Avant de devenir une occupation dans un open space ennuyeux ou durant de longues après-midis d’enfance, les jeux Windows avaient un objectif plus sérieux qu’il n’y paraît. Derrière les cartes qui rebondissent ou les mines explosées par erreur se cachaient des tutoriels particulièrement ingénieux.
Pour les plus Gandalf d’entre vous, qui ont obtenu leur premier ordinateur au XXe siècle, vous avez vite compris que l’ordinateur ne servait pas seulement à travailler. Lors de la mise sur le marché des PC Windows dans les années 1990, l'entreprise a eu l'idée novatrice de pré-installer des jeux sur ses machines...
On ne présente plus le Solitaire, le Demineur, le Freecell et Purble Place. Ces petits jeux ont accompagné des dizaines de millions d’utilisateurs, au point de devenir des souvenirs aussi précis que le bruit d’un vieux PC au démarrage. Mais leur succès ne tient pas seulement à la nostalgie.
Un apprentissage ludique
Voilà la vérité : à l’époque où l’usage du PC se répandait à vitesse grand V, celui de la souris était bien moins naturel. Et la technologie était plus rustique aussi (rappelez-vous des billes à l’intérieur). Alors, comment apprendre aux nouveaux venus à l’utiliser ? Cliquer, maintenir les touches enfoncées, déplacer un élément, relâcher le clic au bon endroit avec le bon timing : tout cela paraît évident aujourd’hui. Mais à l’époque, il fallait encore apprendre ces gestes. Et plutôt que d’imposer cet apprentissage sous forme de pénible didacticiel, Microsoft a laissé les joueurs — enfin, les utilisateurs — s’entraîner sans s’en rendre compte.
Le meilleur exemple reste le Solitaire. Grâce à ce jeu, les utilisateurs ont compris qu’un objet à l’écran (ici des cartes) pouvait être saisi, déplacé, reposé ailleurs. Apprendre à manipuler une interface graphique sans jamais avoir l’impression de corvée... C'était audacieux de la part de Microsoft, car toutes les générations sur la planète se sont passionnées pour les jeux de cartes et leur diversité.
Partie gagnée de Solitaire sur Windows 3.0

Et l'entreprise a si bien fait le travail que tout le monde garde en tête les cartes en cascade rebondissantes lorsqu’on remporte une partie. D’après Microsoft, en 2020, le jeu faisait partie des applications Windows les plus utilisées, avec 100 millions de connexions quotidiennes.
Avec le Démineur (sorti en 1992 avec Windows 3.1), les équipes visaient un autre objectif : apprendre aux utilisateurs la différence capitale entre le clic gauche et droit. Ils ont bien fait ; combien de fois avons-nous misclick, ruinant tous nos efforts lors d’une partie ? Leçon de dextérité. Clic gauche : dévoiler une case. Clic droit : poser un drapeau sur une case suspecte. C’est tout bête, mais c’est ainsi que la précision et le timing de la souris nous ont été inculqués.
Petit jeu vidéo deviendra grand
Mais au-delà de la nostalgie, ces jeux ont aussi contribué à développer certaines compétences cognitives : mémoire, analyse logique, stratégie, patience.
FreeCell, par exemple, avait quelque chose de plus cérébral. Le jeu de cartes a fait son apparition sous Windows 98 et était plus facile que le Solitaire puisqu'on ne peut pas perdre. Chaque partie donnait l’impression qu’une solution existait quelque part, pour peu qu'on se creuse la tête assez longtemps.
Pour le Démineur, il fallait lire des chiffres, déduire, prendre des risques, émettre des hypothèses. Une pépite sur écran pour les fans de Sudoku-like. Bon, moi, j'étais un enfant trop stupide pour comprendre le jeu et je finissais toujours par rager au bout de quelques clics foireux. Mais sur le papier, l’idée était là : derrière son apparence austère, le jeu demandait une vraie logique.
Capture d'une partie de démineur réussie. Une erreur, et boum !

C’est là que l'importance de ces jeux dépasse le simple apprentissage informatique. Ils pouvaient aussi servir de porte d’entrée vers le monde du jeu vidéo, bien plus vaste que le tapis vert de l’écran cathodique. Ils étaient accessibles à tous, gratuits, déjà installés, jouables sans connexion internet et sans matériel supplémentaire.
L'entreprise qui s'impose
Au fur et à mesure de l’évolution de Windows, ces jeux ont connu plusieurs versions améliorées. Et quand bien même les utilisateurs d’ordinateur maîtrisaient parfaitement les accessoires accompagnant l’écran, les jeux sont restés. Probablement parce que les utilisateurs s’y étaient attachés.
Ils ont beau être au summum de la simplicité, ces petits jeux ont participé à imposer Windows comme l’environnement informatique de référence dans les années 2000. Ils ont appris à des millions de personnes à manipuler un ordinateur, à apprivoiser une interface et à considérer le PC comme autre chose qu’une machine réservée au travail.
L'usine de gâteaux était sans doute le meilleur mini-jeu de Purble Place, destiné aux enfants. Splortch faisait le glacage.

Aujourd’hui, Windows encore le Solitaire et quelques petits mini-jeux, mais exit le Démineur et Purble Place. Ce qui m’a fait découvrir avec effarement et mélancolie ce jeu de mon enfance (2007, via Windows Vista), est devenu payant sur Steam.