De l'énigme cinématographique à la vérité judiciaire : la résolution du mystère des meurtres de Hwaseong

Titre original : À la sortie de ce film en 2003, personne ne savait qui était l'auteur des crimes perpétrés. En 2019, l'histoire a enfin pu connaître une conclusion

En 2003, le cinéaste Bong Joon Ho marquait le public avec Memories of Murder, un thriller policier poignant inspiré d’une effroyable histoire vraie. À cette époque, le véritable tueur en série courait toujours, avant qu’un rebondissement historique en 2019 ne vienne clore définitivement l’affaire.

Le regard caméra qui fixait un monstre invisible

Le cinéma a parfois le pouvoir de briser le quatrième mur, avec une mise en abyme, pour interpeller directement la réalité. C’est exactement le pari qu'avait tenté Bong Joon Ho lors du tournage de son chef-d'œuvre en 2002. Le film retrace la traque obsessionnelle et infructueuse d'un tueur en série qui a terrorisé la ville de Hwaseong entre 1986 et 1991, violant et assassinant dix femmes âgées de 13 à 71 ans. Pour l'enquête, la police sud-coréenne a déployé des moyens titanesques, mobilisant plus de 300 000 policiers et interrogeant des milliers de suspects, en vain.

À l'époque de la sortie en salles, l'identité du coupable demeurait un mystère absolu. C'est ce qui a motivé la création de la scène finale, devenue légendaire, où l'inspecteur incarné par l'acteur Song Kang-Ho fixe intensément la caméra. Lors d'une rencontre au Festival de Cannes, Bong Joon Ho s'était confié sur cette ultime image :

Lorsque nous tournions le film, en 2002, le tueur n'avait pas encore été arrêté. On s'est dit : si ça se trouve, il ira peut-être voir le film en salle. Ce regard de l'inspecteur face caméra, c'était une volonté de ma part de créer un face-à-face entre l'inspecteur et le criminel, s'il venait voir le film dans une salle de cinéma.

Quand la science rattrape l'horreur

L'histoire aurait pu s'arrêter sur ce constat d'échec dramatique, mais la science a fini par rattraper le passé. En septembre 2019, soit seize ans après la sortie du long-métrage, l'agence de police provinciale de Gyeonggi Nambu a fait une annonce fracassante. Grâce aux progrès des analyses criminelles, les autorités ont pu faire correspondre des traces d'ADN prélevées sur les sous-vêtements de l'une des victimes avec celles d'un homme de 56 ans, Lee Choon-jae.

L'ironie du sort veut que cet homme n'était pas en liberté : il purgeait déjà une peine de prison à perpétuité depuis 1994 pour le viol et le meurtre de sa belle-sœur. Confronté aux preuves scientifiques, Lee Choon-jae a fini par avouer l'intégralité des dix meurtres de Hwaseong, ainsi que cinq autres homicides commis durant la même période.

La résolution de cette affaire a provoqué un immense choc en Corée du Sud, mêlant le soulagement à une certaine frustration judiciaire. En effet, le délai de prescription pour ces crimes ayant expiré en avril 2006, Lee Choon-jae ne peut plus être poursuivi ni condamné pour les meurtres mis en scène dans le film. Par ailleurs, cette découverte a mis en lumière une terrible erreur judiciaire : un jeune homme handicapé, Yoon Sung-yeo, avait été torturé par la police en 1989 pour extorquer de faux aveux et a passé vingt ans en prison avant d'être innocenté et indemnisé en 2020.