Slay the Spire 2 : Mega Crit privilégie l'art humain sur l'IA pour une expérience authentique

Titre original : Des dessins moches plutôt que l'IA : les développeurs d'un des plus gros succès 2026 ont choisi leur camp

Alors que l’intelligence artificielle générative s’immisce de plus en plus dans la création de jeux vidéo, suscitant régulièrement de vives controverses au sein de la communauté, un studio indépendant très en vue a pris une décision radicale pour son dernier titre. L’équipe de développement opte volontairement pour des ébauches grossières et humoristiques, balayant ainsi toute tentation d’utiliser des outils algorithmiques. Une démarche assumée qui vise autant à préserver l’authenticité artistique qu’à envoyer un message transparent aux joueurs concernant l’état d’avancement du projet

C'est avec Slay the Spire 2, lancé en début d'année en accès anticipé, que le studio Mega Crit a choisi d'illustrer cette philosophie à contre-courant. En refusant de céder aux sirènes de l'intelligence artificielle pour combler les manques visuels temporaires de son titre, l'entreprise veut démontrer qu'une patte graphique humaine conserve une valeur inestimable face aux générateurs d'images automatisés.

"C'est important que ce soit moche"

L'industrie du jeu vidéo traverse une période de turbulences vis-à-vis des nouvelles technologies, de nombreuses productions s'étant attiré les foudres du public après avoir intégré des illustrations générées par des machines. Pour éviter cet écueil et la perte de confiance qui en découle, Casey Yano, le cofondateur de Mega Crit, a expliqué que l'utilisation de visuels volontairement imparfaits était une composante primordiale du développement. Dans un entretien accordé à gamestop, il déclare :

Si on utilise des graphismes qui semblent presque finis, les gens penseraient que ce seront les graphismes définitifs. Il faut que ça ait l’air moche. C’est important que ça ait l’air moche.

Je voulais montrer d’emblée que certains éléments sont incomplets, et je voulais que cela saute aux yeux. Je pense qu’il est en fait assez important, en accès anticipé, que les choses soient manifestement incomplètes. Sinon, les gens jugeraient le jeu comme s’il s’agissait d’une version 1.0, d’un jeu vidéo entièrement abouti.

Il est donc fondamental que ces éléments provisoires aient une apparence manifestement inachevée, rappelant parfois de simples gribouillages. Il ajoute même que, ne pas utiliser l'IA, c'est s'approprier pleinement son travail :

Quand on dessine quoi que ce soit, on trace un millier de traits. Chaque trait n’est pas en soi une décision importante, mais il y a un processus de décision derrière presque chaque trait (...) L’art généré par l’IA a également un aspect très particulier. Pour moi, c’est très étrange. C’est très dense, très coloré et très distinct. Ça ne s’intègre pas au reste du style artistique et c’est tout simplement un manque d’effort évident.

Quelques images de placeholders de Slay the Spire 2.

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L'IA et ses spécificités

Ce n'est pas pour autant que Yano et les équipes de Mega Crit n'utilisent pas l'IA. Dans un premier temps, le cofondateur du studio explique qu'elle est pratique mais pour des tâches qui ne demandent pas la même vision, la même philosophie.

Certains de nos développeurs utilisent l’IA pour la révision de code. C’est un peu comme un correcteur orthographique amélioré. Je m’en sers parfois comme d’un dictionnaire des synonymes un peu plus complet (...) Je pense que la mentalité est très différente, n’est-ce pas ? Quand on écrit du code, on essaie simplement de le faire du mieux possible pour atteindre l’objectif que l’on s’est fixé. Il y a un but final qui est définissable. L’art, ce n’est pas comme ça. C’est une forme d’expression.

Par ailleurs, il explique ne pas être contre l'IA générative. Mais que son studio et de manière générale les studios indépendants ont moins à s'en soucier. Parce qu'ils ne doivent rien et surtout pas de l'argent à personne. Là où d'autres ont peut-être des comptes à rendre : c'est là qu'il suggère que dire "Oui, nous on est pro IA, c'est top" permet d'attirer plus de fond.

Toujours est-il que le débat n'a pas fini de faire couler de l'encre.