Comme chacun le sait, la Dreamcast de SEGA est morte avant d’avoir vraiment eu le temps de montrer tout son potentiel, ce qui a largement contribué à sa légende. En avance sur son temps en ce qui concerne le jeu en ligne et dotée de titres devenus cultes avec le temps, la machine s’est heurtée à deux problèmes : les comptes de SEGA et la menace PlayStation 2. Mais il y a 28 ans, tout le monde y croyait, ou presque !
SEGA : champion du monde en 1998 ?
Chers lecteurs, accrochez-vous : en cette période de Coupe du monde, nous allons voyager en 1998. Pas en France pour encourager les Bleus, non, mais au Japon, afin de revivre la présentation fascinante de la Dreamcast. Le 21 mai 1998, SEGA invite la presse mondiale ainsi que les grandes compagnies de la tech à un événement intitulé “New Challenge”. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les murs de l’hôtel New Otani tremblent quand Shoichiro Irimajiri, le président de SEGA de l’époque, révèle au monde entier l’existence de la Dreamcast.

Alors que le groupe japonais sort d’une mésaventure coûteuse à cause de la Saturn, la presse voit débarquer un SEGA conquérant, presque revanchard. "Aujourd'hui, nous allons vous présenter la Dreamcast et SEGA va envoyer un nouveau message au monde", prophétise Irimajiri. Devant 1 500 personnes, le groupe fait l’éloge de son hardware avec son processeur 128 bits pouvant afficher 3,5 millions de polygones non texturés par seconde, ses 16 Mo de RAM, son processeur sonore 32 bits… ne rigolez pas, en 1998, ça relève de la science-fiction !
La présentation s’attarde également sur deux points importants, deux points qui rapprochent la Dreamcast du monde des PC. Le premier, c’est la possibilité pour les développeurs d’utiliser Windows CE pour produire des jeux sur la machine. Bill Gates est d’ailleurs présent dans une vidéo afin d’annoncer la bonne nouvelle, premier pas de Microsoft dans le monde des consoles avant la Xbox. Le second, c’est l’officialisation de l’intégration d’un modem directement dans la machine, permettant de jouer en ligne en connectant le système à une ligne téléphonique.

Une démo qui fait tourner des têtes !
En proposant une machine capable d’apporter du multi en ligne (ou à quatre en local), le tout avec des graphismes magnifiques, SEGA marque les esprits. Histoire d’aller plus loin dans la spirale orange de mandales, le constructeur diffuse deux démos techniques renversantes. Il y a celle connue sous le nom de Babylone, spécialement conçue par Yu Suzuki (Shenmue), où l’on se balade dans une ville aux détails saisissants de réalisme. “Techniquement, SEGA a réussi son coup”, lit-on dans le numéro 78 de Consoles +.
L’autre démo s’imposera par la suite comme celle dont tout le monde parlera. Réalisée par Tetsuya Mizuguchi (REZ) et la Sonic Team, elle s’inspire d’une ancienne démo technique que l’on retrouvera finalement, d’une certaine manière, dans Mario 64, avec cette tête de Mario aux multiples expressions faciales. Lors de l’événement New Challenge, c’est cette fois-ci la tête de Shoichiro Irimajiri qui assure le spectacle !
Ce "clin d'œil ironique" à la Nintendo 64, comme le souligne Consoles +, envoie du pâté. "La qualité de la 3D, des textures, des éclairages et de l'animation place la barre très haut", souligne le magazine, qui ajoute que "les expressions humaines" sont "parfaitement bien rendues". Les bonnes impressions sont partagées par Consoles News (n°24), qui parle de “grosse claque dans la tronche”, pour ce qui a tout l’air d’être une “machine de rêve”. Oui, au mois de mai 1998, la Dreamcast réussit son opération séduction.
Du côté des développeurs présents dans la salle ce jour-là, nous retrouvons un certain Hideo Kojima. Le papa de Metal Gear Solid explique que, même s’il adore le réalisme visuel, ce sont les interactions entre humains – grâce au jeu en ligne – qui l'intéressent le plus. Malheureusement, aucun jeu de Kojima ne sortira sur Dreamcast. À vrai dire, quelques grands éditeurs tels que Electronic Arts, Square, Enix, Konami ou encore Namco bouderont la console de SEGA. Ces géants ont, comme beaucoup de joueurs, leur regard déjà tourné vers ce que Sony fera après sa PlayStation…