Le jeu vidéo : un loisir de luxe face à l'augmentation des prix des consoles et des jeux

Titre original : Le jeu vidéo est-il en train de devenir un loisir de riche ?

Ici, nous ne parlons pas de pièces d’or à la taverne ou de notre poids en gemmes dans un RPG, mais de l’acquisition bien réel de plus en plus difficile de jeux, de consoles et de manettes. Il faut se rendre à l’évidence : le commun des mortels ne peut plus se permettre financière d’acheter toutes les dernières nouveautés du monde du jeu vidéo. Alors est ce que le monde du jeu vidéo ne deviendrait pas un peu trop élitiste ?

L’annonce de Microsoft pour une énième hausse des prix des Xbox Series X/S de 100 à 150$, la même chose pour Sony avec sa PS5, la Steam Machine qui dépasse largement les 1000 euros pour l’entrée de gamme et Nintendo qui augmente le prix de la Switch 2 en septembre : ça fait beaucoup, là non ?

Pourtant, l'inflation ne suffit pas toujours à expliquer la flambée des prix telle qu’elle nous est présentée. En somme, le prix augmente alors que le pouvoir d’achat diminue. Et les consoles ne sont pas des biens essentiels aux foyers. Alors les consoles et les jeux sont en train de devenir des produits de luxe au sens économique du terme : des produits que tout le monde ne peut plus se permettre au même moment.


Jouer, c'était moins cher avant ? Pas forcément !

Remontons un peu la Wayback Machine pour découvrir les prix des consoles d’antan et pour vérifier si “cété mieu avan”. Surprenant : les Switch, PS5 et Xbox One ne sont pas les consoles les plus chères de l’histoire lorsqu’elles sont sorties. Trois sont au dessus : la Saturn, la PS2 et la première Xbox. Ces trois consoles étaient très coûteuses à leur lancement (avec indexation à l’inflation). Mais à partir de ce simple fait se constatent plusieurs (immenses) nuances qui compliquent cette histoire de prix.

La PlayStation 2 (2000) ne se vendait pas uniquement comme une console, mais aussi comme un lecteur DVD, système très recherché à sa sortie. Donc pour beaucoup de foyers, le “double achat” passait mieux. Et pour la première Xbox, c'était une machine bien plus performante que les autres à sa sortie, devant les consoles lambda.

Toute première Xbox, sortie en 2001

Le jeu vidéo est-il en train de devenir un loisir de riche ?

Si on remonte encore plus dans le temps, à l’époque des premières consoles, les cartouches étaient nouvelles et encombrantes donc coûteuses à développer. On vendait autant le jeu que la technologie du jeu en elle-même. Une cartouche de SNES ou Nintendo 64 avait quelque chose de physique qui en valait le prix.

De plus, les firmes pouvaient se permettre de vendre à perte (coût de fabrication supérieur au prix de vente) car elles préféraient toucher des royalties sur les jeux vendus sur les consoles. Le développement de nouvelles licences était en plein boom et en pleine conquête de son public, à une époque où les marques avaient un meilleur contrôle et l’exclusivité sur chacun de leurs jeux.

Ajoutons à cela la disparition progressive des “bundles” : des packs où des accessoires et des jeux venaient avec la console. Prenons la NES de 1985. Son Action Set, le bundle le plus vendu aux États-Unis à sa sortie, pouvait contenir : Super Mario Bros, deux manettes, un Zapper et la console. Tout ça se vendait 179 dollars de l’époque, soit environ 450€ aujourd’hui. Toujours moins cher que la dernière console de Nintendo à son prix de départ de 469€. Et encore : à l’époque, la distribution et l’exportation coûtaient aussi plus cher. Donc OK : c’était cher, mais on en avait pour son argent.

Action Set original

Le jeu vidéo est-il en train de devenir un loisir de riche ?

Et le point le plus important : le prix des consoles descendait extrêmement vite après le boom de leur sortie ! Un an et demi après son arrivée en Europe, Nintendo avait baissé le prix de la Gamecube de moitié. La PlayStation 1 avait perdu 100$ en un an. La PS2 baissait régulièrement et quelques semaines après sa sortie, Microsoft avait même enlevé 180€ au prix de la première Xbox.

Du coup, le prix relativement élevé des anciennes consoles ne durait souvent que quelques semaines ou quelques mois. Et aujourd’hui… c’est l’inverse. Plus une console next gen vieillit, plus elle prend de la valeur… mais pas par les collectionneurs ! Et rappelons-nous que les consoles citées plus haut n’ont pas atteint leurs objectifs de vente, car le prix élevé a été un frein malgré tout. La PS3 et la Saturn (paix à son âme) en sont de bons exemples.


Il n'y a pas que les consoles qui montent de prix

Aujourd'hui, vous venez d’acheter une nouvelle console. Félicitations ! Avez-vous les moyens d’y jouer ? Et voilà. Les ludothèques restent aussi un problème. Des achats plus chers, oui, mais surtout plus récurrents. Nous connaissons tous le problème des DLC. Eh bien oui, puisqu’il n’y avait pas forcément Internet ou de contenu téléchargeable plus tard dans le temps, fournir un jeu semi-complet à sa sortie était impensable, car impossible. Payer pour débloquer de nouvelles armes ou zones ? Indécent avant les années 2010.

Aujourd’hui, l’industrie a trouvé un bon filon à exploiter jusqu’au bout chez les joueurs avides et un peu trop fans de certains titres qui n’hésitent pas à craquer leur PEL pour du contenu additionnel. Les early access payants, les éditions Gold, Premium etc, sont du même arbre familial 'prétexte pour payer’ que l'on ne connaît que trop bien aujourd'hui.

Le jeu vidéo est-il en train de devenir un loisir de riche ?

