On le sait, transposer la magie de l’animation japonaise sur grand écran avec de vrais acteurs est un exercice périlleux, pour ne pas dire un authentique champ de mines. Après des années de rumeurs et de faux départs, le couperet est tombé : le célèbre manga Naruto s’apprête enfin à faire le grand saut vers le cinéma en prises de vues réelles. Si le créateur Masashi Kishimoto crie au miracle, de mon côté, la peur de voir mon ninja orange préféré dénaturé par les codes d’Hollywood l’emporte largement sur l’excitation.
Naruto le film : une arlésienne qui devient réalité
Les dossiers qui traînent dans les tiroirs des studios finissent parfois par en sortir, pour le meilleur ou pour le pire. Cela fait maintenant plus de dix ans que la maison de production Lionsgate détient les droits d'adaptation du chef-d'œuvre de Masashi Kishimoto. Après une très longue période d'incertitude, les choses s'accélèrent enfin puisque le réalisateur Destin Daniel Cretton, notamment connu pour Shang-Chi, vient tout juste de lancer officiellement le casting international pour composer la mythique Équipe 7 : Naruto, Sasuke et Sakura.
Le réalisateur ne cache pas son enthousiasme face à l'immensité de la tâche qui l'attend. Dans un message partagé sur ses réseaux sociaux, Destin Daniel Cretton s'est réjoui de cette opportunité :
C’est un honneur d’apporter l'univers et les personnages de Kishimoto-sensei sur grand écran en live-action pour la toute première fois. Je suis ravi de lancer cette recherche mondiale de casting pour notre Équipe 7 et de donner vie à l'incroyable univers de Naruto !
De son côté, le papa de Naruto semble flotter sur un petit nuage face à cette adaptation à gros budget. Dans un communiqué relayé par le journaliste Germain Lussier pour Gizmodo, Masashi Kishimoto confie son immense joie :
En ce moment, les miracles s'enchaînent pour moi, les uns après les autres. Mon œuvre, Naruto, devient véritablement un film hollywoodien ! Et un miracle encore plus grand est que le film sera réalisé par le seul et unique Destin Daniel Cretton. J'ai hâte de rencontrer mes personnages dans le film !
Le traumatisme du "goofy" et du plastique
Malgré l'aval du créateur original, je ne peux pas m'empêcher de trembler face à cette annonce. L'histoire récente d'Hollywood nous a prouvé à maintes reprises que les codes visuels du shōnen s'adaptent extrêmement mal à notre monde. Soit les studios tentent d'américaniser l'œuvre jusqu'à l'insulte absolue, à l'image du traumatisant Dragon Ball Evolution, soit ils tentent une fidélité visuelle absolue qui se prend les pieds dans le tapis du ridicule.
L'exemple récent de One Piece sur Netflix illustre parfaitement mon dilemme. Bien que la série ait été saluée pour son respect global de l'œuvre d'Oda, visuellement, le résultat oscillait constamment entre le sympathique et le "cringe". Les perruques ultra-colorées qui font penser à un cosplay de milieu de convention, les décors qui sonnent creux et les effets de textures en plastique rappellent constamment que ces personnages appartiennent au monde du dessin, pas au monde réel. Comment transposer les tenues orange fluo, les cheveux en pics jaunes de Naruto ou la chevelure rose de Sakura sans que cela ne devienne instantanément grotesque dans un blockbuster ?
Des pouvoirs et des expressions impossibles à incarner
Le cœur du problème réside dans la nature même du médium de la bande dessinée japonaise. Un manga repose intrinsèquement sur l'exagération, que ce soit à travers les expressions faciales des personnages, leurs traits de caractères caricaturaux, ou la démesure de leurs techniques de combat. Voir un acteur en chair et en os hurler "Rasengan !" en courant les bras tendus vers l'arrière risque de briser instantanément l'immersion, voire même de gêner toute la salle de cinéma.
La fluidité des combats de ninjas et la gestion des effets spéciaux s'annoncent comme un défi colossal pour le réalisateur. Si les chorégraphies de Shang-Chi étaient réussies, adapter la verticalité, les invocations de crapauds géants ou les transformations en démons à neuf queues demande une gestion des SFX presque impossible à atteindre sans piquer les yeux.
En lançant son casting en ce mois de juillet 2026, la production semble viser un tournage pour 2027 et une sortie probable sur nos écrans à l'horizon 2028. Cela nous laisse donc encore quelques années pour nous préparer psychologiquement à ce choc visuel.