Les bienfaits psychologiques des jeux vidéo : l'exemple de Pokémon Pokopia selon le psychiatre Douglas McWilliams

Titre original : Selon ce psychiatre, jouer à ce type de jeux vidéo a des conséquences inattendues sur notre manière d'appréhender la vie.

Et si certains jeux vidéo faisaient plus que nous divertir ? Pour un psychiatre américain, certaines mécaniques de jeu peuvent favoriser des habitudes psychologiques et modifier, à petite échelle, notre manière de penser et d’agir au quotidien.

Les débats autour des effets des jeux vidéo se concentrent souvent sur leurs risques : addiction, isolement ou encore temps d'écran. Pourtant, la recherche scientifique s'intéresse de plus en plus à leurs bienfaits potentiels sur le bien-être psychologique. C'est dans cette perspective que le psychiatre Douglas McWilliams, dans un article publié sur Psychology Today, s'est penché sur Pokémon Pokopia, estimant qu'il constitue un véritable terrain d'entraînement à la psychologie positive.

Acheter Pokémon Pokopia sur Nintendo Switch 2 chez Amazon


Un havre de paix

Si Douglas McWilliams s'est intéressé à Pokopia, ce n'est pas un hasard. Ce cosy game à la croisée de Pokémon et de Minecraft a été pensé pour offrir une expérience résolument apaisante accompagnée d'un flot constant d'encouragements. Le joueur doit redonner vie à un monde abandonné en aidant ses habitants, en construisant des habitats, en nettoyant les environnements et en accomplissant de petites tâches du quotidien. Pour Douglas McWilliams, ce n'est pas seulement son ambiance apaisante qui fait sa force, mais surtout sa conception.

Selon lui, le titre repose sur plusieurs principes bien connus en psychologie positive. Les objectifs sont découpés en petites étapes faciles à accomplir, chaque réussite est immédiatement récompensée, l'échec n'est quasiment jamais puni et le joueur peut avancer à son rythme, sans pression ni peur de manquer un événement limité dans le temps. Cette structure favoriserait l'état de flow, décrit par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, cet état de concentration où l'on est totalement absorbé par une activité.

Crédits : The Pokemon Company

Selon ce psychiatre, jouer à ce type de jeux vidéo a des conséquences inattendues sur notre manière d'appréhender la vie.

Le psychiatre estime également que répéter des comportements positifs dans le jeu, comme aider les autres, instaurer une routine ou décomposer de grands objectifs en petites tâches, pourrait renforcer certains circuits neuronaux et rendre ces comportements plus naturels dans la vie réelle. Il raconte d'ailleurs avoir lui-même ressenti cet effet : après avoir nettoyé une plage virtuelle dans Pokopia, il s'est spontanément mis à ranger son propre sous-sol.

Cette vision trouve un écho chez les joueurs. Sur Reddit, plusieurs expliquent que Pokopia les aide à traverser une période difficile. Certains évoquent une dépression, un trouble obsessionnel compulsif ou même des douleurs chroniques plus supportables. Beaucoup racontent simplement que le jeu leur procure un sentiment d'apaisement, leur permet de "déconnecter le cerveau" après le travail ou remplace avantageusement le défilement sans fin des réseaux sociaux. D'autres parlent même d'un jeu qui les aide à "guérir leur enfant intérieur".

Plus que tout, Pokopia cherche à encourager le joueur. C'est une expérience d'une joie pathologique, un cercle vertueux de renforcement positif extrêmement puissant. Le jeu est imprégné de bonheur et le reflète sur les joueurs à travers un flot ininterrompu d'optimisme et de bonne humeur (...) Comme je l'ai dit plus tôt, la boucle de renforcement positif de ce jeu est phénoménale. Et aussi remarquable soit-il sur le plan de ses mécaniques de jeu, son accomplissement psychologique ne recevra jamais assez d’éloges. - James Stephanie Sterling, via TheJimquisition


Des études qui creusent le même filon

Si Pokopia n'a pas fait l'objet d'une étude scientifique spécifique, plusieurs travaux confortent les mécanismes mis en avant par Douglas McWilliams. Des chercheurs de l'Université d'Hamburg ont par exemple montré qu'une simple partie de Tetris après un événement traumatisant pouvait réduire la fréquence des souvenirs intrusifs associés au stress post-traumatique. L'objectif n'est, bien sûr, pas de remplacer une prise en charge médicale, mais d'utiliser certaines mécaniques cognitives propres au jeu vidéo pour limiter la consolidation de souvenirs traumatiques.

Plus largement, une revue de littérature (synthèse des informations trouvées sur une thématique) menée par l'Université de Limerick conclut que les jeux vidéo peuvent améliorer différents aspects de la santé mentale et devraient être considérés comme un outil complémentaire pour favoriser le bien-être psychologique. Des travaux récents de l'Université de Boston soulignent eux aussi que les effets des jeux vidéo sont bien plus nuancés que l'opposition entre "bons" et "mauvais" jeux, tout dépendant notamment du contexte, du type de jeu et de la manière dont il est utilisé.

Crédits : The Pokemon Company

Selon ce psychiatre, jouer à ce type de jeux vidéo a des conséquences inattendues sur notre manière d'appréhender la vie.

Le même constat ressort d'organisations comme les Nations Unies ou l'Entertainment Software Association, qui mettent en avant le rôle des jeux vidéo dans la réduction du stress, le maintien du lien social et le développement de compétences cognitives. Interrogé par la BBC, le psychologue Nick Ballou, spécialiste du bien-être numérique à l'Oxford Research Institute, rappelle également que les données scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure que les jeux vidéo sont globalement nocifs pour la santé mentale et que leurs effets dépendent avant tout des habitudes de jeu et des besoins de chaque personne.

Autrement dit, Pokopia ne constitue évidemment pas un traitement contre la dépression, l'anxiété ou le burn-out. En revanche, comme le suggère Douglas McWilliams, certains jeux conçus autour de la coopération, de la progression sans pression et du renforcement positif pourraient bien nous apprendre, sans que nous nous en rendions compte, à adopter des réflexes bénéfiques dans notre vie quotidienne.