Pendant six ans, un pan de l’histoire de Final Fantasy VII semblait définitivement perdu suite à la fermeture de ses serveurs. Avec un budget de 900 dollars et une installation digne du minage de cryptomonnaies, un passionné est parvenu à sauver le jeu mobile Dirge of Cerberus Lost Episode -Final Fantasy VII-.
Conserver le patrimoine du jeu vidéo est devenu un casse-tête à l'ère du tout-numérique. Quand les serveurs d'un jeu ferment ou que des boutiques en ligne baissent le rideau, des pans entiers de la culture vidéoludique s'évaporent sans laisser de trace. L'exemple récent du retrait de The Crew par Ubisoft a remis ce débat au centre des attentions, mais les jeux mobiles du début des années 2000 restent les premières victimes de ce grand nettoyage par le vide. C'est précisément pour sauver l'un de ces titres oubliés qu'un passionné s'est lancé dans un périple technique hallucinant.

La quête infernale des données perdues
Tout commence par une œuvre quasi introuvable : Dirge of Cerberus Lost Episode - Final Fantasy VII. Sorti initialement en 2006 sur les téléphones portables japonais de l'ère Ampass (Keitai), ce spin-off apportait des précisions narratives majeures sur le passé de Vincent Valentine. Lorsque Square Enix a fermé les serveurs en 2018, le jeu est devenu complètement inaccessible, les données étant fragmentées sur des appareils hors service.

Pour espérer extraire les fichiers exécutables, l'archiviste s'est heurté à un obstacle de taille : la mémoire flash des rares téléphones d'époque encore en circulation était chiffrée. Après avoir obtenu avec grande difficulté une carte SD cryptée contenant le jeu complet, il a dû faire face à des mécanismes de protection réseau extrêmement stricts.
Quand l'archivage ressemble à une ferme de minage de Bitcoin
C'est là que l'opération prend une tournure digne d'une installation digne d’un film espionnage. Pour casser le chiffrement propriétaire des processeurs de ces téléphones, une puissance de calcul colossale était nécessaire afin de tester toutes les combinaisons possibles.

L'archiviste a donc assemblé un serveur sur mesure embarquant près de 90 cartes graphiques fonctionnant en parallèle. Visuellement et techniquement, le dispositif rappelait à s'y méprendre une ferme de minage de Bitcoin ou de cryptomonnaies. Pendant plusieurs semaines, cette installation a fait tourner des algorithmes de force brute jusqu'à faire sauter les verrous de sécurité, permettant enfin de récupérer la totalité de la mémoire flash et de reconstituer le code du jeu. Ces coulisses fascinantes sont détaillées par l'auteur du projet sur sa page Medium ainsi que dans les colonnes de Kotaku. Il mentionne que l’opération lui a coûté 900 dollars, ce qui laisse entendre qu’il a dû faire de la récupération pour obtenir autant de cartes graphiques ou qu’il les possédait déjà.

Un enjeu crucial pour le savoir de la saga Final Fantasy VII
L'effort en valait la peine, et pas seulement pour la performance technique. Ce sauvetage prouve une fois de plus que la préservation des jeux vidéo repose trop souvent sur les épaules de membres dévoués de la communauté plutôt que sur les éditeurs eux-mêmes.
Ce travail titanesque offre également une redécouverte essentielle pour les amateurs du lore de la franchise. Plusieurs éléments scénaristiques et personnages secondaires introduits dans ce jeu mobile ont d'ailleurs été intégrés directement dans le récit principal du projet Final Fantasy VII Remake et de sa suite Rebirth. Sans cette opération de sauvetage hors norme, toute une partie des fondations du projet moderne de Square Enix serait restée un mystère pour le grand public.