Les jeux vidéo comme The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom, un soutien précieux pour faire face au deuil et à la perte

Titre original : Après la mort de son petit-ami, The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom l’aide à faire son deuil et ce n'est pas le seul jeu qui peut vous soutenir face aux difficultés

Certains jeux restent associés à ceux avec qui nous les avons découverts, au point de prendre une tout autre signification lorsqu’ils disparaissent. De Zelda à d’autres univers virtuels, reprendre une sauvegarde, retrouver un monde familier ou simplement tenir une manette peut alors devenir, pour certains joueurs endeuillés, une manière de se souvenir, de comprendre ou d’avancer.

Perdre un proche est une expérience profondément personnelle, et il n'existe pas une manière universelle de traverser un deuil. Après la mort de son petit-ami, Chrissy a ainsi trouvé dans The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom une façon particulière de prolonger le lien avec lui, en souhaitant reprendre la partie qu'il avait laissée inachevée. Son histoire est loin d'être isolée : refuge, lieu de mémoire ou espace de discussion, le jeu vidéo peut prendre différentes fonctions face à la perte.

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Jouer pour ne pas oublier

Pendant trois ans, Chrissy pouvait à peine regarder la Nintendo Switch de son petit ami Peyton. À l'intérieur, sa sauvegarde de The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom était restée intacte, le dernier enregistrement datant de cinq jours avant sa mort. Au printemps 2026, à l’occasion de son déménagement, Chrissy ouvre le carton dans lequel la console est rangée. Mais au lieu de le refermer, elle décide de terminer cette ultime partie, pas immédiatement toutefois, confie-t-elle à Polygon. D’abord, elle crée sa propre sauvegarde pour apprendre à maîtriser ce jeu qu'ils parcouraient autrefois en équipe, lui à l’épée, elle aux puzzles. Elle progresse même plus loin que Peyton, mais veut désormais terminer Breath of the Wild avant de revenir à sa partie. Son objectif reste le même : achever un jour la sauvegarde de Peyton, non seulement pour se sentir proche de lui, mais aussi comme une manière de refermer symboliquement le chapitre de leur vie commune.

Ce n'est pas la première fois que The Legend of Zelda accompagne quelqu'un après la disparition d'un proche. Tori Hamilton partageait avec son frère John une véritable passion pour la licence de Nintendo. Leur dernière journée ensemble avait même été consacrée à Four Swords Adventures, avant que John ne meure accidentellement à seulement 24 ans. Après sa disparition, Tori n'arrivait plus à découvrir les nouveaux opus. Il lui faudra des années avant de se lancer dans Skyward Sword, qu'elle décide finalement de parcourir « pour eux deux ». Peu à peu, chaque nouveau Zelda devient ainsi une manière de continuer à penser à son frère et de faire vivre cette passion qu'ils partageaient.

Crédits : The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom, Nintendo

Après la mort de son petit-ami, The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom l’aide à faire son deuil et ce n'est pas le seul jeu qui peut vous soutenir face aux difficultés

Ces histoires sont loin d'être isolées. Plusieurs témoignages racontent comment le jeu vidéo peut devenir un refuge face à la perte, une façon d’adoucir sa peine et d’aller de l’avant.Comme l’histoire de ce père qui s'est, lui, lancé dans World of Warcraft pour comprendre la passion de son fils décédé, ou celle d’un joueur d'Animal Crossing qui a construit un mémorial virtuel pour son frère. Ou ces deux frères, qui avaient initié leur mère à ce même dernier jeu, et qui ont découvert après sa mort qu'elle leur avait envoyé des lettres et des cadeaux dans le jeu, devenus autant d'adieux posthumes.


Le rôle du jeu face au deuil vu par la science

Une première piste, généraliste, tient tout simplement à notre attention. La théorie de la charge cognitive, étudiée notamment par le chercheur en Psychologie cognitive néerlandais Ton de Jong, rappelle que nos capacités cognitives sont limitées. Un jeu qui réclame de l'attention peut donc mobiliser temporairement une partie de ces ressources. Appliquée avec prudence au deuil, cette théorie peut permettre d'expliquer pourquoi jouer peut constituer momentanément un refuge face à des pensées douloureuses.

