Chose promise, chose due… malheureusement. Asha Sharma, la patronne de XBOX, avait annoncé un “reset” du segment Gaming de Microsoft ainsi que “des décisions difficiles” à prendre. En langage d’entreprise, ça veut dire beaucoup de licenciements. Les chiffres sont tombés, les explications aussi. Voici ce qu’il faut retenir de la restructuration de la marque américaine.
3 200 licenciements (!) entre maintenant et le 30 juin 2027
Le chiffre donne le tournis et il est à la hauteur du “carnage” annoncé. La firme américaine se sépare de 3 200 de ses employés : 1 600 dès cette semaine, et 1 600 autres au cours de l’année fiscale de Microsoft qui se termine le 30 juin 2027. Vous avez bien lu : cela signifie que de nombreuses personnes vont continuer à travailler sans savoir si le couperet va tomber.
Quand bien même Asha Sharma parlerait de décisions “difficiles à accepter” qui vont toucher “des personnes qui ont apporté leur créativité”, la nouvelle boss de XBOX ne fait pas de sentiment. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a été mise à cette place par Satya Nadella. Son job, c’est de redresser la barre de la division Gaming, division gaming dont les marges sont “3 à 10 fois inférieures” à celles de ses concurrents, explique Sharma. “Nous avons perdu 64 cents pour chaque dollar investi”, précise-t-elle.
Si nous n’avons pas encore tous les détails sur les entités les plus touchées par ces licenciements, nous savons que des studios tels que Obsidian, id Software ou encore ZeniMax Online ont particulièrement souffert de ces renvois.

Le tour de passe-passe : aucun studio n’est fermé
La nouvelle un petit peu moins mauvaise de ce “reset” de XBOX, c’est que les fermetures de studios n’ont finalement pas eu lieu. Compulsion Games (South of Midnight) et Double Fine (Psychonauts) retrouvent leur indépendance ainsi que toutes leurs licences, tandis que Ninja Theory et Undead Labs ont un nouveau propriétaire (pour le moment inconnu). Arkane Lyon (Dishonored), de son côté, “examine différentes options stratégiques”.
Certes, l'indépendance retrouvée, c'est mieux que la fermeture ! Cependant, ça remet les studios dans des situations qu'ils voulaient fuir en devenant first-party. Celles et ceux qui suivent les péripéties de Double Fine savent à quel point Tim Schafer a tout fait pour éviter de courir après les financements. L’industrie du jeu vidéo étant ce qu’elle est aujourd’hui, il va falloir beaucoup de courage à ces studios.
Si vous vous posez la question, non, aucun projet précédemment annoncé par Microsoft n’est annulé. Ceci étant dit, nous savons que le fameux “Project Fantasy” de IO Interactive, financé par XBOX, a été récemment annulé (avant d’être dévoilé). Pour le moment, en tout cas, nous devrions bien pouvoir jouer un jour à OD de Kojima. Il n’y a pas d’autres changements à signaler : Matt Booty, le Chief Content Officer de la marque, reste fidèle au poste.

Une situation calamiteuse provoquée par Phil Spencer ?
Pourquoi la situation de XBOX est si compliquée ? Asha Sharma pointe les trois points clés de la politique de Phil Spencer comme la source de tous les maux. Ainsi, le Game Pass, le multiplateforme, et les rachats de studios n’auraient pas généré de valeur significative et n’auraient pas apporté la croissance escomptée. “Nous avons également constaté que nous ne sommes pas la meilleure plateforme pour tous les types de studios”, reconnaît Asha Sharma.
Au sujet du multiplateforme, Microsoft a déjà répété à plusieurs reprises son souhait de revenir aux exclusivités. Asha Sharma a ajouté chez Fortune que les consoles représentent 80 % du business de XBOX... il semble donc inconcevable de voir le géant les abandonner. En ce qui concerne les studios jugés trop nombreux, la firme de Redmond vient de se séparer de quatre développeurs, en attendant de trouver une solution pour Arkane Lyon. Et le Game Pass ? Nous ne savons pas ce qui attend le célèbre service de jeux. Les sorties en day one des titres first-party pourraient-elles être retirées ?

Travailler vite et bien vite
Asha Sharma avait laissé entendre qu’un des problèmes de XBOX reposait sur sa structure tentaculaire qui nécessitait validations sur validations. Ce grand remaniement a également pour objectif de permettre des décisions plus rapides. La marque espère passer de 14 niveaux hiérarchiques à 5 maximum, histoire de gagner en efficacité… mais aussi de mieux dégager des responsabilités.
Dans cette optique de gérer plus efficacement avec moins d’intermédiaires les assets de XBOX, Asha Sharma va directement gérer Mojang et King, les créateurs de Minecraft et de Candy Crush. Nul doute que dans l’envie de la direction d’atteindre “le milliard de joueurs par jour”, ces deux studios auront un rôle crucial. Afin de s’assurer une exécution optimale, Asha Sharma nomme Helen Chiang au tout nouveau poste de directrice des opérations. Sa tâche est de veiller à ce que les résultats de XBOX soient conformes aux attentes. Bonne chance !

Bon alors, c’est positif ou c’est négatif tout ça ?
Bien que Microsoft évite cette fois-ci de fermer les studios rachetés au fil des années, ce qui est la meilleure des solutions dans le scénario du pire, on ne peut que déplorer le nombre hallucinant de licenciements annoncés. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il y a encore beaucoup de zones d’ombre sur qui – et quoi – est le plus durement touché en interne. Le nombre de personnes mises à pied et la séparation avec cinq studios ne font que mettre en lumière les mauvaises décisions de Microsoft au fil des années.
Les choix d’Asha Sharma sont donc discutables, d’autant plus qu’à part les promesses de faire de XBOX “la plateforme où le monde joue et crée”, nous n’avons rien de vraiment concret à nous mettre sous la dent. Nous comprenons que la marque va se concentrer sur ses licences fortes, mais c’est à peu près tout. N’y avait-il vraiment aucun moyen de garder des studios tels que Double Fine, Ninja Theory ou Arkane, pour ne citer qu’eux ? Quitte à voir s’il ne peuvent pas se charger de licences XBOX en dormance ?

“Cette année, nous investirons autant dans Xbox que jamais auparavant, mais avec une stratégie plus ciblée, plus rigoureuse et plus claire”, promet celle qui a remplacé Phil Spencer dans une lettre adressée aux employés. Elle conclut : “nous renouerons avec la croissance en 2027”. À l’Ouest, rien de nouveau : les emplois disparaissent tandis que les objectifs financiers – intenables ? – demeurent.