Un jeu vidéo remboursé par l'Assurance Maladie pour aider les enfants dyslexiques : la thérapie numérique Poppins

Titre original : Ce jeu vidéo sera bientôt remboursé par l'Assurance Maladie, preuve que les jeux sont bons pour la santé

En France, une application qui reprend les codes du jeu vidéo sera bientôt prise en charge par l’Assurance Maladie pour accompagner les enfants dyslexiques. Une décision rare, qui fait entrer le jeu vidéo dans le parcours de soins sans pour autant le transformer en traitement miracle.

Pendant longtemps, le jeu vidéo a surtout été accusé de voler du temps de sommeil, d’éloigner les enfants de leurs devoirs, voire de les rendre violents. Mais ce regard porté sur ce média évolue peu à peu. Ce 23 juin, la Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu un avis favorable au remboursement anticipé par l’Assurance Maladie de Poppins, un jeu thérapeutique pensé pour aider les enfants dyslexiques âgés de 7 à 11 ans. Si le Ministère de la Santé suit cet avis, la prise en charge deviendra effective dès l’automne 2026.

Il ne s’agit pas d’un jeu vidéo au sens traditionnel du terme, mais d’une thérapie numérique : un dispositif médical validé cliniquement qui doit obligatoirement se faire en parallèle de séances d'orthophonie. Mais Poppins reste un jeu. L’ordonnance pourra prescrire des mini-jeux avec une progression valorisée par des trophées ou des éléments de personnalisation de son avatar, un univers dynamique et coloré peuplé de petits personnages mignons ou encore des niveaux sous forme de jeu de plateforme 2D. Cette gamification de la rééducation thérapeutique permet de rendre plus accessible un entraînement, qui lui, relève bien du soin.

Ce jeu vidéo sera bientôt remboursé par l'Assurance Maladie, preuve que les jeux sont bons pour la santé

Jouer pour travailler les mots

Poppins propose des exercices autour de la lecture, de la coordination, de la synchronisation, du langage écrit, ou encore du rythme. L’objectif est d’aider les enfants atteints de dyslexie à entraîner certaines compétences mobilisées lorsqu’ils lisent. Le principe est simple : transformer des exercices répétitifs en activités ludiques de 2 à 3 minutes chacune, pour que l’enfant puisse s’entraîner plus régulièrement à domicile.

Les sessions sont limitées à 20 minutes et doivent être réalisées 3 à 5 fois par semaine. L’application se coupe automatiquement à la fin du temps imparti, une précaution médicale qui tranche avec l’image souvent associée au jeu vidéo. Les parents peuvent suivre les exercices effectués et consulter les progrès via une fenêtre de l'application qui leur est dédiée.

Poppins n'est donc pas la réponse à tout (l’application le précise elle-même : elle ne remplace ni un suivi orthophonique ni un suivi médical). Il est conçu comme un relais entre les rendez-vous, et non comme un substitut à l’orthophonie. Pour être remboursées, les familles devront fournir une prescription médicale de trois mois renouvelables et justifier d’une rééducation orthophonique régulière.

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Un coup de pouce, pas une solution miracle

L'efficacité de l’application a fait l’objet de plusieurs évaluations scientifiques entre 2021 et 2023, dont l’une publiée dans la revue scientifique Scientific Reports, et l’autre sur le réseau social dédié à la recherche Research Gate (partiellement financée par le gouvernement Français).

Ces études n’ont pas mis en évidence d’amélioration significative du décodage de pseudo-mots ("faux mots" que les enfants dyslexiques prennent pour de vrais mots). Elles révèlent, en revanche, des progrès en vitesse et en précision de lecture. Ces publications indiquent aussi que l'usage de Poppins pourrait être bénéfique pour d’autres troubles neuro-développementaux tels que le TDAH et des troubles du langage.

« Ces essais ont montré que les enfants qui utilisaient Poppins en complément progressaient mieux qui ceux qui suivaient uniquement une rééducation orthophonique » Catherine Grosmaitre, neuropsychologue et responsable du Centre de référence des troubles du langage et des apprentissages de l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP), via Le Figaro

La décision de la Haute Autorité de Santé reste néanmoins marquante. Elle confirme que les mécaniques du jeu peuvent avoir une utilité au-delà du divertissement, lorsqu’elles sont intégrées à un dispositif conçu, évalué et suivi par des professionnels de santé. Ce n’est pas la première thérapie numérique à recevoir un avis favorable en France : l’application Joe, destinée à accompagner des enfants asthmatiques, avait déjà franchi une étape similaire au printemps dernier.