Lorsque ce développeur et éditeur de renom a voulu s’attaquer à la franchise Zelda sur Game Boy Color, les négociations avec Nintendo ont pris une tournure inattendue. À l’aube de l’an 2000, c’est en tentant un coup de bluff légendaire que Capcom a donné naissance à deux chefs-d’œuvre de la console portable du constructeur japonais : The Legend of Zelda : Oracle of Seasons / Ages !
Aujourd'hui considérés comme de véritables sommets de la Game Boy Color, The Legend of Zelda : Oracle of Seasons et Oracle of Ages ont connu un développement pour le moins mouvementé. Derrière ces deux aventures complémentaires sorties simultanément en 2001 se cache une histoire de création particulièrement atypique. À l'origine du projet se trouve un homme audacieux : Yoshiki Okamoto, figure majeure de Capcom ayant œuvré sur des classiques comme Street Fighter II et Final Fight.

Ce développeur de Capcom a mis un coup de pression de légende à Nintendo
Tout commence au début de l'année 1999. Yoshiki Okamoto souhaite adapter le tout premier The Legend of Zelda de la NES sur Game Boy Color afin d'entraîner son équipe du studio Flagship, filiale de Capcom. Néanmoins, la firme de Kyoto ne se montre pas enthousiasmée par cette idée de portage. Face à ce refus, le producteur japonais décide de tenter un coup de poker osé lors d'une discussion avec le créateur de la franchise, Shigeru Miyamoto.
Yoshiki Okamoto, alors responsable de l'équipe de scénaristes et producteur chez Capcom, est revenu sur cet échange tendu lors d'une interview accordée au magazine allemand Total :
J'aime particulièrement Zelda. Mais Nintendo ne voulait pas le porter sur Game Boy Color. J'ai donc dit à M. Miyamoto que je le produirais moi-même... mais nous n'avons pas réussi à tomber d'accord. Alors au final, je l'ai menacé. J'ai dit que si Nintendo n'était pas partant, nous sortirions un jeu identique avec des personnages différents et que nous l'appellerions simplement autrement.
Une grande idée de trilogie revue à la baisse
Ce coup de bluff audacieux finit par payer. Intrigué ou amusé par la détermination d'Okamoto, Shigeru Miyamoto accepte d'ouvrir les négociations et de confier la licence à un studio externe. Le projet évolue rapidement vers une ambition bien plus vaste qu'un simple portage. L'équipe de Flagship imagine une trilogie interconnectée, baptisée « Triforce Series », où chaque jeu incarne un fragment de la relique sacrée : la Force, la Sagesse et le Courage.

La réalité technique rattrape cependant les développeurs. La gestion des mots de passe permettant de relier trois aventures distinctes s'avère d'une complexité démesurée. Sur les conseils de Miyamoto, le troisième épisode axé sur le Courage est annulé, redistribuant ses mécanismes dans les deux jeux restants. Force et Sagesse suivent alors leur cours, devenant par la suite Seasons et Ages !
Nintendo a pris un risque en faisant confiance à Capcom, mais ça a donné vie à deux jeux cultes
Même si le remake du premier Zelda n'a jamais vu le jour, l'accord entre les deux géants du jeu vidéo a porté ses fruits. Commercialisés en 2001 juste avant l'arrivée de la Game Boy Advance, Oracle of Seasons et Oracle of Ages reçoivent un accueil critique dithyrambique. Les deux titres s'écoulent chacun à 3,96 millions d'exemplaires à travers le monde, prouvant la justesse de cette formule en duo.

Cette collaboration réussie a consolidé une relation de confiance durable entre Nintendo et Capcom. Les équipes de Flagship ont ainsi réitéré l'expérience quelques années plus tard sur Game Boy Advance avec le très apprécié The Legend of Zelda : The Minish Cap.