Les raisons derrière les prix inférieurs des jeux vidéo dans les grandes surfaces par rapport aux magasins spécialisés

Titre original : Pourquoi les jeux vidéo sont toujours moins chers dans les grandes surfaces ?

À chaque sortie d’un gros jeu, le constat est le même : chez Leclerc, Carrefour ou Auchan, les nouveautés s’affichent souvent 10 à 20 euros moins cher que dans les enseignes spécialisées. De quoi alimenter l’idée que ces dernières gonflent volontairement leurs prix. Pourtant, la réalité est bien plus complexe.

On entend souvent le terme ‘EscroMania’ pour parler de l’enseigne Micromania-Zing dans les discussions sur le jeu-vidéo, même sur nos propres forums. Et il est vrai que l’on constate très souvent lors d’achats tels que les goodies, consoles et jeux, ont des tarifs plus avantageux en grande surface qu’en magasin spécialisé, ce qui est paradoxal. Par exemple, 1kg de fruits Bio coûtera toujours moins cher au magasin Bio plutôt que dans une grande surface classique. Mais c’est une réflexion simpliste, qui ne prend pas en compte plusieurs facteurs essentiels. Reprenons depuis le début.

Acheter Mario Kart World sur Nintendo Switch 2 chez Amazon

La faim justifie les moyens

Réfléchissons une seconde. Quelle est la raison pour laquelle un consommateur se rend au supermarché ? Pour une très large majorité des clients, il s’agit d’alimentation, ou d’autres produits du quotidien dont une personne ne peut se passer. On y prend son paquet de pâtes, son pot de confiture, son dentifrice… Puis en passant vers les caisses, on trouve un rayon un peu spécial, qui attire l'œil.

Souvent un peu à l’écart de la zone globale du magasin. Un espace avec des livres, des jouets et souvent des boîtes de jeu qui attirent l'œil, même pour les non-initiés. “Trop bien, Mario Kart World à 66 € ! C’était hors de prix dans mes souvenirs, je pars avec !

Pourquoi les jeux vidéo sont toujours moins chers dans les grandes surfaces ?

Les grandes surfaces ont l’avantage de pouvoir vendre de gros stocks et c’est même là qu’est leur priorité. Vider les rayons, écouler les stocks, même si cela rapporte moins dans le tiroir-caisse ; voilà pourquoi des promotions hyper réduites sur des biens alimentaires sont régulièrement appliquées. A l’inverse, les petits malins déjà au courant que les prix sont moins chers dans ces grosses enseignes, choisiront le jeu et se diront en voyant les autres rayons au loin qu’ils manquaient de PQ ou de lessive à la maison.

Et hop, voilà comment les caddies se remplissent d’autres produits que ceux pour lesquels ils étaient venus à la base. On peut noter que le consommateur prendra un peu plus de plaisir à acheter même en dehors du produit ‘jeu vidéo’, puisqu’il aura associé l’achat en magasin à une future expérience qui lui sera plaisante, l’ouverture et le contenu du jeu.

Tout cela se résume très bien en un terme : “produit d’appel”. Ici, le jeu vidéo, la console, les goodies, ne sont que quelques produits parmi la pléthore d’autres références proposées en rayons. Et l’hypermarché, aux millions d’euros de chiffre d'affaires, ne tire pas ses revenus de la vente de jeu vidéo, mais bien de l’alimentaire et autres produits du quotidiens. La marge est volontairement très faible, voire inexistante, afin d'attirer les consommateurs en magasin (qui repartiront avec un panier plein, nettement plus avantageux.)

Pourquoi les jeux vidéo sont toujours moins chers dans les grandes surfaces ?

Par ailleurs, ce n’est pas Micromania qui fait concurrence à Leclerc, Carrefour ou Intermarché sur les jeux vidéo ou autres produits culturels. Ce sont les grandes enseignes qui se concurrencent entre elles. A un prix aussi bas, attirer les clients implique aussi de les garder. Accepter de rogner sa marge de 10€ sur une peluche Yoshi constitue un investissement, pas une perte.

Un prix pas si officiel

Avec l’augmentation du prix de certains titres, il faut parfois débourser beaucoup d’argent pour mettre la main sur le dernier AAA. Loin de nous l’idée d’insinuer que les développeurs qui ont développé de tels jeux ne les méritent pas, mais on se demande souvent comment le prix peut autant grimper et surtout, qui l’a choisi ?

