Imaginez un gadget au design douteux, lent à la détente et franchement inutile une fois sorti de sa boîte. Sur le papier, cet objet improbable avait tout du bide industriel parfait. Et pourtant, sans ce curieux morceau de plastique, Nintendo ne s’en serait sans doute jamais relevé.
En 1983, l'industrie américaine du jeu vidéo vient littéralement de se casser la figure. C'est le fameux krach de 1983. À cause d'une montagne de jeux qui ont été des échecs, le public est dégoûté et les magasins de jouets refusent catégoriquement de vendre la moindre « console ». C'est exactement le moment où Nintendo, fraîchement débarqué du Japon avec sa Famicom, veut conquérir les États-Unis. Mais personne ne veut de leur console. Il fallait donc trouver une ruse pour contourner cette paranoïa ambiante et convaincre les vendeurs de laisser une chance à la console. C'est là qu'entre en scène R.O.B.
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Un cheval de Troie en plastique pour infiltrer les magasins
Puisque le mot « console » était devenu un gros mot totalement interdit dans les rayons, Nintendo a réinventé son packaging pour le marché américain. La Famicom rouge et blanche est devenue la NES, avec un look gris qui rappelait plutôt un magnétoscope haut de gamme. Mais le vrai coup de maître marketing, c'était de vendre la machine non pas comme une console de jeu vidéo, mais comme un ensemble comprenant un compagnon robotique interactif : R.O.B., pour Robotic Operating Buddy. Les acheteurs n'y ont vu que du feu et ont accepté de signer les bons de commande sans poser de questions.

Directement, les magasins de jouets américains ont placé la NES au rayon des gadgets Hi-Tech, loin du rayon maudit des jeux vidéo qui déposaient le bilan. Pour les parents de l'époque, acheter la NES ne ressemblait pas à une rechute dans la folie Atari, mais plutôt à un investissement éducatif et interactif pour leurs enfants. R.O.B. a littéralement servi de cheval de Troie pour rassurer les revendeurs et dépoussiérer l'image du secteur. En débarquant à New York pour le lancement de fin d'année, ce petit bout de plastique a permis à Nintendo d'installer sa console dans des milliers de foyers.
Un jouet abominable et deux pauvres jeux au compteur
Sauf qu’en jeu, R.O.B. était une véritable purge à utiliser. Sur le papier, l'idée de jouer avec un vrai robot dans sa chambre faisait rêver les enfants. Dans la réalité, c'était un cauchemar. Le robot fonctionnait avec des flashs lumineux émis par l'écran de télévision, ce qui demandait de régler la luminosité de sa télé cathodique au millimètre près. De plus, il lui fallait presque une minute complète pour choper une toupie et la poser au bon endroit. La plupart des joueurs ont abandonné la bête au bout de trois parties pour jouer avec la manette classique, bien plus efficace.

Ce qui est encore plus fou dans cette histoire, c’est que R.O.B. n'a eu droit, en tout, qu'à deux petits jeux compatibles sur l'ensemble du catalogue NES : Gyromite et Stack-Up. Dès que la console s'est imposée comme le maître incontesté du marché mondial grâce à des pépites comme Super Mario Bros., Nintendo a gentiment rangé son robot au placard sans demander son reste. Et pourtant, malgré cette durée de vie ridicule et un intérêt ludique proche du néant absolu, R.O.B. est resté gravé au fer rouge dans l'histoire du jeu vidéo.
De l'échec commercial au statut de légende de la pop culture
Alors, comment un tel échec commercial a pu devenir une telle icône ? Tout est une question d'aura et de symbole. R.O.B. incarnait à lui seul cette esthétique rétrofuturiste unique des années 80 qui fait aujourd'hui le bonheur des nostalgiques et des collectionneurs. Il est devenu la personnification de la transition réussie entre le jouet traditionnel et l'ère moderne du jeu vidéo. Dans l'esprit des passionnés, ce n'est pas son efficacité qu'on retient, mais ce qu'il représentait : le courage d'une entreprise qui a osé tenter l'impossible pour sauver le marché du jeu vidéo.
R.O.B aura finalement traversé les époques


L'autre raison majeure de sa popularité éternelle, c'est la façon dont Nintendo a su transformer ce vilain petit canard en véritable mascotte culte. Plutôt que de cacher leur boulette sous le tapis, Nintendo a choisi d'honorer sa mémoire dans une flopée de titres modernes. R.O.B. a ainsi fait des apparitions mémorables dans Mario Kart DS et même Super Smash Bros. Brawl en tant que personnage jouable.
On peut même le retrouver dans le dernier film Super Mario Galaxy où on le voit montrer un plan de manière très lente, clin d'oeil à son plus grand défaut. Une sacrée revanche pour un gadget qui a terminé sa carrière au fond d'un carton, mais qui aura littéralement sauvé l'industrie du jeu vidéo nord-américain.