« Sony face à la justice : Une action collective pour contrer le monopole des jeux numériques et la fin des disques physiques »

Titre original : « Il est temps d’attaquer Sony en justice » : face à la mort annoncée des jeux physiques, la riposte contre le "monopole" de la PS5 est lancée

La décision de Sony de ne plus vendre de jeu physique en 2028 ne cesse de faire réagir, si bien qu’une association de défense des consommateurs se joint à une action en justice massive.

L'annonce est tombée au début du mois de juillet 2026, provoquant sans surprise un séisme chez les collectionneurs et les amateurs de bonnes affaires : Sony cessera toute production de disques physiques pour ses nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028.

Si le constructeur japonais justifie ce virage par l'évolution naturelle des usages vers le dématérialisé, les répercussions concrètes pour le portefeuille des joueurs s'annoncent colossales. Et pour cause, sans support physique, c'est tout un écosystème qui s'effondre doucement.

Estimant le monopole de Sony sur la vente de jeux numériques sur sa plateforme “illégal”, l’association Stop Killing Games a décidée de se joindre à une action en justice déjà en cours aux Pays-Bas.

Vers la fin du disque : pourquoi la décision de Sony change la donne ?

Le marché de l'occasion est la première victime directe de cette transition. Il faut dire qu’en supprimant le format physique, le constructeur tire un trait définitif sur la revente, le prêt entre amis ou l'échange de jeux. Jusqu'à présent, le disque permettait d’armotir l'achat d'un titre à 80 euros en le revendant quelques semaines plus tard ou en le trouvant à moins cher plusieurs mois / années après sa sortie.

Plus problématique encore, sans concurrence physique, le PlayStation Store devient l'unique point d'entrée. Sur PC, même si le dématérialisé règne en maître depuis longtemps, la concurrence entre Steam, Epic Games Store, GOG et les revendeurs de clés maintient une pression constante sur les prix et permet de dénicher de bonnes affaires plus facilement.

À l'inverse, sur PS5, Sony détient un contrôle absolu sur les tarifs de sa boutique virtuelle. Les baisses de prix constatées sur les disques en grande surface dès les premières semaines de commercialisation risquent d’être tout simplement inexistantes sur le Store, où les jeux conservent souvent leur prix de lancement pendant plusieurs mois. On l’a déjà constaté : il n’est pas rare que les jeux numériques soient plus chers que leurs versions physiques.

Pour ne rien aider, la question de l'accès mondial pose également un problème majeur. Dans plusieurs dizaines de pays, le PlayStation Store n'est toujours pas officiellement déployé ou fait l'objet de restrictions bancaires et territoriales strictes. Pour les joueurs résidant dans ces régions, l'importation de disques physiques représentait le seul moyen légal d'accéder aux catalogues de jeux.-

"Fair PlayStation" : une action en justice en cours pour lutter contre le monopole de Sony

Face à cette promesse du tout numérique en 2028 du côté de Sony, la riposte s'organise sur le terrain du droit européen. Préparée depuis 2024 par l'organisation néerlandaise de défense des consommateurs Massaschade & Consument (SM&C), la campagne « Fair PlayStation » vise directement les pratiques commerciales de Sony. L'association accuse le géant nippon d'abuser de sa position dominante en imposant une véritable taxe sur les achats numériques.

Dans une vidéo explicative diffusée dans le cadre de sa procédure, l'organisation SM&C résume le nœud du problème :

Votre PlayStation est conçue pour que vous ne puissiez acheter des jeux numériques que sur la boutique Sony. Et une fois que Sony cessera de vendre des jeux physiques en 2028, vous n'aurez plus aucun choix.

Selon les chiffrages avancés par la fondation néerlandaise, les prix pratiqués sur le Store numérique sont en moyenne nettement plus élevés que ceux constatés dans le commerce physique. L'association indique à ce sujet :

On finit par payer beaucoup plus cher pour les achats numériques sur PlayStation, en moyenne jusqu'à 47 % de plus. C'est ni plus ni moins qu'une taxe Sony, et c'est clairement illégal.

La démarche de Stop Killing Games : de la préservation des jeux aux droits des consommateurs

Fondé à l'origine par le créateur Ross Scott après la fermeture brutale des serveurs du jeu The Crew par Ubisoft, le mouvement Stop Killing Games se battait initialement pour empêcher les éditeurs de rendre les jeux achetés totalement injouables. En rejoignant la procédure de SM&C aux côtés du collectif Does It Play?, l'association élargit officiellement son champ d'action à la défense globale de la propriété numérique.

L'objectif est d'apporter un soutien populaire et juridique à l'action collective. Pour peser face aux juges néerlandais, SM&C doit prouver qu'elle représente la voix d'une communauté réelle et lésée. Les représentants des collectifs partenaires expliquent l'enjeu de ce ralliement :

Nous soutenons pleinement SM&C devant les tribunaux néerlandais. SM&C doit prouver au tribunal qu'elle représente réellement les joueurs, et non pas seulement qu'elle le prétend. Notre soutien, à l'échelle mondiale, le confirme.

Ces actions en justice ont-elles une chance d'aboutir ?

Le cadre juridique des consoles reste historiquement très protecteur. Les tribunaux ont jusqu'ici toujours considéré les consoles de jeux comme des écosystèmes fermés contrairement au PC par exemple.

Le matériel étant souvent vendu à prix coûtant ou à perte au moment de son lancement, les constructeurs se rattrapent sur les commissions perçues sur la vente de logiciels. Jusqu'à présent, la justice a estimé que la concurrence s'exerçait entre les différentes consoles du marché, et non au sein même d'une plateforme unique.

Seulement, la disparition des disques change la donne pour les autorités de régulation. En supprimant le support physique, Sony élimine le dernier contre-pouvoir économique qui limitait ses tarifs sur le PlayStation Store. Si les juges néerlandais estiment que cette situation crée un préjudice direct en annulant la concurrence de la grande distribution, l'action collective pourrait forcer un réaménagement des politiques tarifaires ou ouvrir la voie à des boutiques alternatives sur console.