Déjà, ce ne sont pas les éditeurs qui choisissent le prix sur les étiquettes des magasins, vous vous en doutez. Il faut savoir que le droit français est de notre côté et protège énormément le consommateur. Par exemple, le droit de la concurrence interdit aux fournisseurs d'imposer un prix de vente aux distributeurs. L'éditeur se contente donc de recommander un tarif : libre ensuite à chaque enseigne d’en fixer son prix. Les discussions se jouent donc en fonction de la taille du magasin, de sa compétitivité etc…

Pourquoi les jeux vidéo sont toujours moins chers dans les grandes surfaces ?

Toutefois, ils ne peuvent pas se permettre de brader à tout prix, puisque la revente à perte est interdite. Donc les distributeurs se tournent davantage vers les promotions, les packs découverte… pour la mise en rayon de tous les produits d’un catalogue.

En somme, tout se joue lors des fameuses “négociations” entre les éditeurs et les distributeurs. Si un studio souhaite faire connaître une licence peu connue, il peut accepter de réduire sa marge, pour peu que son jeu soit un peu plus mis en avant. Mais lorsqu’il s’agit d’un incontournable comme les franchises GTA ou Call of Duty, c’est ici que les studios ont l’avantage sur le supermarché : puisqu’ils savent que leurs titres vont se vendre quoiqu’il arrive (et souvent peu importe le prix).

Un modèle économique bien différent

Revenons sur notre Mario Kart World, dont le prix a été très controversé en mars 2025, à sa sortie simultanée avec la Nintendo Switch 2. Plus d’un an après sa sortie, il est toujours proposé au même prix dans les enseignes Micromania, soit 89.99€. Une différence de 23€ comparé au E.Leclerc un peu plus haut.

Pourquoi les jeux vidéo sont toujours moins chers dans les grandes surfaces ?

Oui, c’est cher, même pour un Mario Kart. Mais réfléchissons une autre petite seconde. Quelle est la raison pour laquelle un consommateur se rend dans une enseigne spécialisée dans le jeu vidéo ? La réponse est aussi bête que ça : acheter un jeu vidéo. Les autres produits ne l’intéresseront pas; tout simplement car ce n’est pas le public ni le propos. Ainsi le catalogue sera bien plus restreint, comparé aux grandes surfaces qui vendent de tout. Jeux neufs ou d’occasion, consoles, accessoires…et bastà.

Aucun espoir de se rattraper sur d’autres produits si les marges sont coupées à la sortie d’un jeu très attendu. Au revoir le produit d’appel : c’est le cœur de l’activité.

N’oublions pas non plus l’occasion ; vendre un jeu neuf 90€ ne suffit pas à entretenir une boutique spécialisée, quand les salaires et autres charges sont pris en compte. La marge reste assez limitée. C’est pourquoi l’occasion est désormais le pilier de la rentabilité des enseignes de jeu vidéo : acheter et revendre des jeux dégage davantage de bénéfices que sur du neuf.

Pourquoi les jeux vidéo sont toujours moins chers dans les grandes surfaces ?

On a tous déjà pesté contre un employé Micromania qui nous proposait un prix dérisoire au rachat d’un jeu qui nous avait coûté bien cher à la base. Avant de penser à l’achat, il doit réfléchir à comment et pour combien il devra le revendre, ce qui n’est pas aisé quand les titres perdent déjà une grande partie de leur valeur seulement quelques mois après leur sortie.

D’autres facteurs expliquent que les petites enseignes soient moins bon marché : les jeux rares ne constituent pas forcément une bonne reprise. Moins connus, ils auront moins d’acheteurs potentiels. Les vendeurs doivent donc nous proposer des prix au rabais pour être sûr de faire subsister leur commerce, en revendant notre produit rapidement et avec une petite marge.

Alors oui, les jeux sont plus chers dans les petites boutiques et les raisons de tels coûts sont tout à fait légitimes. On n’a pas tous les moyens d’acheter là bas, voire d’acheter des jeux d’occasion et au format physique, de moins en moins populaires. Quand on sait que les jeux PlayStation en version disque ne seront plus distribués à partir de janvier 2028 (avec toutes les problématiques que cela implique), restons de bonne foi envers les petites boutiques spécialisées qui nous ont tous accueilli un jour...et dont l’avenir est plongé dans le flou.