Alors que Spider-Man: Brand New Day cartonne au box-office, le président de Sony Pictures Tom Rothman est revenu dans Variety sur l’échec cuisant de ses spin-offs. Un bide qu’il attribue exclusivement au désintérêt du public.
En ce mois d'août 2026, la co-production entre Sony et Disney, Spider-Man: Brand New Day, triomphe dans les salles de cinéma en accumulant 1,66 milliard de dollars dans le monde. De son côté, le président de Sony Pictures Tom Rothman s'est confié au magazine Variety.
Interrogé sur les échecs des précedents films du Sony's Spider-Man Universe, comme Morbius (2022), Madame Web (2024) et Kraven the Hunter (2024), le patron explique cette absence de succès par une idée très simple : le désintérêt du public face aux films dérivés centrés sur des personnages secondaires de la franchise.
L'imposssible équation financière de Sony Pictures
En décembre 2024, l'ex-PDG de Sony Pictures, Tony Vinciquerra s'était défendu en affirmant que « la presse avait tout simplement crucifié » Madame Web et Kraven, qui ont pourtant connu un grand succès en streaming selon lui. Tom Rothman adopte également une posture très similaire à son prédécesseur. « Finalement, le public n'a pas été assez satisfait », lâche-t-il. Pour lui, contester les critiques revient à « hurler dans le vent » puisque le public n'a pas répondu présent.
Pourtant, le bilan financier de la franchise en dehors de la trilogie Venom (qui a plutôt bien succès) affiche une réalité implacable, avec des pertes sèches estimées à plus de 465 millions de dollars avant même la sortie de Kraven. Ce dernier long-métrage, plombé par des reports successifs, a terminé sa course sur un bide de 62 millions de recettes mondiales pour un budget de production s'élevant jusqu'à 130 millions de dollars.
Cinéma et marketing : la fracture originelle

Au cœur de cette discorde, les opinions divergent quant aux causes réelles de ces échecs. Une semaine après la diffusion de la bande-annonce de Madame Web en novembre 2023, Dakota Johnson (l'actrice qui incarne l'héroïne du film) prend une décision radicale. Elle licencie ses agents pour signer chez la concurrence. Cette rupture express expose la panique en coulisses bien avant les premiers chiffres désastreux du box-office.
L’actrice dénonce chez divers médias une perte de contrôle artistique majeure, expliquant que le scénario initial pour lequel elle s'était engagée a été profondément modifié par des comités financiers « dépourvus de fibre artistique ». Elle déplore une production cinématographique industrielle où la conception de l’art est seulement basée « de chiffres et d'algorithmes », car les spectateurs savent parfaitement flairer les projets sans âme. Sa collègue Sydney Sweeney, également à l'affiche de Madame Web, avoue même n'avoir fait le film que pour financer son projet de cœur, le film d'horreur Immaculate.
À l'inverse, d'autres acteurs du même projet partagent une opinion plus nuancée. L'actrice Emma Roberts, qui incarne Mary Parker dans Madame Web, attribue quant à elle le rejet du film à la « culture internet ». Selon elle, la tendance systématique des réseaux sociaux à transformer chaque réplique et chaque bande-annonce en blague collective a nui à la réception de l'œuvre par le grand public.
En effet, le budget marketing du film de Madame Web s'est élevé à 60 millions de dollars, 75% de celui-ci (soit 45 millions de dollars) a été exclusivement injecté dans des campagnes de pub sur les réseaux sociaux et Tik Tok. Le studio a préféré saturer l'espace numérique plutôt que de travailler la cohérence de son scénario.
Le Spider-Verse sans Spider-Man

Pour de nombreux observateurs de l'industrie, concevoir un univers cinématographique centré sur les adversaires de Spider-Man tout en excluant le héros principal constitue une impasse narrative insurmontable. Le studio a tenté de faire tourner ses personnages secondaires autour d'un scénario un peu léger. Cette surproduction est communément justifiée par l'obligation contractuelle d'exploiter la licence à un rythme effréné pour ne pas perdre les droits de la propriété intellectuelle. Pourtant, ce bouclier juridique fréquemment brandi par le studio est en réalité complètement faux.
Le contrat d'origine signé en 1999 impose certes à Sony de sortir un long-métrage de l'univers de Spider-Man tous les cinq ans et neuf mois sous peine de voir la licence retourner gratuitement chez Marvel. Mais pour couper ce chronomètre, nul besoin de produire des spin-offs à la chaîne. Les coproductions de la saga principale portées par Tom Holland, la franchise animée d’auteur Spider-Verse ou la future série Spider-Noir avec Nicolas Cage suffisent largement à sécuriser contractuellement la licence.
L'expansion vers des personnages secondaires comme El Muerto ou les Sinister Six relevait d'une pure tentative d'optimisation commerciale. En voulant s'émanciper de la tutelle financière de Disney, Sony s'est en fait enfermé dans une co-dépendance absolue. Avec plus de 465 millions de dollars de pertes cumulées sur ses projets en solo (hors trilogie Venom), le studio a prouvé qu'il ne pouvait pas générer de blockbusters lucratifs sans la formule créative de Marvel Studios.
Prenant acte de ce rejet massif, Tom Rothman confirme d'ailleurs un arrêt complet de ses plans : aucun autre film dérivé n'est actuellement en développement actif au sein du studio. Sony se replie sagement sur ses valeurs sûres, en initiant le développement d'un potentiel Spider-Man 5 avec Tom Holland et en préparant le troisième opus animé, Beyond the Spider-Verse.