En faisant payer plus cher, les développeurs renforcent le sentiment chez les joueurs d’en avoir pour leur argent, ce qui fait mieux passer la pilule, avec un petit cadeau exclusif pour ceux qui l’ont payé. Et ça marche, parce que pour une grande partie des licences, elles ont un public ancré, avec qui il a grandi, attaché à l’univers. Les développeurs poussent donc cette logique du “dépenser sans compter” parce que ça rapporte, tout bonnement.

'''Ils s’entêtent donc aussi à maintenir le prix de certains jeux qui ont connu le succès assez haut, pour continuer le profit... et ils y parviennent ! God of War : Ragnarok ou The Last of Us Part II sont tous les deux sortis il y a 4 ans et leur prix est toujours de 80€. Super Mario Odyssey pour parler Switch, est à 60€, huit ans après sa sortie sur le Nintendo E-Shop. Même en dématérialisé.

80€, c'est une journée de salaire au SMIC. Je préfère manger ce mois-ci

Le jeu vidéo est-il en train de devenir un loisir de riche ?

Bah oui, ça coûte aussi moins cher de proposer une version en ligne d’un titre. Concevoir un design de cartouche/CD, son emballage, le fabriquer (avec un coût de composant en forte hausse, nous y reviendrons) puis le distribuer sur le globe… ou bien appuyer sur un bouton pour le proposer en ligne.

La question est vite répondue pour les mastodontes que sont Nintendo, Sony et Microsoft. Sauf que les joueurs perdent le sentiment d’appartenance du jeu et de ne pas pouvoir en disposer comme bon lui semble. Le moyen "classique" de jouer se perd. De plus, le marché des jeux d’occasion se retrouve aussi fortement impacté sans cartouches… donc l’on se retrouve obligé de payer les prix conseillés par les éditeurs, c’est là le moindre défaut du numérique. La magouille est impossible.


Pourquoi le prix monte toujours ?

Les causes de cette hausse sont multiples. Les marques plaident premièrement l’inflation depuis les années 2020, d’abord avec l’essor de l’IA. Le secteur a connu une flambée du coût des composants électroniques, notamment de la mémoire vive. La demande massive générée par les centres de données dédiés à l’IA exerce une forte pression sur les capacités de production mondiales.

Le contexte géopolitique des pays exportateurs de composants (guerre en Ukraine ou tensions sur les droits de douane aux Etats-Unis) secouent beaucoup importations et exportations.. .et le porte-monnaie des joueurs par ricochet. Le Covid est aussi passé par là, avec la mise en pause des chaînes de production et une lente récupération, ce qui a provoqué des ruptures de stock. Et ce que tout économiste (au moins de bas étage) c’est que tout ce qui est rare devient cher.

Le jeu vidéo est-il en train de devenir un loisir de riche ?

Les consoles modernes demandent aussi de plus gros investissements. Les constructeurs sont plus dépendants de leurs investisseurs, de leurs marges, de leurs objectifs financiers. Depuis les années 2000, les budgets des jeux ont explosé. Les studios ferment à la chaîne, les équipes grossissent, faiblissent, les cycles de production s’étirent, les AAA demandent des années de travail, des centaines de personnes, du marketing mondial, des doublages dans plusieurs langues, des patchs, des modes performance, de l’accessibilité, parfois du service en ligne pendant des années. Tout coûte plus cher.


Une pléthore de choix pour compenser la hausse des prix

Mais bonne nouvelle : le jeu n’est un loisir de riche que si l’on montre une seule manière de jouer. Rassurons donc nous, paysans Lvl.1 sans le sou que nous sommes, car aujourd'hui, il faut admettre que l’accès au jeu vidéo n’a jamais été aussi simple.

Il y a un paradoxe énorme : pendant que les consoles approchent des prix délirants et que les jeux AAA passent à 80 ou 100 euros, un joueur peut aussi télécharger Fortnite, Roblox, Genshin Impact, Counter-Strike 2, Dota 2, League of Legends, Valorant, Warframe, Apex Legends ou des dizaines d’autres jeux sans payer l’entrée.

Steam regorge aussi de jeux gratuits de qualité, de Counter-Strike 2 à Dota 2, en passant par Destiny 2 ou des expériences narratives gratuites. Ok, il faudra alors attendre un peu plus longtemps pour accéder à du contenu, voire s’en priver un minimum, mais il faut faire ses choix. Les abonnements, aussi critiquables soient-ils, restent tout de même un bon argument d’accessibilité. Payer le GamePass de Xbox permet de découvrir en quasi-illimité tous les jeux de la console. Encore faut-il que son prix reste stable...

Le jeu vidéo est-il en train de devenir un loisir de riche ?

Le choix de la plateforme compte aussi : en 2026, nous avons tous un smartphone ! Donc bon. Le jeu mobile a le mérite de rendre le monde vidéoludique accessible à tous. Après, il faut nuancer : le free-to-play repose bien souvent sur des micro-transactions et beaucoup, beaucoup de publicité. L'absence de prix d’entrée ne signifie pas absence de stratégie commerciale.

Mais notre meilleure recommandation reste les jeux indépendants de grosses boîtes, dont le prix dépasse rarement les 20€. Contrairement il y a 20 ans, durant l’éternelle “guerre des consoles”, ces jeux ne constituent plus une niche du genre. Ils peuvent représenter une formidable expérience, récompensée même. Les jeux AAA deviennent un luxe, l’indé une pépite populaire.

Le problème n’est donc pas seulement l’accès au jeu vidéo. Mais l’accès au jeu vidéo premium. Sa version, la plus commentée, immédiate, la plus marketée et récompensée. Alors gamers de tous les pays, unissons-nous.