurs mastodontes du piratage comme Japscan, qui réunissait près de 700 000 visiteurs uniques chaque mois.
Pour les éditeurs, la pilule est d'autant plus amère que les sites pirates profitent de la vitesse de la « scantrad » pour court-circuiter les sorties officielles, en traduisant les chapitres dès leur prépublication au Japon.
Nous aimerions faire comprendre aux internautes que lire sur ces sites illégaux nuit à la création des mangas, alors qu’il existe désormais des offres numériques respectueuses des droits des auteurs, lancées avec le concours des éditeurs – Benoit Pollet, directeur général des Éditions Glénat (La Croix)
Pour Boichi, les pirates sont le public de demain
Une vision radicalement différente est pourtant partagée par certains créateurs en première ligne. Boichi, le célèbre dessinateur de Dr. Stone et Sun-Ken Rock, a pris la parole sur ses réseaux sociaux pour apporter une nuance de taille au débat. Selon lui, le piratage n'est pas une déclaration de guerre, mais le symptôme d'un manque d'accessibilité flagrant dans de nombreuses régions du monde où l'infrastructure éditoriale est inexistante ou hors de prix.
In 2016, I received an email from an aspiring manga artist in Morocco.
— Boichi (@Boichi_Bo1) June 15, 2026
It began like this:
“I want to become a mangaka, but there is no manga publishing industry in Morocco.”
Many people around the world love manga and read it, but when you look globally, there are many…
Se remémorant l'explosion du webtoon en Corée du Sud, qui s'est construite sur les cendres d'un piratage massif à la fin des années 90, l'auteur invite ses confrères et les éditeurs à changer de perspective.
Les premiers abonnés aux services de manga légaux seront, dans bien des cas, les mêmes lecteurs qui dépendaient autrefois du piratage. Ils ne sont pas les ennemis de l'industrie, ils sont ses premiers soutiens en attente. Les lecteurs de mangas piratés ne sont pas nos adversaires. Ils sont notre futur public. Ils sont la preuve que la demande existe déjà – Boichi