Entre les tomes de détective Conan, Nana et des Légendaires, dans mon collège, nous avions la chance d’avoir une quinzaine d’ordinateurs, probablement plus vieux que nous. Pour des recherches ? Pas forcément. Pour jouer à des jeux ? Le plus souvent.
En arrivant au collège, j'ai voulu découvrir quelque chose de différent, loin des cours de gym, des cordons bleus brûlés de ma mère et des appareils dentaires. Le fameux CDI me faisait de l'œil, et avec lui, les jeux flash Agar.io et Slither.io
Agar.io, quand tout a commencé
Matheus Valadares n’avait que 19 ans lorsqu’il a publié sur 4Chan une adresse IP pour jouer à un petit jeu simple dans le navigateur. On est une petite cellule qui gobe des unités de couleur pour grossir. Au fur et à mesure, on peut avaler d’autres joueurs et devenir le plus massif de la carte. Sobre, n’est-il pas ? Un mois plus tard, le jeu s’est retrouvé entre les mains de PewDiePie et de Vinesauce, deux Youtubeurs très populaires qui y ont consacré plusieurs vidéos : la machine était lancée.
En quelques semaines, le jeu devient totalement viral et atteint le top des 750 sites les plus visités au monde en juin 2015. On comprend vite pourquoi il a été aussi populaire : il n’y avait besoin d’aucune installation, le classement était en live et une partie durait moins de 10 minutes.
La version mobile, sortie début juillet 2015, s’était d'ailleurs hissée comme application la plus téléchargée sur l’App Store et le Play Store dans 34 pays à l’époque.

Tous, collés aux claviers des Packard Bell, ragions à chaque mort de la petite cellule colorée. Le système de la récompense était en feu. Ces ordinateurs étaient ultra surveillés, mais nous avions la complaisance de la prof-documentaliste Mme S puis M, pour qui la découverte des outils d’apprentissage passait aussi par l’amusement. Au moins le jeu n’était pas violent et il compensait l'absence de Minecraft, qui avait été bloqué sur le réseau de PC de l’école à mon plus grand désarroi. Par ailleurs, beaucoup d'élèves n'avait pas tous le droit (ou le matériel) pour autant de divertissement chez eux.
En rédigeant ces lignes, j’ai d'ailleurs appris avec surprise que ce que je pensais être un simple cercle glissant sur une feuille quadrillée était en fait une petite cellule d’agar-agar grandissant dans une boîte de Petri. Cela fait sens, la culture de bactérie dans ces petites boîtes destinées aux professionnels de laboratoire a longtemps utilisé l’agar, un petit sucre dérivé d’une algue, pour faire pousser les bactéries.
Slither.io, le Snake du XXIe siècle
Même si Agar.io a occupé beacoup de mon temps, je pense quand même avoir passé plus de temps sur Slither.io. Comme beaucoup d’autres jeunes ados à l’époque, j’ai découvert le jeu via deux vidéos de Squeezie sur le sujet (d’autres Youtubeurs en avaient aussi profité). Et Slither a fait mieux qu’Agar.
C’est globalement le même principe que Snake : grandir le plus possible. Sauf que contrairement au petit jeu Nokia, on pouvait jouer en multijoueur - et ça a tout changé. Parce que désormais, on pouvait devenir le plus gros lombric (ou serpent) du serveur et atteindre des tailles colossales au point de faire planter la session - et tant pis si vous n’étiez qu’à quelques points de devenir le plus gros serpent de la map.
En somme, vous gobez des petits points lumineux pour grandir ; et tuez un autre serpent (en lui coupant le passage) pour débloquer une quantité astronomique de points. Le jeu était d’autant plus stressant que l’on pouvait aussi se faire tuer à tout moment par nos congénères, ou se faire voler nos petits points issue de notre victime par d’autres serpents affamés.
Bon appétit !

Comme ça, ça n’a pas l’air de grand chose, mais quand on commence une partie, il est difficile de s’arrêter, surtout pour les ados surglucosés au Caprisun que nous étions. Une heure de permanence ? Nous filions tous immédiatement au CDI pour lancer nos jeux.io.
Jeux à profus.io(n)
Le jeu est sorti début 2016, quelques temps après Agar.io qui avait déjà amorcé le succès fulgurant des jeux.io. Paradoxalement, ils ne ressemblaient pas ou peu aux jeux flash encore plus anciens accessibles sur des sites comme Gamezone ou AbsoluFlash, qui ont bercé l’enfance d'un bon nombre de personnes.
D’autres clones ont rapidement suivi, avec Diep.io où l’on pouvait contrôler un char et détruire des formes géométriques. Paper.io, où l’on parcourait une feuille A4 en dessinant toujours plus loin son espace (et en croquant sur les zones de couleurs des autres joueurs.) Alors oui, c’était basique comme tout, mais n'oublions pas que le Jeu de la Pastèque sorti il y a quelques années suivait strictement le même principe.

Ils étaient les derniers jeux 100% navigateurs pris au sérieux et massivement joués avant que les mastodontes de la fin des années 2010 ne prennent définitivement le dessus. Pour autant, je vous garantis que chaque collégien qui avait cinq minutes devant lui, son téléphone un peu pourri ou le PC du CDI gardera longtemps en mémoire des souvenirs émus de Slither.io ou d’Agar.io