Alors que le cinéma négocie le virage de l’intelligence artificielle, l’académie britannique tranche. Les BAFTA autorisent désormais les films conçus avec de l’IA générative à concourir, sous réserve de prouver l’implication créative humaine. Une prise de position qui contraste avec le rejet plus strict d’Hollywood.
L'intelligence artificielle s'infiltre progressivement dans toutes les étapes de fabrication d'un film, du perfectionnement sonore à la génération d'effets visuels. Face à cette évolution fulgurante, les plus grandes institutions du septième art adaptent leurs critères de sélection. L'académie britannique des arts de la télévision et du cinéma (BAFTA) vient de franchir un cap important en mettant à jour son règlement officiel, comme le rapporte The Telegraph, pour cadrer l'usage des technologies génératives.
L'accomplissement humain avant tout
L'académie britannique a intégré une nouvelle clause explicite dans son règlement pour les prochaines compétitions. Désormais, les œuvres recourant à l'IA générative ou à d'autres outils numériques ne sont plus disqualifiées d'office, à condition que la contribution humaine demeure le cœur de la création. L'organisation se réserve le droit de réclamer des précisions sur le degré d'intervention de ces technologies avant de valider une nomination.
Emma Baehr, directrice exécutive des récompenses et des contenus chez BAFTA, rappelle le sens de cette mise à jour :
Les prix sont remis chaque année pour reconnaître, honorer et récompenser les individus pour leur accomplissement humain exceptionnel dans la création, le façonnage et la réalisation du résultat artistique final, quels que soient les outils utilisés pour donner vie à ce travail.
Cette approche permet d'accueillir l'innovation sans fermer la porte aux évolutions techniques actuelles. L'utilisation d'outils numériques pour perfectionner une prestation reste valide, à l'image du comédien Adrien Brody dont l'accent hongrois dans The Brutalist avait été ajusté par IA sans remettre en cause son éligibilité ni sa victoire.

Deux académies, deux philosophies face à l'IA
Le choix britannique tranche nettement avec la posture adoptée de l'autre côté de l'Atlantique. En mai dernier, l'Académie des Oscars (AMPAS) a verrouillé ses règles en interdisant formellement les scénarios et les interprétations générés par IA. Côté britannique, la nuance prévaut : tant qu'un artiste humain pilote la vision créative, l'outil importe peu.
Cependant, cette ouverture comporte des limites strictes. Selon des détails relayés par Variety, l'académie exclut fermement l'idée d'attribuer une récompense à un comédien virtuel ou à une création 100 % automatisée.
Emma Baehr confirme sans ambiguïté la ligne rouge fixée par l'institution :
Ce sera toujours un humain qui récupérera un BAFTA. Nous ne permettrons jamais à un acteur virtuel de l'emporter.
Pour bien visualiser les différences d'approche entre les deux institutions majeures, voici un récapitulatif des règles d'éligibilité :
| BAFTA (Règlement 2027) | Oscars (AMPAS 2026) | |
| Usage de l'IA générative | Autorisé si la création reste humaine | Strictement interdit sur scripts et comédiens |
| Acteurs virtuels (IA) | Exclus de la compétition | Exclus de la compétition |
| Contrôle d'éligibilité | Vérification au cas par cas par le comité | Interdiction catégorique des outils automatisés |
Une initiative saluée mais jugée encore floue
La décision de la BAFTA suscite déjà des débats passionnés au sein de l'industrie cinématographique. Si la recherche de transparence est saluée, plusieurs professionnels regrettent l'absence de critères chiffrés pour mesurer la frontière exacte entre aide technique et création artificielle.
Paul Yates, porte-parole de l'initiative Human Provenance in Film (HPF), livre une analyse mesurée sur la clarté du texte :
L'annonce de la BAFTA ressemble plus à une déclaration d'attente qu'à une politique d'éligibilité claire, ce qui risque de créer de la confusion chez les cinéastes sur ce qu'ils doivent divulguer et comment.
L'industrie du cinéma cherche encore ses repères face à ces nouveaux outils numériques. Si cette mise à jour constitue un premier pas marquant vers la transparence, l'équilibre entre prouesse technique et sensibilité artistique n'a pas fini de faire débat.