En 1988 sort la Mega Drive au Japon. Troisième console de salon de SEGA, elle s’est vendue à environ 40 millions d’unités, ce qui la place derrière les 50 millions de la Super Nintendo au sein de la génération 16-bits. Mais derrière l’immense succès du premier jeu Sonic se cache un titre… plus qu’oubliable.
Rendons-nous au pays du Soleil levant, à la fin des années 1980. Frustré par le semi-échec de la Master System, SEGA mobilise toutes ses ressources pour lancer sa première console 16-bits : la Mega Drive, ou la Genesis pour les Américains (ils veulent toujours être différents, ceux-là…). Mais à sa sortie, elle dispose d’une ludothèque… assez modeste.
Les 3 titres qui ouvrent le bal ne sont que des portages de jeux d’arcade déjà existants. Il lui faut alors une exclusivité ! C’est dans ce contexte que débarque en 1988, le jour de Noël, Osomatsu-kun: Hachamecha Gekijō (= Théâtre de l'absurde). Un cadeau qui se révèle être empoisonné…

Un jeu perçu comme une insulte à l’oeuvre originale
Cette “œuvre” n’a pas quitté les frontières japonaises, raison pour laquelle sa fiche n’existe pas sur notre site. Et vous pouvez vous estimer heureux de ne jamais avoir mis les mains dessus, tant il est médiocre (pour ne pas dire désastreux).
À l’origine, Osomatsu-kun est un manga publié dans le Weekly Shōnen Sunday dans les années 1960. Il met en scène les histoires quotidiennes mouvementées d’un groupe de sextuplés japonais et de leur entourage. Les frères Matsuno sont physiquement identiques, mais se différencient par leurs personnalités. Et au Japon, ça cartonne ! Deux animes adaptent le manga sous le même titre, l’un en 1966 et l’autre en 1988, puis un reboot intitulé Osomatsu-san est diffusé à partir de 2015.
Justement, c’est pendant la diffusion du second anime que sort ce jeu de plateforme en exclusivité sur Mega Drive. 3 niveaux, 10 minutes pour le finir : malgré des visuels qui collent étonnamment bien à l'œuvre originale, le gameplay est si ennuyeux qu’il rend le jeu désagréable à parcourir. Ajoutez à cela d'énormes bugs et un level design terrible, et vous obtenez l’un des pires jeux SEGA jamais conçus. Mais comment un tel échec a pu se produire ?
Le coup de sang n’était peut-être pas nécessaire
Eh bien, tout s’explique par son développement chaotique. Les développeurs de SEGA décident de montrer un prototype de leur création à Fujio Akatsuka, créateur du manga original et réputé pour être fermement opposé aux jeux vidéo. Et ça ne loupe pas : ce dernier se met tellement en colère qu’il prend un cendrier en verre assez lourd et le jette directement à la tête des développeurs ! Les équipes de SEGA, traumatisées par l’événement, s’empressent de finir le jeu pour pouvoir quitter le projet, laissant derrière elles ce qu’on peut clairement qualifier de bouse monumentale.

Et si on parle de "bouse", c'est parce qu'en japonais, les pires jeux vidéo qui n’aient jamais existé sont regroupés sous le nom de “kusoge”, ce qui signifie littéralement “jeu mer*ique”... et Osomatsu-kun: Hachamecha Gekijō est certainement en haut de la liste.
Mais ironiquement, la première exclusivité Mega Drive finit par devenir culte au Japon, de la même manière que des jeux foncièrement mauvais comme Cory in the House, Big Rigs ou Dr. Jekyll and Mr. Hyde (NES, 1988) ont gagné en popularité des années après. Comme quoi, ça valait le coup de se prendre un cendrier dans la tête !