L'Odyssée de Nolan : Pourquoi ne pas voir le film en IMAX n'est pas une déception, mais une question de format et d'expérience cinématographique.

Titre original : Ne pas voir L'Odyssée en IMAX n'est pas une arnaque et voici pourquoi

L’Odyssée de Christopher Nolan est clairement l’un des films qui fait le plus parler de lui. Mais au-delà de son succès critique, il fait aussi débat. Et pour cause, il a été tourné en IMAX, un format que peu de cinéma diffusent. Mais faut-il vraiment crier à l’arnaque si vous visionnez le film dans un cinéma classique ?

Le retour de Christopher Nolan dans les salles obscures ne se fait jamais dans le calme, et L’Odyssée ne déroge pas à la règle. Projeté depuis la mi-juillet, le blockbuster s'impose déjà comme une étape technique majeure. Et pour cause, il s'agit du tout premier film de l'histoire intégralement tourné avec les nouvelles caméras IMAX 70 mm.

Une prouesse visuelle qui s'accompagne aussi d'un malaise. En effet, la vaste majorité des spectateurs à travers le monde - dont la France - se voient contraints de découvrir le long métrage dans une version recadrée.

De quoi lancer sur les réseaux sociaux une vaste polémique où beaucoup parlent de « film mutilé » ou de fausse promesse. Mais qu’en est-il vraiment ?

L'obsession IMAX de Nolan

Ne pas voir L'Odyssée en IMAX n'est pas une arnaque et voici pourquoi

Le réalisateur britannique entretient une véritable histoire d'amour avec la pellicule grand format et ce depuis The Dark Knight. Pour lui, l'IMAX 70 mm n'est pas qu'un simple argument marketing, mais un outil de mise en scène à part entière, pensé pour plonger le spectateur dans des environnements d'une échelle spectaculaire.

Cette technologie utilise une immense bande d'argentique défilant horizontalement, capable d'afficher un ratio d'image ultra-haut en 1.43:1. L'effet est vertigineux : l'écran remplit intégralement le champ vision vertical de la salle.

Seulement, projeter de l'IMAX 70 mm exige des équipements complexes et extrêmement coûteux. En Europe, seules cinq salles disposent de la configuration nécessaire pour diffuser le film sous cette forme originelle, dont une seule en France, installée très récemment du côté de Montpellier.

Ce format particulier oblige les exploitants à adapter le format du film à la majorité des cinémas équipés en numérique ou en projection panoramique classique.

Pourquoi l'image "rognée" n'est pas une arnaque

Ne pas voir L'Odyssée en IMAX n'est pas une arnaque et voici pourquoi

Pour s'adapter aux écrans traditionnels, la version commerciale de L'Odyssée passe d'un ratio 1.90:1 (ou 1.43:1) à un format panoramique standard en 2.39:1. Sur le papier, le constat est mathématique : il y a moins de matière en haut et en bas du cadre.

De nombreux cinéphiles y voient une altération du langage cinématographique et crient au scandale. Mais c'est oublier un principe fondamental de la projection en salle : la géométrie du regard.

La perte d'information vise une concentration des éléments qui émule l'immersion à laquelle aspire le réalisateur. Les informations clés restent présentes dans le plan, et l'intention est largement préservée. L’histoire reste ainsi la même, tout comme les plans.

Projeter dans une salle standard une image conçue pour le 1.43:1 forcerait l'ajout de bandes noires latérales massives, réduisant la taille effective de l'écran et cassant totalement la dynamique visuelle. Le recadrage proposé en 2.39:1 permet d'occuper tout le champ horizontal des cinémas classiques, conservant une densité d'information optimale et une composition recentrée sur l'action centrale. L'essence de la mise en scène reste ainsi intacte.

Des alternatives de choix pour profiter du spectacle

Ne pas voir L'Odyssée en IMAX n'est pas une arnaque et voici pourquoi

Ne nous leurrons pas : voir un film en IMAX offre tout de même une expérience plus immersive que dans une salle de cinéma classique. De plus, tout film projeté sur pellicule, dans son format d'origine, s'apprécie davantage qu'en numérique, pourtant le format le plus répandu.

Si vous n'avez pas la possibilité de vous déplacer jusqu'à la seule salle IMAX 70 mm de l'Hexagone, inutile de bouder votre plaisir. Le paysage cinématographique moderne regorge d'installations premium capables de restituer l'épique de cette fresque mythologique.

Le Dolby Cinema constitue par exemple une alternative de choix. Si le format d'image reste plus traditionnel, l'apport du Dolby Vision offre des contrastes abyssaux et une maîtrise de la couleur que le numérique standard ne peut rivaliser, sans oublier le travail sur l'acoustique via le système Dolby Atmos. Pour ceux qui recherchent des sensations plus physiques, les salles 4DX ou ScreenX proposent d'autres approches, bien que plus gadget.

Pour autant, à trop focaliser l'attention sur les ratios, on en vient à oublier ce qui fait l'essence même du septième art. Le débat enflammé autour de L’Odyssée et de l’IMAX dépasse la simple querelle de cinéphiles pointilleux.

À force de vendre une projection comme la seule manière « valide » ou « authentique » d'apprécier une œuvre, l'industrie prend le risque de diviser les spectateurs entre ceux qui accèdent au sommet de la technologie et ceux qui se contentent d'une expérience au rabais.