Après plus de dix ans d’attente et face au silence de Rockstar, les joueurs ont bâti pour GTA 6 un château de cartes imaginaire impossible à égaler.
Imaginez un immense château de cartes. Ce que cette structure fragile représente, ce sont toutes vos illusions concernant Grand Theft Auto VI. Alors que Rockstar Games a promis d'accomplir des choses jamais vues sans vraiment entrer dans les détails, on peut d'ores et déjà prédire une chose : beaucoup d'entre vous risquent d'être déçus.
Il existe un concept redoutable dans l'industrie vidéoludique appelé l'Illusion Gap. Cela se résume par une équation très simple : le décalage entre vos fantasmes d'un côté (calculés en fonction des fonctionnalités promises et de l'intensité émotionnelle de l'attente), et la réalité de l'autre (inévitablement limitée par les véritables mécaniques du jeu et les contraintes techniques du matériel).
Quand le fantasme est supérieur à la réalité, l'Illusion Gap devient positif. Le marché subit alors une vague de frustration massive qui se traduit souvent par du review-bombing ou des demandes de remboursement. L'industrie en a déjà fait les frais avec la sortie de Cyberpunk 2077, ou avec le créateur de Fable, Peter Molyneux, qui promettait un réalisme absolu où planter un gland le ferait devenir un arbre des années plus tard... ce qui n'est jamais arrivé.

Quand la communauté devient Game Designer
Pour GTA 6, le piège est encore plus pervers car ce sont les joueurs eux-mêmes et les rumeurs - parlant notamment d'un budget frôlant les 2 milliards de dollars - qui bâtissent ce magnifique fantasme. La moindre image est disséquée avec une précision folle et sur les forums, certains joueurs sont désormais intimement persuadés que 70 % des bâtiments du jeu seront entièrement explorables. L'obsession va si loin que lors de la révélation de l'illustration officielle du jeu, des internautes ont passé leur temps à compter les dents de l'alligator présent sur l'image pour juger du réalisme biologique de l'animal.
Ajoutez à cela les rumeurs techniques évoquant le nouveau moteur RAGE 9, censé apporter une physique de l'eau révolutionnaire et un éclairage photoréaliste inouï, ou encore les cartographes amateurs estimant que la carte de Leonida fera plus de 2,5 fois la taille de celle de GTA V. Et puis, ajoutez encore à cela les fantasmes de ceux qui s'attendent à une économie boursière entièrement simulée ou à des PNJ capables de se souvenir de chaque interaction à vie. Vous obtenez la recette parfaite d'une frustration inévitable.
Soyons clairs, GTA 6 sera sûrement un chef-d'œuvre, au moins technique. L'aventure façon Bonnie and Clyde de Jason et Lucia s'annonce d'ores et déjà comme l'histoire la plus ambitieuse jamais écrite par Rockstar. Mais depuis plus de dix ans, votre cerveau a construit un monument si démesuré que la réalité ne pourra jamais l'atteindre.
Le jeu parfait de votre imagination, sans aucune limite technique ou matérielle, n'existe pas. C’est pour cette raison exacte que le château de cartes finira par être détruit et vous serez forcément déçus par Grand Theft Auto 6.