La série live-action de Kiki la petite sorcière : entre scepticisme et espoir face à la magie de Ghibli perdue

Titre original : La magie de ce film Ghibli va disparaître avec la naissance de sa série : je regrette que les dessins soient remplacés par de vrais acteurs

Je ne vais pas vous mentir, l’annonce m’a fait l’effet d’une douche froide. On a tous en tête les paysages côtiers magnifiques, la douceur des traits de Miyazaki et l’ambiance si singulière qui se dégage de Kiki la petite sorcière. Pourtant, la tendance lourde du passage au format live-action frappe encore nos petits cœurs de passionnés. Après l’excellente série One Piece sur Netflix ou les adaptations théâtrales très réussies de Mon voisin Totoro et du Voyage de Chihiro en Europe, c’est au tour de la jeune apprentie sorcière au nœud rouge. Et franchement, voir ces décors peints à la main remplacés par des plateaux de tournage me fait craindre le pire.

Une série britannique qui tourne le dos à Miyazaki

Oubliez tout de suite le studio d'animation japonais légendaire. Ce n'est ni Ghibli ni sa société mère Nippon Television Holdings qui tire les ficelles de ce live action, mais bien la division Kids & Family de la célèbre chaîne britannique BBC. Pour être tout à fait honnête, le fait que Hayao Miyazaki ne soit pas impliqué dans cette production m'inquiète autant que ça me rassure. Le vieux maître n'aurait jamais accépté qu'on dénature son travail aussi directement, lui qui infuse toujours ses obsessions et toute son âme dans ses scénarios et storyboards.

Concrètement, la télévision anglaise a préféré s'associer directement avec Kadokawa, le puissant éditeur nippon historique de l'œuvre d'origine, ainsi qu'avec la société de production locale Wheel in Motion. Car il faut le rappeler : bien avant d'être le long-métrage culte qui a bercé nos après-midis, Kiki est d'abord une vaste série de romans pour la jeunesse. L'idée de la BBC est de produire une première saison condensée en dix épisodes de trente minutes, écrite par Irena Brignull, une scénariste respectée qui a déjà fait ses preuves sur des succès comme Le Petit Prince et Les Boxtrolls.

La magie de ce film Ghibli va disparaître avec la naissance de sa série : je regrette que les dessins soient remplacés par de vrais acteurs

L'impossible pari de remplacer les dessins

Le véritable problème, c'est que dans l'inconscient collectif occidental et même asiatique, cette jeune sorcière EST viscéralement rattachée à la direction artistique de Ghibli. L'identité visuelle et musicale de l'anime a complètement éclipsé les écrits originaux, à tel point que si vous évoquez son nom au Japon, les gens penseront instantanément au chef-d'œuvre animé plutôt qu'aux livres de 1985.

Remplacer cette magie par des acteurs en chair et en os me donne l'impression qu'on va inévitablement y perdre en poésie. D'ailleurs, le précédent essai cinématographique en prise de vue réelle de 2014, réalisé par Takashi Shimizu (le créateur de The Grudge, oui oui), nous a déjà prouvé à quel point l'exercice était casse-gueule et manquait d'âme.

Pourtant, du côté des ayants droit, l'optimisme reste visiblement de mise. Ils veulent rassurer les foules, on peut le comprendre. L'autrice originale, Eiko Kadono, qui a vu sa saga littéraire s'étendre sur plusieurs tomes et s'enrichir de nouvelles histoires jusqu'en 2022, soutient pleinement cette nouvelle direction artistique. Dans une déclaration relayée par la presse étrangère, la créatrice s'enthousiasme ouvertement pour cette collaboration inattendue :

Je suis certaine que ce sera un programme merveilleux. J'ai hâte de voir la série prendre forme.

Si Kadokawa y voit le meilleur hommage possible pour célébrer le quarantième anniversaire de la licence, je reste profondément dubitatif. La série va devoir déployer des trésors d'inventivité scénaristique et esthétique pour ne pas souffrir de la lourde comparaison avec notre souvenir d'enfance. Surtout qu'en se concentrant uniquement sur le premier livre, la BBC a largement de quoi étirer son univers si le public mord à l'hameçon. Reste à savoir si le balai magique parviendra à décoller sans le souffle si particulier qui nous faisait autrefois rêver.