Le jeu peut aussi (re)connecter aux autres. Une étude de la Nottingham Trent University menée auprès de joueurs de MMORPG montre que ces univers favorisent la création de relations amicales et émotionnelles fortes et peuvent faciliter certaines formes d'expression de soi. Une dimension qui éclaire différemment l'histoire de ce père arrivé sur World of Warcraft après la mort de son fils : derrière l'univers qu'il cherchait à comprendre se trouvait également une communauté capable de l'accompagner.

Il existe également ce que Roger Solomon, Docteur en Psychologie spécialisé dans le deuil, appelle les liens pérennes. Selon lui, faire son deuil n'impliquerait pas nécessairement d'effacer le lien avec le défunt : celui-ci peut se transformer et continuer à exister à travers des souvenirs, des comportements ou des activités. Rejouer à Zelda comme Tori Hamilton ou reprendre la sauvegarde de Peyton peut ainsi être lu comme une manière de donner une nouvelle forme à ce lien, sans prétendre que ces témoignages constituent en eux-mêmes une démonstration clinique.

Crédits : Spiritfarer, Thunder Lotus

Après la mort de son petit-ami, The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom l’aide à faire son deuil et ce n'est pas le seul jeu qui peut vous soutenir face aux difficultés

Enfin, le double processus du deuil de Margaret Stroebe et Henk Schut, tous deux Professeurs en Psychologie clinique à l’Université d’Utrecht. Leur édude démontre que la personne endeuillée oscille entre confrontation à la perte et moments davantage tournés vers la restauration de sa vie, avec la nécessité de bénéficier de répits. Des chercheurs coréens du Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIT) ont justement observé des expériences ressemblant à cette oscillation auprès de joueurs de Spiritfarer, un jeu sur le thème du deuil animal. Le jeu alternant confrontation au départ des personnages et tâches quotidiennes auprès de ceux qui restaient. Les chercheurs ont aussi constaté que le jeu pouvait conduire certains participants à reconsidérer leur propre perte ou à engager des conversations sur la mort, alors qu’ils ne l’auraient pas fait sans avoir joué à ce jeu.


Du jeu au soutien : quand le deuil devient une expérience interactive

Et si Spiritfarer permet d'observer ces mécanismes à l'œuvre, certains jeux vont encore plus loin en ayant été spécifiquement conçus autour du deuil et de son accompagnement. C'est le cas de Jocoi, un jeu né directement d'un travail de recherche sur le sujet. Cette capacité du médium à matérialiser des émotions a même donné naissance à des projets spécifiquement consacrés au deuil. Dans Games and Bereavement, Sabine Harrer, Maîtresse de conférences en Game design à l’Université d’Uppsala, étudie comment les mécaniques d'un jeu peuvent permettre aux joueurs d'exprimer et d'expérimenter des émotions liées au deuil parfois difficiles à mettre en mots. Son travail participatif autour de la perte périnatale a notamment conduit à Jocoi, conçu avec des personnes endeuillées et pensé comme un espace symbolique autour de cette expérience.

D'autres créateurs ont emprunté cette voie. Dans How to Say Goodbye, le joueur incarne un fantôme cherchant à quitter un monde peuplé d'esprits, et il est même possible de donner au personnage l'identité d'un proche disparu. That Dragon, Cancer est encore plus autobiographique : Ryan et Amy Green y racontent le combat de leur fils Joel contre le cancer et transforment leur histoire familiale en expérience interactive et mémorielle.

Crédits : GRIS, Nomada Studio / Devolver Digital

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Le jeu sert enfin directement de support à certaines initiatives d'accompagnement. L'association canadienne Lumara propose par exemple un groupe virtuel utilisant Minecraft pour des enfants endeuillés : construire et jouer deviennent des moyens d'expression et de connexion avec d'autres jeunes confrontés à la perte.

Et il n'est pas toujours nécessaire qu'un jeu ait été créé dans un objectif d'accompagnement. Des titres comme GRIS mettent la douleur en scène à travers leurs environnements, leurs couleurs et leurs mécaniques. Une expérience potentiellement cathartique pour certains, mais qui, bien sûr, ne constitue ni une thérapie, ni un remède miracle.